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L’Angola se tourne vers la Chine

5 juillet 2005, 20:00

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Un Bateau fantôme croise dans la baie de Luanda. Tout le monde croit l’avoir vu, nul n’est sûr de son nom, mais chacun en est convaincu dans la capitale angolaise : à son bord mangent et dorment, dans les pires conditions, des centaines d’ouvriers chinois venus travailler en Angola. La rumeur, en réalité, n’est pas si folle. Au moins 2 500 expatriés sont déjà arrivés, depuis 2004, en Angola, dans le cadre de travaux d’infrastructure financés par leur pays. Ils ne sont que l’avant-garde d’un flot attendu d’environ 30 000 employés de compagnies chinoises venues réaliser une série de projets financés par des prêts de leur gouvernement.

Certains d’entre eux ont dû se résoudre à habiter, au moins temporairement, sur un cargo, “d’où ils descendent tous les matins pour aller travailler”, affirme un observateur, faute de pouvoir se loger dans une capitale où les loyers sont hors de prix et les chambres d’hôtel réservées souvent à l’année par les compagnies pétrolières.

L’afflux attendu de travailleurs chinois a de quoi marquer les esprits. En 2004, l’Angola a obtenu un premier prêt de 2 milliards de dollars de l’Eximbank chinoise. D’autres financements sont en cours de finalisation, étalés jusqu’en 2008, pour un montant global de 6 milliards de dollars. En termes financiers, les conditions sont avantageuses avec, tout particulièrement, un taux d’intérêt de 5,5 %. Pour un pays qui, en dépit de ses richesses, est constamment à la recherche de fonds, c’est une aubaine.

La Chine déploie, en Angola, des moyens à la mesure de l’ampleur des travaux de Titan exigés par la reconstruction d’un pays où, sous les champs de ruines de quarante années de conflit, sommeillent d’immenses richesses. La vingtaine de contrats déjà signés concerne tous les secteurs : fourniture de centaines de camions et de tracteurs, construction de 10 hôpitaux, de 53 établissements scolaires, réhabilitation de routes et de 3 voies de chemin de fer. L’une assurera des liaisons ferroviaires transcontinentales, les autres permettront d’évacuer les minerais angolais vers les ports.

Pour Luanda, l’accord financier passé avec la Chine est aussi, et surtout, une forme de rebuffade à l’encontre des institutions financières internationales. Des discussions tendues sont engagées depuis plusieurs années entre l’Angola et le Fonds monétaire international (FMI), impliquant notamment des discussions sur un rééchelonnement de la dette angolaise, qui se monte à 9,5 milliards de dollars. Parmi les conditions avancées par le FMI figure, en tête, la “bonne gouvernance et la transparence” . Le Fonds tente de convaincre le pouvoir angolais de mettre fin à l’opacité de ses comptes et aux détournements opérés par ses dirigeants. Selon un calcul du FMI, 4,22 milliards de dollars ont ainsi disparu entre 1997 et 2002 des caisses de la Banque centrale, soit 9,25 % du produit national brut du pays. Et ce, sans même parler des sommes qui n’apparaissent pas dans les comptes publics, notamment certaines recettes de l’exploitation du diamant.

La dernière visite d’une délégation du FMI, en avril, s’est soldée par un nouvel échec. Campé sur ses trésors miniers et pétroliers, l’Angola ignore les admonestations. “C’est un pays sur lequel la communauté internationale n’a aucun levier” , admet un responsable de l’un des fonds multilatéraux en discussion avec l’Angola. L’augmentation des prix du brut s’est traduite en 2004, estiment plusieurs spécialistes, par un accroissement de 600 millions de dollars des revenus de l’Angola. Une somme qui n’apparaît pas dans les comptes du pays.

<B>© Le Monde

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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