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Le jour le plus long
11 heures. Nous prenons le train en marche. Isoloir, bulletin, scellés, officiers, observateurs étrangers, mots qui s?enchaînent à vitesse grand V dans la bouche du commissaire électoral, Irfan Abdool Rahman.
Coups de téléphone incessants, va-et-vient continu, rien ne semble venir à bout de sa détermination. Le temps presse. L?homme ne dispose que de brefs instants pour trouver des solutions aux divers problèmes qui ont l?air permanents.
Le bureau du commissaire est au 4e étage du Max City Building, à l?angle des rues Rémy-Ollier et Louis-Pasteur, à Port-Louis. Parquet clair, pas de fioritures. Des murs nus, à l?exception d?une carte d?Agalega. Une armoire vitrée dont la porte est toujours ouverte. Des lieux à l?image de l?homme.
Avant d?entrer, l?étape de la secrétaire, Marie Hélène How Sou Chong. Voix stridente, mi-sévère, mi-avenante, une « institution » qui occupe le poste depuis 36 ans. Son ton péremptoire prévient : ici, on mean business.
Nous trouvons le commissaire en compagnie de ses deux... bras droits. Mahmood Ally Dahoo, chief electoral officer (qui rit volontiers de « sa ressemblance physique avec Cehl Meeah ») et Sewnarain Awatar, le deputy chief electoral commissioner.
Premier sujet de discussion : les nouveaux scellés, en remplacement de la cire rouge traditionnelle. « Les gens se brûlent avec, cela prend une éternité à défaire », reconnaît le commissaire. Irfan Rahman demande qu?on installe une urne transparente. « Les scellés viennent d?Afrique du Sud et ont été utilisés dans des pays de la Southern African Development Community (SADC). »
C?est aujourd?hui que débute l?enregistrement des partis. « En 2000, il y en avait 43 », cite de mémoire le commissaire. Toc toc. Le premier se présente. Bhaye Ismet Ellahee entre d?un pas décidé. Il est le président du Parti Démocratie mauricienne. « Un habitué du karo kann », selon un des fonctionnaires présents. Patiemment, Sewnarain Awatar lui démontre que son symbole, un trophée, est peut-être? ironique.
11 h 25 : visite du chef inspecteur Oozeer, du poste de police de Trou-Fanfaron. Il y va de la sécurité des bureaux du commissaire électoral. « C?est mieux d?avoir la même personne tous les matins », suggère Irfan Abdool Rahman. L?agent acquiesce, prend note du rendez-vous, « tous les lundis à 10 heures. » Salut militaire, claquement de talons.
Entre eux, l?humour pince sans rire des fonctionnaires refait surface. « Qu?est-ce qu?on va en faire, quand on aura des machines électroniques », plaisante Sewnarain Awatar, en pointant du menton l?urne transparente. « Des aquariums », répond le commissaire, la main devant la bouche.
On frappe. C?est Krishnaven Chellapermal, senior finance officer, venu discuter des dispositions du dépôt de candidature. Montant à payer : Rs 250 par candidat. La règle veut que la somme soit versée au bureau de poste le plus proche du centre de dépôt. « La poste étant privatisée, il faut trouver une autre solution », nous explique Irfan Abdool Rahman. Peut-être se tourner vers les Cash Offices ? « Dans certains districts, ils ne sont pas ouverts tous les jours. »
Bulletin,scellés,sécurité, officiers, isoloir sont les mots du quotidien du commissaire électoral.
11 h 45. Irfan Abdool Rahman a rendez-vous avec le commissaire de police (CP). Nous embarquons dans son 4 x 4 climatisé, récupérons Yusuf Aboobaker, président de l?electoral supervisory commission (ESC). Direction : les Line Barracks, quartier général de la police.
La conversation tourne autour de l?intervention du président Aboobaker sur Radio One, dans la matinée. « Cela s?est bien passé », dit-il, souriant. « Les gens pensent que nous travaillons seulement entre deux élections. » Irfan Rahman, installé à l?avant, confirme : « C?est vrai, mes amis et mes proches me disent tous la même chose :
c?est maintenant que tu te réveilles ? Je leur dis oui. » Mais les deux principaux concernés savent qu?il en est autrement. « Avant, on ne touchait pas de travelling allowance. C?est le service dû à l?Etat, un point c?est tout. »
Un dernier virage, la voiture s?arrête. Quelques marches et nous sommes devant The Blue Camp, l?imposant mess des officiers aux Line Barracks. Le président et le commissaire déjeunent avec le commissaire de police. Le temps d?apercevoir tout l?état-major installé dans les sofas bleus et nous voici relégués au balcon ombragé. Tic tac, tic tac?Nous patienterons deux heures.
14 heures. Les deux commissaires ? électoral et celui de la police ? émergent de la salle à manger et filent vers le bureau de Ramanooj Gopalsingh. Une autre demi-heure pour contempler les cocotiers qui bordent cette partie des Casernes centrales.
14 h 35 : Irfan Rahman et Yusuf Aboobaker quittent les Line Barracks. En route, le commissaire, inquiet, se renseigne par téléphone sur l?état de sa fille fiévreuse. Le père reprend ses droits sur le haut fonctionnaire.
14 h 45 : Retour au 4e étage du Max City building. Irfan Abdool Rahman met ses adjoints au parfum. Au menu : l?accord de principe pour utiliser le Dornier pour trois déplacements sur Agalega; le départ du président Aboobaker pour Rodrigues le 25 de ce mois, en compagnie du CP; tour d?horizon sur la sécurité, briefing après le nomination day. Le processus électoral est un moteur qui ronronne.
On finalise la liste des 44 deputy returning officers (DRO). Le commissaire appelle le Master and Registrar. Il veut une dispense pour deux magistrats désignés comme returning officers pour Rodrigues. « Nou pa kapav deranz lakour bonavini. » Ils séjourneront dans l?île du 16 au 20 mai. Les DRO, essentiellement des avocats au Parquet et des hauts fonctionnaires sont choisis en fonction de leur rang, leur expérience de la circonscription.
15 h 30 : problème au St.-Paul RCA. La commission électorale a besoin de 14 salles de classe mais seules 10 sont disponibles. Coup de fil au Bureau de l?éducation catholique. « On peut envisager d?ériger une marquise dans la cour. » Une lettre est remise au commissaire. Il s?agit d?une demande de Sunil Dowarkasing, député jusqu?à la récente dissolution de l?Assemblée nationale. Il demande « cinq lots de registres électoraux de la circonscription Curepipe ? Midlands No 17. »
15 h 50 : La liste des DRO est finalisée. La secrétaire de la commission électorale vient en prendre note.
16 h 15 : « Allez, à demain. » Ally Dahoo et Sewnarain Awatar quittent le bureau de Irfan Rahman. « Après 16 heures, c?est plus calme, les gens n?appellent plus. Je vais en profiter pour répondre à mon courrier. »
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