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Portrait d?une gladiatrice au grand c?ur

12 juin 2005, 00:00

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Personne ne voulait y aller. Alors, elle a fini par se jeter dans l?arène. Et pas dans la plus facile. La n°3 (Port-Louis Maritime Port-louis Est), réputée pour être, dit-elle, assez « sexiste ». Mais faire mentir une réputation, relever le défi, ça la galvanise. Paula Atchia n?est pas femme à s?avouer vaincue au premier round.

D?ailleurs, elle l?a prouvé. En créant son Parti de la majorité ? 7 femmes au départ, 4 à l?arrivée ? avec comme seul et unique programme « une femme dans chaque circonscription », elle a déjà gagné son pari. Même si les deux grands blocs n?en ont pas aligné beaucoup, n?empêche qu?avec les petits partis et les indépendantes, il y a bel et bien cette année, au moins une candidate dans chaque circonscription.

En espérant, dit-elle, que ce sont les dernières élections où les femmes doivent « faire tout ce cinéma » pour obtenir une investiture. « Si je suis élue, ma première action au Parlement sera de tout faire pour instaurer la loi sur la proportionnelle et m?assurer que les femmes n?ont plus à mendier des tickets. Une place sur trois devra être pour elles. »

Quand on voit Paula Atchia pour la première fois, on se dit qu?il vaut mieux ne pas se la mettre à dos sous peine de l?avoir sur le dos ! D?autant plus quand on apprend qu?elle est fan du film Gladiator ! C?est qu?elle est impressionnante. Par sa taille et sa carrure de déménageur d?abord. Par sa voix puissante qui manie mieux le créole que le français, son franc-parler, sa force de conviction, ensuite. Dans son genre, c?est un monument !

« Dans ces cas-là, je pourrais cogner »</B>

Cette allure, brute de décoffrage, est tempérée par de grands éclats de rire qui fusent à la moindre occasion. Et nous voilà rassurés. Paula Atchia peut mordre, mais ne dévore pas. En tout cas, pas les enfants perdus. Uniquement les adultes stupides, les égocentriques, les jaloux, les mesquins et tous ceux qui se réjouissent du malheur des autres. Mais ce qui la met en colère par-dessus tout, c?est l?injustice. Elle peut en pleurer « des larmes de rage ». « Dans ces cas-là, je pourrais cogner », avoue-t-elle, en ajoutant : « Il n?est vraiment pas nécessaire de faire souffrir pour exister. »

Et puis bien sûr, il y a le communalisme auquel elle ne s?est jamais faite, même si elle se sent « 100 % Mauricienne ». Concept inconcevable pour une femme, issue elle-même d?un savant mélange anglo-indien. Sa mère était eurasienne, son père anglais, officier dans l?armée coloniale des Indes ? ce qui explique sans doute sa façon de faire quasi-militaire.

Née le 14 décembre 1941 quelque part entre l?Inde et l?Afghanistan, Paula Atchia a passé ses vingt premières années à Calcutta. Hormis l?anglais, les premières langues qu?elle parle sont l?ourdou et l?hindoustani. Aujourd?hui, même s?il ne lui en reste que quelques bribes, elle regarde toujours avec plaisir certaines séries en ourdou, comme Nurgehan. Ce qui ne l?empêche pas de s?intéresser aux films d?aventure, aux débats politiques, à l?archéologie ou au cosmos. Paula Atchia a besoin d?espace pour s?épanouir.

« C?est une femme de caractère souriante et joviale », assure le père Henri Souchon, qui s?enorgueillit d?être le premier Mauricien à l?avoir connu. « C?était en 1962 à Calcutta. Michael Atchia faisait ses études et avait tenu à me présenter sa fiancée. J?ai dîné chez elle. Ce soir-là, on a mangé du maïs grillé, je m?en souviens encore. Elle m?avait donné un conseil sous forme de boutade. À l?époque, on ne pouvait pas laisser sa voiture sans qu?on vous vole les pneus. Elle m?avait dit : ?You better invest in the chauffeur, it is cheaper ! »

Des rues de Calcutta ? où les gamins la traitaient de talgash (palmier), parce qu?elle était longue et maigre ? à Maurice, en passant par l?Angleterre, la France, le Nigeria et le Kenya, Paula Atchia a trimballé son tempérament de feu dans un corps hors norme, avec une constante : la passion de l?enseignement et de l?autre. Et du tempérament, il en faut quand on dirige une école.

Après vingt ans passés aux Lorettes de Curepipe, elle a été, en effet, à la tête du Bocage, des collèges La Confiance et Père Laval et de Northfields, qu?elle vient tout juste de quitter. « Elle a une approche globale de l?éducation, en proposant de multiples activités, avec toujours le souci de l?enfant. Son passage au collège Père Laval et à la Confiance a été très bénéfique », assure Daniel Merven, responsable de l?école de pédagogie du Bureau d?éducation catholique.

