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La Libye fait miroiter le recrutement de 5 000 profs
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La Libye fait miroiter le recrutement de 5 000 profs
La diplomatie libyenne apparaît, en 1980, comme un intéressant exemple d?ingérence dans les affaires internes de Maurice. Longtemps des politiciens de tous bords n?y virent que du feu, ayant des intérêts inavouables à fermer les yeux. L?ambassade libyenne, dirigée avec une rare efficacité par le camarade Al Jaddy, se permet alors d?infiltrer les différentes sphères de notre société, en soudoyant allègrement ceux frappant à sa porte, les quémandeurs ne manquant jamais à l?appel. On se dispute volontiers les faveurs du représentant local du camarade Mu?ammar al-Kadhafi, avec à la clé, le nec plus ultra en matière d?obséquiosité, un voyage au pays du Livre Vert, révélant les trois piliers de la 3e théorie universelle et des nouvelles devises (?associés et non salariés, la maison à celui qui l?occupe, le véhicule à celui qui l?utilise, la terre n?est à personne?) et proclamant l?avènement du pouvoir du peuple. De retour, les pèlerins de cette démocratie populaire et directe (tous députés) n?ont jamais assez de superlatifs pour décrire les merveilles de la Jamahiriya libyenne populaire et socialiste (et malheur à qui ne peut pas orthographier correctement ce mot nouveau). Il importe d?assurer la propagande, à Maurice comme aux quatre coins du globe, du pouvoir populaire direct, comme fondement de tout système politique, de chanter la gloire du Guide de la Révolution. Il ne faudra rien moins que l?attentat de Lockerbie, en Ecosse, le 21 décembre 1988, pour que se dissipent à jamais les mirages libyens. A cette date, il y a belle lurette qu?Anerood Jugnauth, après avoir fait preuve d?une patience insoupçonnée, a expulsé manu militari Al Jaddy et consorts.
Dans les années 1940, les Mauriciens s?intéressent à la Libye en raison surtout des inoubliables victoires de Tobrouk, d?El Alamein, de Bir-Hakeim. Ils entendent alors parler de Benghazi, de Koufra, de Fezzan, de la Cyrénaïque, du golfe de Syrte. Plus tard, ils accompagneront en pensée Mes Seeneevassen, Vaghjee, Koenig, Walter, allant défendre des pionniers devant passer en cour martiale pour motifs divers. La Libye, sombre ensuite dans le sous-développement précédant le premier boom sucrier de 1973. Les pétrodollars amèneront les Mauriciens à s?intéresser de nouveau à la Libye d?autant plus que Kadhafi fait preuve dans leur utilisation d?une intelligence qu?on chercherait en vain de l?autre côté de la mer Rouge. Il ambitionne rien moins que d?assumer le leadership d?une Afrique sub-saharienne, subjuguée à coups de pétrodollars.
Le gouvernement mauricien se laisse d?abord séduire par les mamours libyens. Le représentant local de Khadafi a le champ libre pour man?uvrer à sa guise. Syndicats, médias, fédérations sportives et para-sportives, associations socioculturelles, se disputent ses faveurs. Al-Jaddy à un agenda de réceptions en son honneur à faire pâlir un ministre. Il ne se passe pas un week-end où il n?est pas invité d?honneur à de multiples réceptions. D?éminents journalistes vont même jusqu?à affirmer que la démocratie populaire libyenne l?emporte et de loin sur la démocratie westminstérienne. La propagande libyenne, pourtant plutôt grossière, inonde les salles de rédaction et les bureaux d?un nombre incroyable d?organisations de tous genres. Il suffit de demander et la bourse libyenne s?ouvre, de présenter une facture pour que Tripoli la règle, en échange d?une parfaite obédience.
Le gouvernement travailliste est encore sous le charme de la séduction libyenne, en 1980. SSR se rend volontiers à Tripoli pour prendre le thé à deux, sous la tente de Kadhafi, en plein désert libyen. Ce thé a toutefois un goût amer car Tripoli se rétracte, en mai 1979, après avoir fait miroiter de vagues promesses d?achat de 5 000 tonnes de thé mauricien à Rs 20 le kilo.
L?annonce faite par la Government Teachers? Union (GTU), en mai 1980, que la Libye pourrait recruter 5 000 instituteurs mauriciens, illustre bien l?engouement pro-libyen d?il y a un quart de siècle. Le ministre libyen de l?Education, le Dr Abdu Zelani, se charge d?agiter cette promesse aux yeux de ce syndicat d?instituteurs de l?Etat. Son président, S.P. Naidoo, fait ressortir qu?un pays modèle, comme la Libye, ne manque certes pas d?instituteurs mais qu?il s?agit d?un noble geste de la coopération libyenne, une preuve de son ouverture sur l?étranger, de son accueil de travailleurs étrangers parlant arabe. Pour la GTU, le système d?éducation libyen est précisément celui dont rêvent tous les Mauriciens. Les institutions scolaires y sont, bien sûr, éminemment démocratisées, grâce à la participation des élèves aux instances décisionnaires. La GTU récite le catéchisme appris à Tripoli : tous les Libyens veulent promouvoir la langue et la culture arabes ; ils veulent industrialiser leur pays pour réduire sa dépendance sur le pétrole ; ils ambitionnent une autre politique avec les 100 millions d?Arabes d?Afrique et des pays avoisinants ; ils veulent surtout libérer les pays sous-développés des tutelles néocolonialistes. Port Louis n?a qu?à dire ?amen !? et Tripoli embauchera sur le champ tous les enseignants mauriciens chômeurs. Qui dit mieux ?
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