Publicité
Convaincre pour vaincre
Distinguo : « un agent est payé, un activiste non. » Le ton de Roland Cotry est aussi prononcé que le mauve qu?il défend. Militant dans la circonscription n° 2 Port-Louis-Sud-Port-Louis Centre, il est, aux heures de bureau, Public Relations Officer au ministère du Service civil.
Épinglé au mur de l?austère bureau qui est le sien au Government House : le code de déontologie pour les fonctionnaires. Mais Roland Cotry n?a pas le temps de le relire. Il est trop occupé à jongler avec ses téléphones, un fixe et deux portables. à chaque coup de fil, il règle un détail d?une réunion nocturne prévue pour le lendemain à Tranquebar.
Son engagement, Roland l?assimile à du « travail social ». Il sourit presque : « Ena dimounn dir moi to bet, to pa rod narien. » Pour lui, c?est cela « suivre la ligne du parti ». D?un revers de main, il balaie les « sacrifices ». Surtout les horaires difficiles. « En retour, nou rann bann activist servis en priorite. Si enn dimoun merite, li bizin gagn travail. » Un discours déséquilibré par le ton catégorique du même Roland qui affirme qu?un vrai activiste ne réclame pas de cadeaux. Il ne demande rien pour lui-même. et n?oublie pas qu?il a été « enn zenfan mizer » qui doit aider les autres à s?en sortir.
Antoine Cangy, lui, est nettement plus cynique. « Auparavant, dimounn ti vinn plaigne ouvertman : rod enn ti plass pou mo garson ou mo tifi. » Selon cet activiste du Parti mauricien Xavier Duval (PMXD) de Sainte-Croix, les nouvelles générations d?activistes agissent plus en « sous-marin ».
à son ton, on comprend qu?à lui, on ne la fait pas. Antoine Cangy a de longues heures de route au compteur. Conseiller municipal, sous les couleurs du Mouvement socialiste militant (MSM) entre 1991 et 1996, le déclic chez lui s?opère dans les années 70. Antoine Cangy intègre le PMSD. Il se souvient avec nostalgie, un brin amère, des « gard baton » qui lui ont couru après à Vallée-Pitot.
Lord-Maire après 25 ans de politique
Malgré les moments de découragement, Antoine est resté fidèle au parti jusqu?à la mort de son leader. « Après le décès de Gaëtan, des activistes du PMSD de Sainte-Croix sont venus me voir. Ils m?ont parlé de leur intérêt pour le MMM. » Interpellé par la chose politique, Antoine se laisse tenter par l?aventure. Avant de côtoyer d?un peu plus près Xavier Duval. « J?ai organisé une réunion et Xavier m?a demandé s?il pouvait prendre la parole. C?était ses débuts en politique. Le PMXD est né chez moi. »
Depuis, l?activiste assure le suivi sur le terrain au n° 4 Port-Louis-Nord-Montagne-Longue. Il a appris à détecter les passionnés des bonnes volontés intéressées. « Soufrans fer zot bouzé. »
Un avis partagé par Gérard Nina. Exemple de l?endurance du marathonien toujours fidèle, ce militant annonce de sa voix tonitruante être allé en prison « 28 fois ». Des séjours à l?ombre en compagnie d?autres militants MMM, dont le leader lui-même. « Tombe leve, bizin respekte lalit. » Du coup, Gérard Nina est devenu un cas. Celui du militant à la ligne pure et dure qui après vingt-cinq ans de « combat » a été élu conseiller municipal puis lord-maire.
Pendant qu?il nous reçoit au 3e étage de la mairie, une photo nous saute aux yeux. On y voit Gérard Nina serrant Paul Bérenger dans ses bras le jour de son accession au fauteuil mairal. « Zame mo pa dimann narien pou moi. » Son année de mairat est derrière lui. Un peu gêné aux entournures, mais jamais sans son franc-parler, notre interlocuteur reconnaît : « Pou moi, li ti plis enn responsabilite ki enn loner ki ti tom lor moi sa zour la. » Un fardeau que Gérard Nina est content d?avoir porté et, tout autant d?en être débarrassé.
S?il est heureux d?avoir retrouvé la base, ses automatismes de militant, d?autres n?ont pas manqué de manifester bruyamment leur désaccord avec la ligne du parti cette semaine. Le mécontentement gronde dans une réunion à Montagne-Longue. Les activistes travaillistes regroupés autour de Jugdutt Sewruttun réclament le candidat Jean-François Chaumière au n° 4.
Discours enflammé, rage de vaincre. Mais une fois descendu de la plateforme, c?est la langue de bois. Des consignes ont été données. On n?en dira pas plus que ce qui a été rapidement griffonné sur des feuilles de papier, pour être lu pendant la conférence de presse. Gérard Nina a la solution : « Kan travayist ti dan lalians avek nou, zot finn aprann travail la. »
Et les femmes sur le terrain ? Pas toujours loquaces, à l?instar de Christelle Aza, membre du bureau politique du PTr, qui ne dévie pas d?une ligne de son allocution écrite. Légèrement plus bavardes mais tellement typées : Nancy Chanyu, Dominique Chourimootoo et Marie Ange Etowar. Nancy, la plus jeune ? 25 ans ? a suivi sa mère sur le terrain pendant la campagne de l?an 2000. « Pa ti fasil, bizin konn koze. » Mais Nancy ne se laisse jamais gagner par le découragement. Comme sa collège Ambigeye Ramye de La Source, Quatre- Bornes. « C?est vrai que c?est pas facile pour les femmes. Mais c?est dans la difficulté que l?on prouve ses capacités. Nou rekompans, bondie ki donn nou.»
Publicité
Publicité