Un « échec retentissant »

Autoritaire, oui, elle l?est aussi forcément un peu. Mais avec humanité. C?est qu?elle s?intéresse aux autres, aime les écouter et leur venir en aide. « Elle a toujours eu une très bonne qualité de relation avec le personnel et les élèves. Et elle connaît les besoins des petites gens », confirme Daniel Merven. « Elle est très généreuse, prête à donner sa veste s?il le faut », témoigne Michael Atchia, son époux depuis quarante ans, qui qualifie leur union de « relation 5 étoiles ».

En femme d?action, Paula Atchia est toujours disposée à épouser une idée nouvelle, une cause juste. Même si elle a parfois le sentiment de se battre contre des moulins. « Il faut avoir un projet, sinon on ne fait rien. C?est ce qui rend la vie agréable », assure-t-elle. Et des projets, elle en a toujours eu. Dans les années 70, elle a ainsi ouvert, avec Cecil Wiehé et Sam Lauthan, le premier centre pour jeunes toxicomanes à Curepipe, ainsi qu?un club du 3e âge. Elle a même déjà tâté de la chose politique, puisqu?elle a été membre actif de l?Union démocratique mauricienne et l?une des organisatrices du Groupement curepipien, qui s?était présenté aux élections municipales de 1976. Et elle a l?intention de s?occuper d?un centre de femmes.

Férue de littérature, et notamment de Jane Austen, elle a pris beaucoup de plaisir à écrire, il y a quelques années, Mansfield Letters, la suite imaginée d?une obscure nouvelle de l?écrivain anglais, qui fut, de son propre aveu, un « échec retentissant ». « L?ordre et l?équilibre de ses idées, la construction de ses phrases me fascinent. J?aspire à ce sens de l?équilibre. » Tout comme elle admire Tolstoï et Victor Hugo, deux autres monuments, parce qu?ils ont des qualités qu?elle aurait bien aimé avoir.

En revanche, ne lui demandez pas d?être une parfaite maîtresse de maison. Visiblement, les contingences domestiques ne font pas partie de ses priorités. Paula Atchia, qui a trois fils dont « un bébé de 33 ans », a eu la chance d?avoir toujours à ses côtés de bonnes âmes pour s?occuper d?elle et tout faire à sa place. Résultat : ses armoires et sa bibliothèque ne sont pas des modèles de rangement. Elle avoue être mal organisée et ne pas savoir maîtriser le temps. Du coup, elle a tendance à se négliger, mange et dort mal.

Une atypique au solide sens de l?humour

À l?évidence, cette atypique au solide sens de l?humour refuse de se laisser enfermer dans un carcan, qu?il soit matériel, intellectuel ou politique. Ainsi, elle a beau être chrétienne, ce n?est pas pour autant qu?elle ne remet pas en cause certaines prises de position de l?Église. Sincère et directe, son franc-parler peut déranger. « Le courage n?est pas une caractéristique mauricienne. On pénalise les gens qui disent ce qu?ils pensent », affirme-t-elle. « Elle n?a pas peur de dire la vérité. Mais c?est l?une de ses faiblesses, l?hypocrisie étant plus payante dans notre société », estime le père Souchon. Son autre faiblesse : elle n?a pas de permis de conduire et ne sait pas se servir d?un ordinateur !

Paula Atchia ne se fait pas beaucoup d?illusions sur l?issue du scrutin. Elle n?a pas de moyens financiers pour mener campagne. Les bailleurs de fond ne donnent qu?à ceux qui ont une chance d?être élu. Autant dire que la sienne et celle de ses trois candidates relèvent du miracle. Mais peu importe, elle ne désespère pas faire entendre sa voix.

« Si les gens de Bagdad ont réussi à faire élire 35 femmes dont 7 ministres, pourquoi pas à Maurice ? » Elle qui n?a jamais aimé le fonctionnement des partis, fait au moins de la politique à sa manière. Une politique de proximité, sans tambours, ni trompettes, de Roche-Bois où elle n?est pas une inconnue à Plaine-Verte où elle doit se faire connaître.

« Je voudrais travailler avec des groupes de femmes, des citoyens de la circonscription pour améliorer concrètement leur qualité de vie. Avec de l?argent, on peut faire quelque chose. Et puis, je voudrais demander aux députées de s?associer pour se pencher sur la condition des femmes. »

En attendant le 3 juillet, cette frondeuse compte sur son charisme et l?intelligence des électeurs pour ne pas « voter bloc ». Saura-t-elle les convaincre ?

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