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« Le non sucre, il faut y croire !»

28 mai 2005, 20:00

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L?Institut de biotechnologie, projet phare du plan quinquennal introduit en 2003, est en route. Êtes-vous enthousiaste par rapport au rythme auquel ce plan se réalise ?

Il y a eu, depuis 2003, une assurance pour les cultures et puis l?inauguration, jeudi, du chantier de construction de cet institut, selon ce que j?ai appris par la presse. Mis à part ces deux initiatives, il n?y a pas grand chose qui a bougé. Le plan quinquennal cible les bons objectifs. Malheureusement, sa mise en application est compromise par l?extrême lourdeur bureaucratique. En attendant, le temps passe. Quand l?Institut de biotechnologie fonctionnera, les cinq ans auront passé?

Mais vous convenez qu?il fallait ce centre pour réussir le plan ?

Nous ne savons pas trop ce qu?enfermera le bâtiment qui sera construit au coût de plus de Rs 400 millions de roupies. N?y aura-t-il pas doublon avec ce que font les institutions qui existent déjà ? Je ne vois pas pourquoi on n?aurait pas pu utiliser les infrastructures existantes à l?Université de Maurice, à l?Institut de recherche de l?industrie sucrière et autres laboratoires tant privé que public. Je me demande si cet argent n?aurait pas mieux servi à créer une école technique pour l?agriculture où seraient formés les entrepreneurs agricoles de demain. C?est à travers la formation, surtout de ceux qui n?auront peut-être jamais accès au Collège d?Agriculture de l?Université de Maurice, que nous parviendrons à un vrai renouvellement.

Que représente le secteur des cultures vivrières et que visait le plan ?

Environ 25 000 personnes vivent directement des cultures vivrières. A lui seul, ce secteur représente Rs 3 milliards en terme de valeur ajoutée. Il mériterait qu?on le soigne davantage, et les objectifs du plan reflètent ce souci. Il était question de moderniser, d?encourager les agriculteurs à adopter de nouvelles méthodes, plus précises. Le plan devait permettre au pays d?atteindre l?autosuffisance par rapport aux produits qui sont importés actuellement et aussi à produire un volume adéquat pour soutenir une industrie agroalimentaire appelée à prendre de l?ampleur. Nous devions notamment exploiter la possibilité de produire dans la région pour réunir ce volume. Le but ultime était de transformer Maurice en un hub régional de l?agroalimentaire.

Les agriculteurs suivent-ils ?

Les vieux réflexes sont difficiles à perdre. Les quelque 15 000 petits planteurs engagés dans la culture vivrière opèrent sur un mode individualiste. Cela ne leur permet pas de réaliser des économies d?échelle et encore moins d?envisager des initiatives communes de marketing. Or, l?avenir dans le secteur dépend de la capacité des acteurs à se regrouper. L?industrie sucrière, elle, l?a compris.

Les autorités s?emballent pour l?hydroponique. Un bel exemple de modernisation, non ?

La modernisation de l?agriculture, ce n?est pas se lancer tête baissée dans l?hydroponique. Cette technologie est coûteuse. L?agriculteur est obligé de produire des légumes à forte valeur ajoutée (tomate, courgette, laitue, poivron) pour rentabiliser les investissements consentis. Or, le marché pour ce type de produits est petit. Ce sont surtout les hôtels qui achètent. Cet engouement pour l?hydroponique, soutenu par l?Etat, m?inquiète.

«Ce n?est pas parce qu?on a failli dans le passé qu?il ne faut pas envisager de recommencer avec la culture vivrière.»

Qu?y a-t-il d?inquiétant ?

J?ai encore à l?esprit le craze pour l?anthurium. Ils ont été nombreux à s?y lancer sous l?impulsion du gouvernement. Cependant, ils ont vite découvert qu?ils n?ont ni la connaissance technique ni le marché pour réussir. Ils s?y sont investis et, la conjoncture aidant, ils ont pu sauver la mise. Mais la viabilité des cultures dans la durée a été compromise. La conjoncture a changé et la filière est à présent en déclin. J?ai bien peur que l?engouement pour l?hydroponique ne suive le même modèle. Il aurait suffi d?une étude de marché pour se rendre compte que le marché pour les produits hydroponiques est trop petit pour accommoder 18 arpents de serres additionnels. Il en existe déjà une centaine.

L?offre peut créer la demande. Et puis, ne pourrait-on pas exporter ?

Nous ne pouvons pas exporter des produits frais. Nous ne sommes tout simplement pas compétitifs. Et les produits à forte valeur ajoutée cultivés dans des serres hydroponiques ne sont pas faits pour être transformés.

