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Maturité politique
C?est une autre leçon de démocratie que les Mauriciens ont donnée au reste de la région hier. En dépit de quelques incidents isolés, dont un a provoqué la mort d?un activiste du MSM-MMM, transparence et équité ont marqué toutes les étapes du processus menant au scrutin. Sans aucun doute, dans quelques heures, ce sera dans le même respect des urnes que les deux blocs prendront connaissance du verdict.
La satisfaction est d?autant plus grande que la lutte a été serrée et l?issue incertaine jusqu?au bout. La situation était tendue durant la campagne mais, le plus souvent, elle est restée sous contrôle. De même, il faut espérer que le vainqueur célébrera sa victoire sans triomphalisme et que le vaincu saura reconnaître sa défaite dans la dignité.
Si tous les observateurs et les partis s?accordent à dire que les élections se sont déroulées dans de bonnes conditions, en revanche, les avis divergent sur l?identité du vainqueur. On aura remarqué hier le contraste entre l?excitation des partisans de l?opposition et la prudente réserve de la majorité sortante. Cela pourrait être une indication sur les tendances du vote de la journée. De toute façon, pendant tout le long de la campagne, il a régné dans les rassemblements travaillistes une ambiance du tonnerre.
L?alternance est un aspect normal de la démocratie. Notre pays a vécu de nombreux changements de régime depuis son indépendance. A chaque fois, la transition s?est faite de manière fort paisible tant les rouages de notre démocratie sont bien huilés. Il devrait en être ainsi si le dépouillement des urnes s?achève avec une victoire de l?opposition.
Par contre, le choix de la continuité couronnerait un bilan réalisé dans un environnement international difficile. Ce sera également le résultat d?un pari osé de l?alliance au pouvoir qui a présenté Paul Bérenger comme son Premier ministre, sachant bien qu?il a fait l?objet d?une campagne acerbe depuis qu?il est arrivé au pouvoir. Une victoire du régime sortant apportera la démonstration que la sociologie du pays est en phase avec la modernité politique.
Plus le peuple devient revendicatif et exige des services ultra-performants des organismes publics, plus il deviendra difficile à un régime, quel qu?il soit, de renouveler son mandat. Ce phénomène permet aux partis d?opposition de rallier des partisans davantage par défaut que par adhésion.
Dans l?ensemble, les deux camps ont mobilisé leurs troupes avec beaucoup de réussite depuis le début de la campagne. Pour le scrutin d?hier, le taux global de participation, à 81,52 %, a été élevé.
La thématique de prédilection de l?Alliance sociale ? la démocratisation de l?économie ? a écrasé le débat. Elle a été relayée par les divers orateurs de ce camp avec plus ou moins de subtilité dépendant de leur rang dans la hiérarchie de l?opposition. Une majorité de ses partisans a compris que ce concept abstrait signifiait le refus d?accepter que le pays soit dirigé par Paul Bérenger.
Le gouvernement sortant a bien tenté de miser sur les réformes fondamentales entreprises ces dernières années, son combat contre la pauvreté et pour la relance économique mais a montré des failles évidentes au niveau de la communication et de l?organisation. Hier, jour d?élections, nos rues étaient toutes rouges.
On saura cet après-midi si la politique menée depuis septembre 2000 sera prolongée ou pas. Peu importe le vainqueur, l?avenir du pays sera assuré si les actes sont conformes aux promesses.
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