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Phase cruciale des élections au Liban

12 juin 2005, 20:00

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Les Libanais votent dans le centre et l’est du pays où des factions antisyriennes seront opposées pour la phase la plus cruciale des élections législatives.

Avec 58 sièges à pourvoir dans les districts du Mont Liban et de la Békaa, à l’est du pays, la physionomie de la prochaine assemblée de 128 députés pourrait apparaître clairement à l’issue de la troisième des quatre phases des premières législatives depuis le retrait de la Syrie.

Quarante-deux députés ont déjà été élus au cours deux premières phases à Beyrouth et dans le Sud.

Ces deux phases n’ont apporté aucune surprise. Saul Hariri, fils de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, a remporté une victoire écrasante dans la capitale à majorité sunnite et une alliance entre le Hezbollah et Amal ont fait main basse sur le fief chiite du sud du pays.

Mais les factions antisyriennes devraient s’affronter dans le bastion montagnard des chrétiens et des druzes avant l’ultime phase du scrutin dans le nord du Liban le 19 juin.

Les duels les plus disputés opposent l’ex-Premier ministre maronite Michel Aoun et une coalition emmenée par le chef druze Walid Djoumblatt dans la circonscription de Baabda-Alley, dans le centre du pays, et face à une solide alliance chrétienne dans le district de Byblos-Kesrouane.

L’ancien général Aoun s’est brouillé avec les autres dirigeants antisyriens depuis son retour au Liban en mai après 14 années d’exil.

Il accuse ses rivaux d’être des “traditionalistes” qui ont bénéficié de la présence de la Syrie au Liban depuis la fin de la guerre civile 1975-1990 et n’ont embrassé la lutte antisyrienne que ces derniers mois.

Aoun se présente comme un “réformiste” et s’engage à lutter contre la corruption, selon lui généralisée de la classe politique.

Les factions antisyriennes devraient emporter la majorité au Parlement, surfant sur une vague de sympathie après l’assassinat d’Hariri.

La mort de l’ancien Premier ministre a entraîné des manifestations massives qui ont forcé la Syrie à céder à la pression internationale et mettre un terme en avril à 29 ans de présence de l’armée des services de renseignment au Liban.

Espions syriens ?

Les élections interviennent quelques jours après la décision du secrétaire général de l’Onu Kofi Annan de renvoyer une équipe de vérification au Liban pour vérifier des accusations selon lesquelles des agents des services de renseignement syriens se trouveraient encore dans le pays.

Une équipe de vérification des Nations unies avait rapporté le 23 mai que la Syrie avait retiré tous ses soldats, mais qu’elle n’avait aucun moyen de déterminer si des agents en civil demeuraient. La Syrie a fait savoir qu’elle avait retiré tous ses soldats et tous ses espions du Liban.

Djoumblatt, qui a déjà obtenu son siège par défaut, affirme que des agents syriens circulent encore librement dans le pays et prévient qu’il y a aura probablement d’autres assassinats ordonnés par Damas. Il accuse le président Emile Lahoud d’aider les forces de sécurité prosyriennes au Liban.

Les Etats-Unis ont accusé vendredi Damas d’avoir dressé une “liste noire” visant des dirigeants libanais. La Syrie a rejeté samedi l’accusation. (Voir hors-texte).

Le nouveau Parlement devra notamment décider si Lahoud, proche de Damas, peut rester en place. Beaucoup d’hommes politiques antisyriens réclament sa démission.

L’assemblée devra également s’atteler à la question du désarmement du Hezbollah comme l’exige une résolution de l’Onu, redéfinir les liens du pays avec la Syrie et s’entendre sur une loi électorale moins controversée.

La loi actuelle a entraîné une série d’alliances improbables qui ont laissé les électeurs sans choix réel.

Djoumblatt et l’un de ses proches collaborateurs l’ont emporté par défaut dans le massif du Chouf où leurs sièges étaient incontestés. Le chef druze s’est allié avec les Forces libanaises, une des principales milices chrétiennes qu’il avait combattues durant la guerre civile.

Le Hezbollah chiite présente un candidat sur la liste Djoumblatt au Mont Liban et six autres dans le circonscription de Baalbek-Hermel, dans la Békaa. S’il réussit, le groupe détiendra 14 sièges au Parlement contre 12 actuellement.

Aoun et ses alliés présentent 25 candidats, principalement au Mont Liban. Aoun mène une liste de huit membres dans la circonscription de Byblos-Kesrouane.

Lin NOUEIHED

ACCUSATIONS DE WASHINGTON

La Syrie dément avoir une “liste noire” de cibles libanaises

La Syrie a fermement rejeté samedi les accusations de Washington selon lesquelles elle aurait dressé une “liste noire” d’hommes politiques libanais qu’elle envisagerait d’assassiner. Le porte-parole du ministère syrien de l’Information a déclaré que certains hommes politiques libanais cherchaient à attirer les voix des électeurs à l’occasion des législatives, qui se déroulent actuellement au pays du Cèdre, en lançant de fausses accusations contre Damas en coordination avec les pays hostiles à la Syrie.

“La Syrie, qui se place au-dessus de l’usage de menaces, d’assassinats et d’attentats à la bombe (...), exprime son dégoût devant les méthodes barbares et immorales utilisées par certains Libanais”, a déclaré Nizar Mayhoub à l’agence de presse officielle syrienne. “Ces allégations et ces mensonges visent à influencer les élections libanaises, à obtenir la sympathie des électeurs et à provoquer la Syrie”, a ajouté Mayhoub. Un responsable du ministère syrien des Affaires étrangères a ajouté que Damas était “profondément surpris” que les Etats-Unis aient accordé du crédit à ces accusations.

Le président américain George Bush avait qualifié vendredi de “dérangeantes” les informations faisant état de nouvelles ingérences syriennes dans les affaires intérieures libanaises. Selon la Maison blanche, dont les accusations rejoignent celles du chef de file druze de l’opposition libanaise Walid Joumblatt, Damas aurait dressé une liste noire de leader politiques et d’opposants anti-syriens à abattre.

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