« La culture non-sucre n?est pas viable à Maurice ». Ce discours est récurrent chez les sucriers...

Je ne partage pas cet avis. C?est vrai qu?on a tout essayé. Mais a-t-on vraiment donné une chance aux cultures non sucre ? La vocation première de l?industrie est de fabriquer du sucre. Et aussi longtemps que cette activité lui garantissait des revenus confortables, elle y consacrait ses meilleures ressources. C?était normal et même nécessaire. Mais à présent, la conjoncture n?est plus la même. Ce n?est pas parce qu?on a failli dans le passé qu?il ne faut pas envisager de recommencer.

La diversification n?était donc pratiquée que pour la forme ?

C?est une manière de voir les choses. Les meilleures terres sont allouées à la canne. La plantation et la récolte sont planifiées de manière à en optimiser le rendement. Les autres cultures sont faites en interlignage et doivent s?adapter. Avec le recul, on voit bien que nous n?avons pas donné toutes ses chances à la diversification. Mais la situation change. Plus question que le sucre subventionne la diversification. Une des propriétés ayant entériné ce changement d?approche a vu le rendement à l?hectare de la pomme de terre passer de 20 à 35 tonnes !

Ainsi, à l?avenir, les cultures vivrières ne seront plus en compétition avec la canne, notamment pour les terres ?

L?industrie sucrière est en train de réviser sa façon d?envisager le secteur. Elle entre dans une logique de survie. Avec l?érosion des préférences commerciales, la place de la canne est relativisée. Je prévois qu?à l?avenir, elle continuera à être cultivée mais seulement sur les terres où elle est la plus rentable. Ailleurs, elle cédera très probablement la place à d?autres cultures. Et il y en a plusieurs qui peuvent vraiment marcher. Si nous ne les avons pas essayés jusqu?à présent, c?est parce que nous nous sommes trop longtemps contentés de revenus sucriers stables.

Quelles sont les filières identifiées comme fer de lance de la diversification?

Il y en a plusieurs mais nous travaillons sur trois actuellement : la pomme de terre, les palmistes et l?élevage de cerfs. Nous procédons indépendamment du gouvernement. Le dossier de la pomme de terre, par exemple, a beaucoup progressé. Cette culture a le potentiel de battre la canne et mérite d?être développée en une filière à part entière. Quatre sociétés sucrières se sont mises ensemble pour produire, transformer et vendre la pomme de terre. En créant une centrale d?achat, elles limiteront au strict minimum les intermédiaires. Nous allons en Australie dans une semaine pour voir comment ce pays a restructuré son industrie de la pomme de terre.

Dans le passé, on a essayé différents élevages avec plus ou moins de succès. Est-il sage de persister dans cette ligne ?

Maurice importe des produits laitiers pour une valeur de Rs 1,6 milliards par an. Et ce chiffre ne fait que croître. Jusqu?à quand continuerons-nous à subir cette inflation ? Dans le passé, on a voulu faire de l?élevage laitier sans investir dans les pâturages de qualité. Je ne suis pas d?accord avec ceux qui disent que nous n?avons pas le climat. Il faudra relancer la filière dans de meilleures conditions.

Un sous-comité, dans le cadre de l?application du plan quinquennal, devait proposer des mesures pour développer l?agroalimentaire. Qu?en est-il ?

Ce sous-comité est un des seuls à avoir fait quelques progrès. Il attend les conclusions des experts de Organisation mondiale de l?Alimentation qui ont étudié la faisabilité de produire en Tanzanie, à Madagascar et au Mozambique. Il s?est réuni en mai 2004 pour décider de solliciter l?aide de l?OMA. Ce n?est que cette année qu?il y a donné suite.

Qu?entend-t-on produire en Afrique?

Des produits que nous sommes obligés d?importer pour le moment : maïs, pomme de terre, grains secs et aussi des légumes consommés massivement par le secteur agroalimentaire. Prenez l?exemple de la pomme de terre. Nous en consommons 25 000 tonnes par an et en produisons 15 000. Nous n?avons pas intérêt à être autosuffisant sur nos terres. Car il faudrait stocker pendant une période de l?année, ce qui coûte cher et a de fortes incidences sur la qualité. La meilleure solution serait de produire les 10 000 tonnes manquantes ailleurs. D?une manière générale, la Tanzanie, le Madagascar et le Mozambique offrent les conditions, tant physiques que politiques, pour un partenariat fructueux.

Maurice, « hub » agroalimentaire. Au rythme où vont les choses, cela risque de ne rester qu?un rêve?

Maurice a tout pour se réaliser. Mais il ne lui est pas évident de se défaire de son héritage. Il ne lui manque que le déclic. Ce déclic viendra de l?industrie sucrière.

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