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Diversifions mais sans arracher la canne
En ce temps-là, la Chambre d’agriculture tient une conférence de presse pour inviter les planteurs à produire davantage de sucre et de cultures vivrières. Dans le même souffle, elle demande au gouvernement d’encourager davantage l’élevage bovin. Ce point de presse se veut une réponse à ceux qui veulent la diversification agricole mais au détriment de l’industrie cannière. Peter White, son président, rappelle que la canne à sucre choisit l’île Maurice et non l’inverse. Seule la canne peut résister aux cyclones, tels ceux de l’été 1979-80, dont “Claudette” la dévastatrice, “Hyacinte” les pluvieuses (des punitions de Dieu, au dire de Ramgoolam), “Laure”, le “frodère fête nationale”, “Hennie” la tardive, menaçant des roseaux saccharifères mesurant déjà 1m75 de haut. Nous avons le droit d’être fiers de notre “sugar mentality” parce qu’elle est synonyme d’efficience et de savoir-faire. La canne n’exclut nullement la diversification agricole. Elles se complètent mutuellement. Secteurs privé et public ambitionnent de produire les denrées agricoles consommées à Maurice tout en visant 800 000 tonnes de sucre annuellement. Excusez du peu ! Nul besoin pour autant d’arracher la canne pour produire davantage de cultures vivrières.
Il ne faut pas oublier que les betteraviers européens considèrent le sucre comme une valeur sûre et veulent s’emparer du quota sucrier accordé aux pays ACP. La diversification agricole n’offre pas, à elle seule, les mêmes garanties que la canne contre les aléas climatiques (cyclones et sécheresse). Prétendre le contraire, c’est faire le jeu de nos concurrents. L’argument de l’incontournable prévention à un état de guerre ne tient pas car une telle situation ne se déclenche pas du jour au lendemain. Il y a des signes prémonitoires qui donnent le temps à Maurice de se préparer, de s’adapter à une telle calamité et d’être plus ou moins coupée du reste du monde. En l’absence de tout signe prémonitoire, qu’on ne vienne pas prétexter une éventuelle guerre pour justifier une diminution de la superficie plantée en cannes.
Il est surtout question d’arracher la canne pour planter du riz à sa place. Le rapport Arlidge Wong conclut, en effet, que 3 900 hectares (9 240 arpents) dans les régions côtières du Nord-Ouest et de l’Ouest conviennent à la riziculture. Un tiers de cette superficie est plantée de cannes à sucre, le reste étant en friche. Mais où trouver l’eau requise pour planter du riz sur une telle superficie ? Les bailleurs de fonds refusent, à ce jour, de financer un plan d’irrigation des plaines du Nord et de l’Ouest.
Les malentendus, concernant la diversification agricole, émanent d’un document, présenté lors d’une conférence agricole nationale. Il y est dit que de nouveaux produits agricoles d’une valeur globale de Rs 458 millions pourraient être obtenus si 13 500 arpents, dont 7 300 plantés de cannes, sont libérés. Les trois quarts de cette somme, soit Rs 341 millions, se rapportent à la pêche, à l’élevage et à leurs sous-produits, dont le lait. Les produits d’élevage nécessitent une faible superficie de terres arables. La valeur du riz cultivable à Maurice s’élèverait à seulement Rs 63 millions.
Vouloir atteindre l’autosuffisance alimentaire à Maurice est absurde si l’on tient compte qu’aucun pays au monde ne parvient à un tel résultat. Les statistiques de 1978 font état d’importations de Rs 613 millions en denrées alimentaires pour une production locale de Rs 403 millions. Un tiers des importations concerne celles du riz et de la farine ne pouvant être produits à Maurice. Il reste 31 % d’importations de denrées alimentaires qui pourraient théoriquement être produites à Maurice. De ces 31 % de denrées alimentaires importées, 25 % concernent la viande et le lait qui n’exigent pas de terres arables ou presque. Il reste donc seulement 6 % de denrées alimentaires importées mais pouvant être produites localement, si des terres arables peuvent leur être allouées.
Cela ne tient toutefois pas compte d’une augmentation démographique annuelle de 1,8 %, pour ne rien dire des exigences croissantes du tourisme. La volonté d’une autosuffisance alimentaire même réaliste implique donc un rétrécissement graduel de la superficie de terres plantées de cannes pour que la croissance d’une production alimentaire locale réaliste ne soit pas inférieure à celle de la population. Nous nous dirigerons alors vers une catastrophe économique alors qu’il est beaucoup plus judicieux d’accélérer la production manufacturière et les recettes touristiques afin de compléter les recettes sucrières et financer ainsi des importations même accrues de denrées alimentaires.
Peter White rappelle la petite taille des usines sucrières mauriciennes par rapport aux grandes unités existant ailleurs et beaucoup plus rentables, compte tenu des coûts de production augmentant sans cesse. Le gouvernement est réticent à accorder l’autorisation de fermer les sucreries les moins performantes pour les centraliser sur celles plus performantes. Il appartient enfin au gouvernement d’aider au développement de la pêche, de l’élevage et des cultures vivrières sans qu’il soit nécessaire pour autant d’arracher la canne.
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