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Liberté surveillée
Qui n?a pas compris que l?alliance gouvernementale boude la radio depuis des semaines pour ne pas s?exposer à la critique et risquer de gonfler l?opposition ? Pourtant, ses porte-parole ont tenté hier de nous faire croire autre chose. S?ils évitent les plateaux, c?est la faute aux modérateurs, ces irresponsables, c?est la faute à cette ?loi de la jungle? qui règne sur les ondes, insinue le secrétaire général du MMM. S?ils ne parlent pas, c?est parce qu?ils attendent ?un cahier des charges?. Son homologue du MSM s?estime d?ailleurs bien placé pour en proposer un? C?était bien essayé. C?est raté.
Raté parce que Ivan Collendavelloo n?a dupé personne, qui menace de ?révéler les envolées poétiques? qu?il a entendues sur une radio sans aller jusqu?au bout de ses menaces. Parce que personne ne pense que Nando Bodha, qui n?a connu de l?audiovisuel que la télévision publique, soit le meilleur professeur d?équité pour les radios privées. Raté surtout, parce c?est un manque de respect envers l?institution indépendante que de venir, candidats qu?ils sont à une élection, lui dicter le traitement qu?ils souhaitent ? toute suggestion valable ne pourrait provenir que des radios elles-mêmes, qui partagent, avec l?Independent Broadcasting Authority (IBA), le même agenda : permettre à l?électorat de se faire le meilleur jugement possible. Raté, enfin, parce les porte-parole de l?alliance gouvernementale mélangent les rôles de la radio publique et de la radio privée.
Ils ont certes raison de réclamer des ?regulations and guidelines?, comme ils devraient plutôt l?appeler. On le sait, les radios privées sont soumises à une certaine régulation parce qu?elles utilisent les ondes de l?Etat. Les fréquences étant rares, il faut qu?elles les méritent. Mais alors que radio publique et radios privées ont le devoir d?éclairer l?électeur, la première à l?obligation d?un ?equal treatment? des partis politiques quand les radios privées sont davantage tenues à un ?equitable treatment?. La MBC doit allouer des temps d?antenne à chaque parti pour la transmission de leurs programmes politiques, doit partager équitablement le temps de parole pendant les face-à-face et établir des créneaux horaires justes. Les radios privées ne sont pas soumises à la même rectitude. Leurs conditions sont minimales. Elles ont l?entière liberté, elles, de refuser la retransmission de messages politiques ou la pub pour les meetings. La seule obligation qui leur est imposée est de ne pas permettre que le point de vue d?un seul bloc soit donné au fil des jours sur les ondes. Et encore. C?est plus une obligation éthique que les radios privées s?imposent à elles-mêmes qu?une obligation légale. Elles auraient pu être plutôt rouges ou plutôt mauves que les autorités auraient eu du mal à les sanctionner.
Les ?regulations and guidelines? de l?IBA de l?Afrique du Sud sont à ce propos fort instructifs. Les ?regulations? ne sont que les conditions à appliquer si la radio privée accepte la transmission de messages politiques et la publicité. Les ?guidelines?, elles, définies comme un ?general approach? commencent ainsi : ?Broadcasters? role during elections does not differ from their normal journalistic role during non-election periods. Normal ethical considerations will continue to apply. A distinguishing feature of the election period is the obligation to achieve coverage of political parties without abdicating news value judgements?. Plus loin, l?équité est ainsi définie. ?Equitable treatment is not equal treatment (?) Equitable treatment means fair treatment. (?) The requirement that broadcasters give an opportunity for conflicting views to be heard should not be interpreted as a requirement that all parties be heard on any subject, only that all views be heard. Nor is it a requirement that all views be heard on the same program.?
Ivan Collendavelloo risque d?être embarrassé quand de telles ?guidelines? seront émises, lui qui a l?air de penser qu?elles pourraient empêcher l?auditeur d?émettre, dans le cadre de débat, des critiques sur l?action gouvernementale. Si l?IBA fait bien son travail, et il n?y a aucune raison d?en douter, la radio sera seulement tenue de s?assurer que tous les intervenants ne sont pas des opposants à un bloc. Elle ne sera même pas obligée de se justifier si elle donne moins d?importance à un bloc qu?à un autre. Il y a fort à parier également que le comportement de bien des journalistes ne changera pas. Non seulement parce qu?ils sont, pour la plupart, fort responsabilisés, mais parce qu?ils vivent de publicité ; ils ne vont pas risquer une étiquette et compromettre leur neutralité. La nouveauté, en somme, risque de n?être que la création d?une instance de surveillance pour un ?monitoring? auquel les radios pourraient être soumises entre le ?Nomination Day? et le ?Polling Day?.
Les membres de l?alliance gouvernementale devraient donc descendre de leur piédestal. Cesser de vouloir tout réguler, s?habituer à un autre langage. Au lieu de s?inquiéter de savoir si les journalistes de radios sauront jouer le rôle que lui a dévolu ce gouvernement, pour reprendre les propos d?Ivan Collendavelloo, ?s?ils sauront garder l?espace de liberté que (les radios) ont promis à la population mauricienne?, les politiques devraient s?inquiéter de leurs propres rôles. Sauront-ils retrouver l?humilité du candidat à la députation ?
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