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Dignité

13 juillet 2005, 00:00

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Jusqu?où peut aller le manque de sens de l?honneur ? Jusqu?à s?accrocher dans l?indécence à un poste obtenu grâce à un parrainage politique. L?honnêteté intellectuelle, l?éthique et la morale politique commandent qu?un homme nommé pour appliquer une politique donnée s?en va en cas d?alternance. En septembre 2000 les mandarins du sérail travailliste avaient spontanément soumis leur démission après la débâcle de leur camp. Cette fois, il y a des atermoiements honteux.

Il y a eu, certes, des gestes élégants, dont celui de Lindsay Morvan, qui méritent d?être salués par l?opinion. Ce dernier a abandonné sans hésitation la présidence de la Natresa, au lendemain des résultats. Mais dans l?ensemble, le comportement des nominés de l?ancien régime n?est pas à leur honneur.

Un grand nombre de personnalités nommées par l?ancien gouvernement sont toujours en poste dans les organismes parapublics. Certains ont fait savoir que ce n?est pas bien grave s?ils restent quelques mois encore à leur poste pour régler des problèmes d?intendance avant de se recaser ailleurs. Ils ont tort. Ce sont des compromis comme ceux-là qui en fin de compte engendrent une société amorale. Celui qui a un sens élevé de l?honneur sait que la priorité est de maintenir sa dignité. Le bon comportement aurait été de respecter immédiatement le vote des citoyens et de faire de la place aux hommes appartenant à la mouvance des vainqueurs du 3 juillet.

Les cas les plus honteux concernent ceux qui refusent de démissionner de leur poste de directeur en attendant d?être limogés. Ils espèrent ainsi récolter une petite fortune sur le dos des contribuables en guise de dédommagement.

Ce n?est pas important de savoir, à ce stade, si les démissionnaires seront remplacés par des gens compétents ou de simples colleurs d?affiche qui réclament leur ?boutte?. Tout ce qui importe, c?est que dans notre système ce sont les dirigeants politiques qui endossent la responsabilité des institutions parapubliques. Ils doivent être libres d?y nommer des personnes de leur choix.

Il faut, toutefois, faire une distinction, entre des personnes nommées à des postes hautement spécialisés parce qu?elles possèdent des compétences techniques et d?autres qui sont recrutées uniquement parce qu?elles ont la sensibilité nécessaire pour appliquer la politique des gouvernants du jour. Dans ce dernier cas, rien ne peut justifier le refus de partir.

On peut arguer que tout cela peut mener à une hégémonie travailliste et , en conséquence, à une absence de contrôle. Cette crainte est fondée. D?autant plus que, dans les deux camps, beaucoup de ?partisans loyaux? mesurent tout à l?aune de leurs intérêts personnels et espèrent être récompensés par une présidence dans un organisme parapublic. Mais cela n?en fait pas moins du refus de démissionner un manquement à l?éthique publique.

Il va de soi que cette obligation de démission ne peut s?appliquer à la présidence de la République. Il se dégage de cette institution une immuabilité qui incarne la continuité de l?Etat. Cette notion ne relève pas de la volonté individuelle du tenant du poste mais de l?essence même de la République. Le président est au-dessus de la mêlée politicienne.

En revanche, ceux qui demeurent à leurs postes parce qu?ils ont des difficultés pour renoncer aux privilèges attachés à leur situation ne tiennent pas compte de ce qu?ils perdent en termes de considération aux yeux de l?opinion.

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