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« Il est possible de détecter les enfants à risques »

12 juin 2005, 00:00

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Qu?est ce qui pousse les enfants à commettre des petits délits comme voler dans les supermarchés ou piquer les enjoliveurs des voitures ?

De tels actes ne sont pas à mon sens des « petits délits », mais des infractions qui devraient être sanctionnées par la loi. Les raisons qui poussent un enfant à enfreindre les règles en société sont multiples, avec en tête de liste un environnement social très précaire dans lequel il faut voler pour survivre. Mais d?une manière plus générale, la transgression de l?interdit est fréquente, surtout à l?adolescence : rechercher ses limites, défier l?autorité parentale et sociale, rites initiatiques au sein des pairs.

Pendant l?enfance, on a tendance à ne pas vraiment différencier le bien du mal. À partir de quel âge sont-ils conscients qu?ils sont en train de commettre un délit ?

Dès le plus jeune âge, l?enfant intériorise des interdits parentaux, c?est-à-dire des règles qui définissent ce qu?il peut ou ne pas faire sous peine de sanctions (réelles ou symboliques). Ces interdits font office de lois et de guide du comportement. Ils dépendent de l?histoire des parents et de la culture.

Comment peut-on expliquer que certains basculent du mauvais côté et d?autres pas, alors qu?ils font face aux mêmes situations ?

Chaque enfant est unique, même dans un environnement similaire. Basculer dans la délinquance dépend de plusieurs facteurs, notamment du degré d?assimilation des interdits parentaux, du type de relation avec les parents, de la place et du rôle de l?enfant dans sa famille, du type d?identification à un modèle, de la stabilité psychoaffective du jeune. Il peut exister autant de combinaisons de facteurs que de personnalités.

Peut-on alors dire que certains enfants sont prédisposés à la délinquance et d?autres pas ?

Il est possible de détecter des enfants à risques. Le milieu scolaire est un terrain propice à cet exercice. Mais cela suppose que les professeurs et le personnel scolaire soient avertis et sensibles aux variations de comportements des élèves.

Est-ce uniquement la faute des parents ? Sont-ils les seuls à devoir porter cette responsabilité ?

C?est très culpabilisant pour les parents de parler de « leur faute » dans le développement de leurs enfants. Il est moins dévalorisant de parler de manquements plus ou moins importants dans les méthodes éducatives, dans la construction de la relation affective avec l?enfant. Les parents transmettent plus ou moins exactement ce qu?ils ont reçu de leurs propres parents. Ainsi des manquements peuvent traverser plusieurs générations. Parler de responsabilité unique des parents serait donc trop réducteur. L?environnement familial au sens large, l?école, le voisinage, la société ont également une responsabilité secondaire dans le développement et l?enfermement dans la délinquance.

Comment peut-on aider psychologiquement un enfant à revenir dans le droit chemin ? Concrètement, comment cela se passe ?

Le jeune doit prendre conscience que son mode de vie est pour lui source de souffrance et qu?il n?est pas adapté à la société. Il peut développer alors une volonté et un désir de changement. Il entre ainsi dans un processus thérapeutique au sein duquel il doit être épaulé par des professionnels. Sa famille ne doit pas être tenue à l?écart de ce travail. Un changement de comportement doit s?accompagner, lorsque cela est possible, d?un changement dans la cellule familiale.

Propos recueillis par Charlotte ROUSSETY

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