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Un journaliste de Radio France Internationale refoulé

25 mai 2005, 20:00

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Après quatre ans passés dans la Grande île, notre confrère français de Radio-France Internationale, Olivier Péguy, n’a plus le droit de travailler à Madagascar. Il a quitté le pays dimanche, après le refus du gouvernement de Marc Ravalomanana de renouveler son permis de séjour. Plusieurs journaux s’élèvent contre cette décision, assimilée à “une tentative du pouvoir” de “museler” et de “contrôler les médias”.

La nouvelle paraissait hier dans les gros titres de la presse malgache : Olivier Péguy, journaliste à Radio-France Internationale, a été contraint de quitter le pays à la demande des autorités. Certes, le gouvernement de la Grande île n’a pas expulsé le correspondant de RFI; il a plus insidieusement refusé de lui renouveler son permis de travail, sésame nécessaire pour l’obtention d’un permis de séjour…

Basé depuis quatre ans à Tananarive, Olivier Péguy a donc dû “à contrecoeur” quitter le pays dimanche soir, au grand dam de ses nombreux amis et confrères malgaches venus l’accompagner à l’aéroport d’Ivato. Les auditeurs de RFI – une radio très écoutée à Madagascar – font fi des périphrases et parlent d’“expulsion” pure et simple, à l’instar de l’employeur du journaliste…

Refusant de commenter son départ devant les micros et les caméras braquées sur lui juste avant de monter dans l’avion d’Air France qui devait le ramener à Paris, Olivier Péguy a néanmoins laissé un communiqué à ses confrères tananariviens.

<B>“J’assume tout ce que j’ai pu dire”</B>

“Après quatre ans de séjour à Madagascar, je procédais depuis quelque mois au renouvellement de mes papiers administratifs, conformément aux procédures en vigueur,” écrit-il. Or, pour une raison qui ne m’a pas été précisée, les autorités ont donné par écrit un avis défavorable au renouvellement de mon autorisation d’emploi. C’est la raison pour laquelle je ne travaille plus depuis bientôt six semaines.

“Les efforts entrepris, notamment par l’ambassade de France, par la direction de RFI à Paris, par l’ambassade d’Allemagne et par les responsables de la Deutsche Welle à Berlin pour amener les autorités malgaches à revenir sur leur décision, sont restés vains (…) (NdlR : Olivier Péguy collaborait également pour ce média allemand, au même titre d’ailleurs que pour RFO Réunion, TV 5, France-Inter et France-Info$). Mon permis de séjour a expiré. Je me vois donc contraint de quitter le territoire”, explique le journaliste français. S’il ne souhaite pas “apporter de commentaire en l’état actuel des choses”, Olivier Péguy souligne cependant qu’il aurait souhaité conserver son poste à Madagascar.

Bien que les autorités malgaches ne donnent aucune explication à cette décision administrative, il n’est un secret pour personne qu’Olivier Péguy était peu apprécié par certains proches du gouvernement depuis sa couverture de la guerre civile qui a éclaté entre ratsirakistes et ravalomananistes, au premier semestre 2002, à l’issue de la prise du pouvoir par l’actuel dirigeant malgache. Ses détracteurs l’accusent d’avoir alors trop tendu son micro aux partisans de l’ex-président, Didier Ratsiraka.

“En dépit des critiques qui ont été formulées, notamment lors des événements de 2002, j’assume tout ce que j’ai pu dire et écrire”, lance Olivier Péguy dans son communiqué. “Et s’il fallait le refaire, je ne changerais pas une seule virgule à mes sujets de reportage. Je n’ai fait que mon métier de journaliste, le plus honnêtement possible. Je pars la tête haute”, ajoute cet arrière petit-fils du poète Charles Péguy.

Dans la presse malgache, les plumes volent au secours du confrère… Selon La Gazette de la Grande île, cette affaire “dévoile une tentative du pouvoir de contrôler les médias”. “Il y a là une volonté délibérée de museler la presse”, s’exclame ce quotidien, indigné par l’absence d’explication de la part du gouvernement et quelque peu outré par le ton “dédaigneux” d’un haut fonctionnaire interrogé sur ce refus de renouveler le permis de séjour. “Il n’y a là aucune restriction de liberté de presse”, estime en effet ce dernier dans les colonnes de La Gazette. “Sachez, messieurs les journalistes, qu’Olivier Peguy n’est ni expulsé, ni refoulé. La délivrance d’un permis de séjour est une prérogative du gouvernement”.

<B>“Une atteinte à l’image du régime”</B>

“Il est clair que le régime actuel ne veut pas d’Olivier Péguy dans nos murs”, en déduit naturellement La Gazette. “Il est devenu indésirable. Ce régime ne supporte plus les piques qui lui sont adressées et s’attache à mettre la presse au pas. Pour lui, la seule presse qui vaille, c’est celle qui ne rapporte que des bonnes nouvelles. Olivier Péguy chassé, on espère le voir remplacé par un correspondant plus “objectif”, c’est-à-dire plus conciliant à l’endroit du régime”.

Ce journal rappelle en outre que la journaliste remplacée par Olivier Péguy en 2001, Isabelle Leclerc, avait elle-même fait l’objet d’une opposition au renouvellement de sa carte de séjour par le ministre de l’Information de Didier Ratsiraka… “L’histoire se répète! Dans tous les cas, une telle attitude du gouvernement ne fait que ternir l’image de Marc Ravalomanana à l’extérieur”, s’exclame La Gazette.

“Les éléments rétrogrades au sein du gouvernement malgache sont restés insensibles aux nombreuses démarches de la représentation diplomatique française à Tana et de la direction de RFI”, souligne pour sa part Midi Madagasikara. “Apparemment, ils ont obtenu leur petite revanche contre Olivier Péguy à qui ils reprochent son traitement des évènements post-électoraux de 2001. Une intolérance qui se prolonge dans le temps et qui n’a pourtant pas sa raison d’être, le camp de l’ancien président lui reprochant exactement la même chose”, reprend cet autre quotidien tananarivien.

“En réalité, Olivier Péguy tient absolument à rester à équidistance des parties. Malheureusement, ce respect de la déontologie n’a jamais été compris par les locaux qui ont toujours vu et voient dans les journalistes des corvéables à merci. Cette inflexibilité lui a valu l’inimitié éternelle de quelques individus qui doivent jubiler aujourd’hui”, estime Midi Madagasikara.

“Ce départ n’est pas pour arranger l’image du régime aux yeux de la communauté internationale”, commente pour sa part le quotidien l’Express de Madagascar. “Une telle affaire ne pouvait pas plus mal tomber, dans ce climat politique soumis à de fortes perturbations internes. Ironie du sort : le correspondant de la station française quitte Madagascar au moment même où s’entame un bras de fer entre le gouvernement et l’opposition”.

Pour l’Express, il ne fait aucun doute que “sur le plan diplomatique, les conséquences de ce départ sont incalculables”. Et le quotidien de rappeler la visite à Madagascar de Jacques Chirac, les 22 et 23 juillet prochains, à l’occasion du sommet des chefs d’Etat de la Commission de l’océan Indien… “Ce départ n’augure pas de bonnes choses”, remarque L’Express, laconique.

<B>Pascal NEAU</B>

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