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Ile République
Hommes neufs ne veut pas forcément dire idées nouvelles. Plus d?une trentaine de nouveaux candidats briguent les suffrages sous la bannière des deux principaux blocs politiques. Pour les leaders, c?est une promesse de rajeunissement qui est tenue. Plus de femmes aussi. Et, une nouvelle fois, ils sont heureux d?annoncer qu?on avance dans le bon sens. Mais vu sous un autre angle, ce n?est pas tant le sang neuf qui est une garantie de renouvellement des idées. En 2005, on fait toujours de la politique de la même manière qu?on l?a pratiquée ces dernières décennies. La campagne est loin d?être menée sur le plan des idées. Le mal est profond et surtout structurel, voire constitutionnel.
Les partis s?organisent selon un système parlementaire et un régime républicain précis. Deux clans opposés bien distincts, avec un parti de pouvoir et un parti d?opposition qui se partagent le Parlement et la vie politique en général. C?est ainsi que même le chef de l?opposition a le traitement d?un Premier ministre de la part de ses fidèles. On se rappellera que, malgré sa défaite en 1995, sir Anerood Jugnauth se voyait toujours donner du « PM ». C?est ce qui permet aux leaders des principaux partis de trôner sur leurs partisans et de profiter pleinement du bipartisme.
La question n?est pas abordée frontalement. Le modèle westminstérien reste sacré. Nos constitutionnalistes ne font pas débat sur la question. Pourtant, pour en finir avec l?infantilisation de la classe politique, une révolution est nécessaire. Cette révolution passe par un changement constitutionnel. L?éventualité d?un passage à une IIe République mérite d?être, à cet effet, envisagée. Un président de la République est plus à même de garantir la permanence de l?Etat qu?un Premier ministre qui ne peut, dans aucun cas de figure, se débarrasser de son habit de chef de parti autant que l?inverse est également vrai. Ce système a définitivement fait son temps.
Sans un pareil saut conceptuel, tout renouvellement du personnel politique est condamné à n?être, au mieux, qu?un espoir de rajeunissement, et au pire, qu?un simple exercice cosmétique car, tôt ou tard, les nouveaux finissent par devenir encore plus anachroniques que les anciens. De nombreux exemples existent en ce sens. Un autre exemple peut être cité pour démontrer que le parlementarisme étouffe le système des partis et inversement. Il suffit d?imaginer ce que donnerait une présidence dotée de pouvoirs, avec soit un Cassam Uteem soit un sir Anerood Jugnauth à la State House, pour comprendre à quel point la partisanerie et la vulnérabilité d?un chef de gouvernement peuvent être réduites. C?est cela dont il est question aujourd?hui. De la volonté des politiques de réinventer la République. Un tel changement de régime entraînera un renouvellement des partis, du corpus attitudinal des leaders, et contraindra l?électorat à remettre en question un certain nombre de lieux communs. Si, comme le pensent certains, nous sommes déjà entrés dans un cycle d?alternance, après le cycle des deux longs et successifs mandats de SSR et SAJ, il faudrait rapidement évoluer vers cet autre régime républicain, seul, répétons-le, capable de garantir la permanence de l?Etat qui est, elle-même, si vitale en ces temps aléatoires et changeants.
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