Publicité

L?affaire Tipo ou les couacs de l?adoption

29 mai 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le petit Tipo, six ans, ne vivra pas chez celle qui s?est occupée de lui depuis son enfance. Il lui sera enlevé et confié à ses parents adoptifs. La Justice a tranché. L?affaire est-elle pour autant réglée ? Loin de là. Parce que depuis jeudi que l?ordre de la cour a été émis, Marianne Alfred, celle qui se réclame être « la vraie mère » de Tipo, s?est enfuie avec l?empêcher pour empêcher qu?on le lui prenne... Et parce que l?affaire Tipo, en réalité, a révélé les incongruités des procédures d?adoption.

Mahmad et Ameenah Aurdally, les parents adoptifs, ont suivi ces procédures à la lettre. Leur demande d?adoption de Tipo, qu?ils accueillaient chez eux régulièrement depuis ses deux ans et demi avec l?accord de Marianne, a été faite dans les règles. Elle a été adressée à un juge en chambre. Celui-ci a soumis le dossier au Parquet, qui a alors ouvert une enquête sociale.

L?enquête a révélé que toutes les conditions étaient réunies pour l?adoption. Car les Aurdally s?occupent de l?éducation de Tipo depuis 2002. Ils se sont chargés de son admission à l?école maternelle ZamZam Islamic Centre, puis à l?école primaire Jean Lebrun. Depuis janvier 2005, ils le conduisent à l?école et le ramènent le week-end chez les Alfred, disent-ils.

L?épreuve de l?enquête sociale passée, les adoptants ont procédé à la demande d?adoption par pétition. Le 6 avril, le juge Premila Balgobin a prononcé l?ordre d?adoption. La Cour suprême a émis un ordre à l?état civil. En apparence, aucune « fraude » comme l?insinuent les Alfred.

Mais il y a un hic. Comment l?enquête a-t-elle pu révéler que toutes les conditions étaient réunies pour l?adoption quand Marianne Alfred, qui veille sur Tipo depuis sa naissance, n?a pas donné son consentement ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, le nom de celle qui se dit la « vraie maman » de Tipo n?a été mentionné nulle part dans la demande d?adoption. Elle n?est pas sa tutrice légale et n?en a jamais fait la demande. Puisqu?elle n?existe pas légalement dans la vie de Tipo, le Parquet, lors de l?enquête sociale, n?a donc pas eu de raison de l?interroger...

Que l?impasse puisse être faite sur un détail aussi fondamental est difficilement compréhensible. Me Shirin Aumeeruddy-Cziffra, ombudsperson pour les enfants, explique : « Les juges ne s?appuient que sur les affidavits et les rapports sommaires qu?ils demandent quelquefois, puisqu?il n?existe pas encore de Tribunal de la famille. Un tel tribunal serait normalement mieux équipé pour voir tous les aspects de l?affaire et non seulement l?aspect juridique. Car il serait pluridisciplinaire et demanderait lui-même une enquête.» Un tribunal serait certes souhaitable, mais plus simplement la publication des demandes d?adoption dans la presse le serait tout autant, suggère Me Nargis Bundhun.

Démonstration d?irresponsabilité

Marianne Alfred n?aura pas à attendre un tribunal de la famille pour faire appel si elle le souhaite. Tout n?est pas perdu. « Je pense que les adoptants ont fait preuve de mauvaise foi en omettant de dire qu?une personne s?occupait de Tipo et qu?il fallait demander son consentement, » analyse Me Bundhun. « Selon l?article 350 du Code civil, lorsque les père et mère sont décédés, le consentement est donné par le juge en chambre après avis de la personne qui, en fait, prend soin de l?enfant? », continue Me Sunil Posooa, en insistant sur les « chances » de Marianne.

Mais tant qu?elle continue à se cacher, à forcer Tipo à manquer l?école, Marianne fera la démonstration qu?elle n?est pas responsable. C?est d?ailleurs en partie ce comportement qui a motivé la décision, jeudi, de la cour. Certes, l?une des raisons principales avancée par le juge Bhushan Domah est qu?une adoption plénière (où tous les liens avec la famille biologique sont coupés) est irrévocable. Mais il a également répondu aux trois arguments sur lesquels reposait la contestation de Marianne Alfred.

«Mo pa pou rann Tipo»

Marianne Alfred affirme, dans sa plainte, qu?au moins 25 personnes sont prêtes à soutenir qu?elle est bien la « responsible party » de l?enfant, adopté à son insu. « Je ne peux me baser sur les on-dit selon lesquels l?enfant a été confié à Mme Alfred, alors que la revendication des Aurdally est basée sur des documents à la suite de l?adoption plénière, » explique le juge Domah.

L?autre argument de la plaignante est que les Aurdally ont produit de faux documents et dissimulé des preuves qui pourraient peser contre eux. Le juge a dit devoir considérer si les Alfred et les grands-parents sont venus devant la Cour « with clear hands.» « Je constate seulement que l?enfant a été privé d?école depuis le début du semestre, et c?est très grave. »

Enfin, bouleversés par cette épreuve, les Alfred n?ont pas eu un comportement réfléchi. Ils ont contourné les ordres de la cour et utilisé toutes sortes de subterfurges et d?astuces pour faire opposition à la justice, ce que le juge n?a particulièrement pas apprécié, lequel a dû « exercer son autorité », dit-il, pour voir Tipo. Et il enfonce le clou : « whatever be the merits of their case which only a competent court may be able to determine, the manner in which they have gone about their supposed rights over the child together with their conduct and behaviour indicate to me that the applicants barely have the interest of the child in their main concern? »

Une conduite qui ne s?est pas améliorée malgré ces reproches. Au grand regret de l?avocat de Marianne Alfred, Me Pazhany Rangasamy. « Je lui ai dit qu?elle devait respecter l?ordre de la cour et qu?elle devait rendre l?enfant à ses parents adoptifs. » Mais Marianne n?en a cure des conseils : « Si le fo mo suiside, mo al fer prison, mais mo pas pou rann Tipo. » Comme ils sont vrais les mots de cet avocat : « L?adoption est un domaine lié à énormément d?émotions et de tension »

Publicité