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Pour une politique culturelle à venir

11 juillet 2005, 00:00

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Combien la politique culturelle prétendra-t-elle être l?axe majeur du développement culturel, elle restera, avec ses dispersions, vulnérable, si, au lieu de réfléchir sur l?avenir de la culture, elle continue sans cesse à faire son bilan. La culture n?étant pas une marchandise comme les autres, le temps des élections n?est pas que celui de son bilan.

Le régime politique qui assurera le nouveau mandat peut jouer un rôle essentiel dans la vie culturelle mauricienne. Mais, si le ministère de la Culture n?a pas, pour les cinq années à venir, une ambition du développement qui vise à faire pénétrer sa ?marchandise? dans les publics défavorisés, c?est la culture au quotidien, celle des minorités, qui souffrira. S?il n?organise pas avec intelligence la décentralisation de la vie culturelle mauricienne, c?est la démocratisation de la haute culture qui sera ratée. Car, combien populaire et moderne soit-elle, la culture ne doit rien perdre de sa grandeur et de sa rigueur. C?est bien-là tout le défi qu?impose un peuple à la nouvelle administration.

Le temps n?est plus où l?on doit encore hésiter à s?interroger sur la validité d?un modèle qui, sans faire injure aux hautes instances, semble être dépassé. Il ne faut plus hésiter à remettre en question la capacité d?un ministère dans sa volonté de gérer certains domaines avec un manque significatif de corps professionnels. Il ne faut pas non plus hésiter à se demander si l?État prendra appui sur les centres culturels pour une question d?intérêt politique, communal ou culturel. Bref, l?administration culturelle favorisera-t-elle certains groupes au détriment des autres ? Marquera-t-elle sa préférence pour les actions sectorielles plutôt que culturelles ?

Si la vie des lettres, des arts, et des spectacles a besoin d?une administration culturelle d?État, c?est dans la mesure où les professionnels de la culture attendent d?elle une reconnaissance et une protection des droits. Il suffit de s?intéresser à la méfiance des artistes envers le pouvoir pour se rendre compte du désengagement de la part de ce dernier en matière culturelle. La mission de l?État doit consister à aider les troupes de théâtre, les jeunes musiciens, les peintres qui osent se jeter dans l?aventure, à assurer la conservation du patrimoine aussi bien que les formations artistiques. Mais la culture, comme l?écrivait un jour Ionesco, ?a l?air d?être un instrument manié par des fonctionnaires pour fabriquer des fonctionnaires qui fabriqueront des fonctionnaires?. Cela n?aura rien de contraignant si nos hauts fonctionnaires et administrateurs fabriqués ne cultivent pas pour la plupart une certaine tendance au conservatisme alors même que l?état actuel de la culture réclame de l?innovation.

Certes, cette innovation est d?une part coûteuse et risquée. D?autre part, elle dérange parce qu?elle va à l?encontre des habitudes. Mais, si l?on sait reconnaître les vraies forces conjuguées qui contribuent à l?innovation culturelle, on peut encore sortir de l?impasse sans que la culture ne perde quoi que ce soit de sa grandeur.

À Maurice, on assiste actuellement à des volte-face déconcertantes dans certains domaines de l?Art. Le ballet d?opéra, l?art chorégraphique, la danse, le design industriel, et le stylisme ont su trouver leur public. De même, dans le domaine des arts plastiques, on assiste à une rupture d?avec la culture institutionnelle : des chefs-d??uvre ont été créés. Les acteurs de ce milieu-là ont bien compris que l?innovation consistait tout simplement à viser l?attente du public, à ausculter sa demande avec imagination et à capter sa réceptivité latente.

Du côté de l?administration, il est temps de reconnaître que la demande culturelle est avant tout sociale. Cela suppose que celle-ci est l?expression d?un besoin et l?aveu d?un manque. Du côté des artistes, il est temps d?admettre que la force de la culture se mesure à la capacité innovatrice de cette dernière. Cela suppose que les créateurs doivent ouvrir de nouvelles voies, surtout dans le domaine des mises en scène au théâtre. Mais cela ne signifie pas que certaines relectures doivent obligatoirement être faites au détriment de la création : le renouvellement du public est un appel à une expression artistique coupée des formes du passé mais n?exclut pas un retour au classicisme quand c?est nécessaire.

Du côté du public, il est temps d?accepter que la culture dans son ensemble relève de deux catégories : celle de la masse et celle de l?élite. Évidemment, l?espoir, c?est de pouvoir réunir les deux dans une même société. Mais il reste utopique. Le public ne doit pas oublier que si la culture se diversifie à une vitesse grand ?V?, c?est parce qu?il a lui-même considérablement étendu le champ culturel par la diversité de ses ?langages?. Résultat : l?interaction entre le public et les acteurs du monde de la culture est davantage complexe.

La vie culturelle devient multipolaire. C?est toujours réjouissant quelque part. Mais quand on pense qu?à Maurice, la mission culturelle est toujours conférée à une télévision nationale en situation de monopole, cela n?a rien de rassurant. La télévision réclame sa privatisation. Peut-être qu?alors la politique culturelle sera plus dynamique ! Peut-être aussi qu?elle sera moins enfermée dans un département !

Pour sortir de l?impasse, de son académisme et de son ghetto institutionnalisé, la politique culturelle à venir doit répondre d?une forme de pluralité. Mais elle ne doit pas oublier que si toute l?action de l?État est concernée par la culture, le débat sur la culture ne saurait être limité à la question d?État. Parce que la vie culturelle ne se définit pas que par rapport à celle-ci. La culture peut donc cesser d?être qu?un projet ministériel. Mieux : c?est au ministère de se donner un projet culturel. Car la vie culturelle est partout et il n?est guère de domaines à Maurice qui soient capables d?évoluer sans leur dimension culturelle?

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