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De grâce

13 juillet 2005, 00:00

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<B>Eric NG PING CHEUN</B>

Définitivement, le nouveau gouvernement travailliste bénéficie d’un état de grâce, même chez nos analystes économiques et financiers habitués à des analyses froides. La majorité d’entre eux avance que l’économie mauricienne s’améliorera dans les cinq ans à venir. Mais, souligne un analyste, “espérons que les erreurs du passé serviront de leçons pour que les promesses se réalisent”, soit dans une fourchette de 50 % à 75 %...

L’enquête de ce baromètre économique spécial post-élections a été effectuée durant les trois jours suivant la proclamation des résultats des élections générales. Il ne nous a pas semblé nécessaire d’attendre la composition du gouvernement pour connaître les opinions de nos répondants. Avec raison, puisque ces derniers fondent leurs attentes – qui sont grandes – sur celui à qui était déjà promis le maroquin du ministre des Finances.

En effet, à lire les réponses des analystes interrogés, il n’y a pas de doute que c’est Rama Sithanen qui est l’homme de la situation. Les uns le voient presque comme un messie, estimant qu’il était grand temps qu’un économiste revête les habits du grand argentier de nouveau. Les autres, ne faisant pas grand cas de sa performance de 1991-1995, mettent un bémol. Toujours est-il que ce n’est point une question d’homme, mais de politique.

Quatrième dans la hiérarchie gouvernementale, Rama Sithanen a beaucoup de pouvoir et règne sur de nombreuses institutions. Il est à la tête d’un grand ministère qui, outre de regrouper les finances et le développement économique, ramène les services financiers sous sa coupe. Il contrôle plusieurs organismes parapublics, notamment le Board of Investment, la State Investment Corporation, la Financial Services Commission et la Banque de Maurice. Manifestement, il jouit de la confiance du Premier ministre et s’inscrit dans le rôle de tête pensante au sein du Conseil des ministres. Il n’aura pas le droit à l’erreur ni le prétexte de faillir.

Dans une première déclaration après sa prestation de serment, le nouveau vice-Premier ministre et ministre des Finances dévoile ses trois priorités : 1) faire reculer le chômage, 2) réduire le déficit budgétaire, et 3) diminuer la dette publique. On sait que, dans d’autres déclarations, Rama Sithanen a fixé pour objectifs de créer entre 55 000 et 60 000 emplois et de ramener le déficit budgétaire à 3 % du produit intérieur brut (PIB) et la dette publique à 50 % du PIB.

Qu’en pensent nos analystes ? Sur le premier objectif, ils restent nuancés. Alors que le taux officiel du chômage était de 8,5% en 2004, 50 % des analystes sont confiants qu’il tombera sous la barre des 8 % d’ici à cinq ans, mais 47 % des analystes le voient rester entre 8 % et 10 %. Et l’on se réfère ici à une définition du chômage qui, voilà deux semaines, était contestée par l’opposition d’alors...

Sur les deux autres objectifs, nos analystes sont catégoriques: ils ne pourront pas être réalisés. Les analystes disent même que les objectifs fixés sont hors de portée. A moins, évidemment, que le gouvernement procède à une privatisation massive des entreprises publiques, une option qui n’est pas prévue dans son manifeste électoral. Mais s’il va de l’avant avec les subventions et les exemptions fiscales promises, une majorité de trois quarts des analystes estime que les objectifs du déficit budgétaire et de la dette publique ne seront pas atteints. Etant donné l’énorme difficulté de restructurer les dépenses publiques, l’équation est simple: une hausse de dépenses accompagnée par une baisse de revenus ne peut que débalancer le budget de l’Etat.

Il reste une autre option : la dépréciation de la dette. On ne peut l’écarter dans la mesure où Rama Sithanen, connu comme un partisan de “mild depreciation”, demeure silencieux sur l’inflation et la roupie. Le moment n’est sans doute pas de frustrer les industriels des secteurs sucrier et textile, mais le fait est qu’une politique visant à faire de l’inflation tout en assurant un pouvoir d’achat artificiel à la population sera un désastre.

Nos analystes tirent alors leurs conclusions. Un “caring government” soucieux de changer la vie des gens ne saurait laisser l’inflation dépasser le taux fatidique de 5 % ; 63 % des analystes pensent que la moyenne annuelle de l’inflation sera inférieure à 5 % les cinq prochaines années. Entre-temps, le secteur privé peut être rassuré : aucun analyste n’anticipe une appréciation de la roupie vis-à-vis du dollar sur une base annuelle. Pour 57 % des analystes interrogés, la roupie se dépréciera par au moins 5 % annuellement.

Par ailleurs, le programme gouvernemental de l’Alliance sociale fait mention de deux grandes réformes : l’accès à la terre, puis l’ouverture et l’élargissement de la structure de propriété des grandes corporations et des conglomérats. Nos analystes se disent convaincus du succès de la première réforme, mais moins pour ce qui est de la seconde réforme. Par rapport à celle-ci, un analyste propose les “solutions that are working in South Africa, whereby Corporates are forced to open up their shareholding and be broad-based, if they want to get business from the public sector”.

Le nouveau gouvernement, répétons-le, bénéficie actuellement d’un état de grâce. Mais, de grâce, qu’il ne dilapide pas son capital politique, passé les cent premiers jours.

<I>(www.pluriconseil.com)</I>

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