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?Nous avons l?impression de travailler pour Mauritius Telecom?

11 mai 2005, 00:00

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Comment percevez-vous le paysage de l?industrie des technologies de l?information et de la communication (Tic)

Nous avons vécu dans un environnement où il y a eu, pendant longtemps, une situation de monopole. En décembre 2003, le gouvernement a décidé de libéraliser ce secteur. Cela a pris toute une année pour mettre en place les structures et l?encadrement légal pour faire de la libéralisation une réalité.

Cette libéralisation a impliqué, dans les faits, de demander à Mauritius Telecom (MT) de partager son réseau avec les nouveaux opérateurs. Il y a eu beaucoup de réticences. MT a commencé par dire que ce réseau lui appartenait. Nous avons rétorqué que ce réseau appartient à l?ensemble de la population puisqu?il a été financé au moyen des deniers publics. Le réseau national a été construit avec l?argent des contribuables puisque l?État est l?actionnaire majoritaire de MT.

Finalement, l?opérateur national a été obligé de céder. Mais ce que nous disons, nous les opérateurs, c?est que nous sommes disposés à payer. Nous ne demandons rien en cadeau. Mais nous insistons pour que le tarif soit calculé sur des bases écono-miques réelles.

Malgré tout, la libéralisation a permis de ramener le coût d?un appel téléphonique vers l?étranger de Rs 35 à Rs 5.50 la minute. Nous devons donc admettre qu?il y a eu un réel progrès, même si nous avons toujours des réserves.

Si le coût des appels internationaux a effectivement baissé, celui de la connexion à Internet, surtout le haut débit, demeure prohibitif. Pourquoi ?

Il y a deux éléments dans le coût d?Internet. Il y a d?abord l?interconnexion sur le réseau terrestre de MT et ensuite, la connexion internationale. Si l?interconnexion sur le réseau terrestre peut, à la rigueur être qualifié de raisonnable, l?accès à l?international est carrément exagéré. MT réclame $ 11 800 pour un accès de deux mégabits. Dans d?autres pays, l?accès à l?international est quatre fois moins cher.

Vous avez raison de dire que l?Internet est cher. Un accès ADSL en Europe ne coûte pas cher. MT nous fait payer Rs 830 pour une connexion de 512 mégabits. C?est exagéré. MT dit qu?il doit payer le SAFE. Selon nos calculs, la connexion internationale pourrait coûter Rs 200 seulement, même en faisant provision pour une marge de bénéfices pour MT. D?autres opérateurs dans le monde ont investi de la même manière pour l?accès au SAFE et pourtant, ils ne pratiquent pas les mêmes tarifs que MT.

Justement, les internautes notent que dans d?autres pays, le prix de l?accès à Internet haut débit est pratiquement dérisoire, si on le compare à ceux pratiqués à Maurice ?

Si MT baisse le prix de l?international, soit l?accès au SAFE, je crois qu?on pourrait avoir un accès à 512 kilobits à moins de Rs 1 000 mensuellement.

On dit souvent que les prix pratiqués dans les grands centres, en Europe par exemple, résultent d?une densité de population et de connexion, ce qui rend possible des économies d?échelle?

Certes, il y a un coût que nous payons en raison de notre éloignement. Mais ce qu?on nous fait payer est déraisonnable. Ce n?est pas possible.

Malgré tout ce que vous dites à propos des tarifs élevés pour les télécommunications, les investisseurs étrangers continuent d?affluer dans les Tics. Comment réconciliez-vous ces faits ?

Si les investisseurs étrangers affluent comme vous le dites, c?est parce qu?ils arrivent à compenser les tarifs élevés avec une main-d??uvre relativement bon marché. Si le SAFE était moins cher, les investisseurs étrangers seraient encore plus nombreux. Lorsque l?Inde, la Réunion et Madagascar seront plus agressifs sur le marché des Tics, Maurice ne sera plus compétitive.

Savez-vous qu?à Maurice, l?acheminement d?un appel international vers le destinataire final sur le réseau terrestre coûte Rs 1.50 ? C?est incompréhensible dans la mesure où un appel local sur le réseau terrestre ne coûte que 60 sous. Les opérateurs privés achètent de la capacité en grand volume, mais ils payent plus cher.

Il faut sans doute penser que MT tient à maintenir ses bénéfices?

C?est quand même bizarre. La libéralisation implique un partage du marché et donc un partage des revenus et des bénéfices. Or MT déclare qu?il faisait Rs 1 milliard de bénéfices et qu?il doit continuer à faire son milliard. MT a inventé le concept d?access deficit.

MT justifie sa position par le fait qu?il est dans un secteur nécessitant des investissements massifs en termes de développement ?

C?est très intéressant. Quand MT avait pris France Telecom (FT) comme partenaire stratégique, on nous avait dit que c?était pour favoriser l?expansion régionale de MT. On nous avait dit que MT allait s?étendre dans la région. Or, en réalité, ce qui s?est passé, c?est que les initiatives régionales de MT se sont arrêtées depuis l?arrivée de FT dans le capital de l?opérateur national.

Par ailleurs, je n?ai pas été impressionné par les investissements de MT pour améliorer son service. Tous les opérateurs investissent pour améliorer leurs services. Qu?il y a-t-il d?extraordinaire à cela ?

MT se fait Rs 1 milliard de profits annuellement et il veut continuer à réaliser les mêmes bénéfices dans un contexte libéralisé.

Malgré tout, la libéralisation a apporté un progrès dans le développement du secteur des Tic ?

Il y a eu, il est vrai, de nombreux progrès. Il y a un régulateur très solide, avec un personnel très compétent, qui a été mis sur pied. La seule ombre au tableau, c?est que les délibérations prennent un peu trop de temps. Grâce à la libéralisation, le prix des télécommunications internationales a considérablement baissé. C?est une très bonne chose.

Que pensez-vous du développement des centres d?appels ?

Maurice a un gros problème dans cette filière. Nous n?avons pas la masse critique d?un pays comme l?Inde. Il nous faut donc nous positionner dans un segment à forte valeur ajoutée et à relativement faible coût pour exister. Il nous faut nous positionner dans un créneau de service haut de gamme tout en étant compétitif sur les prix. Il nous faut offrir un haut de gamme à un prix inférieur à celui pratiqué en Angleterre ou aux États-Unis. Comme dans le textile, nous ne pouvons pas nous positionner dans un créneau de masse à bas prix.

Pensez-vous que les ?call centres? pourront remplacer les usines de textile-habillement en tant que créateurs d?emplois ?

Je n?en suis pas sûr, même si le potentiel existe. En Europe, la main-d??uvre coûte trop cher, trois fois plus cher qu?à Maurice. Il y a donc un potentiel énorme.

Malgré tout, nous avons l?impression que votre association se contente de se plaindre en ignorant le potentiel qui existe et les réelles opportunités de développement?

Si cette perception existe, c?est qu?elle est associée au fait que nous nous battons pour un traitement équitable. Le gouvernement refuse de reconnaître que MT est un significant market power. On ne peut pas traiter MT sur un pied d?égalité avec les nouveaux opérateurs. On doit au contraire faire une discrimination positive afin aider les nouveaux venus à grandir. Cela se fait dans le monde entier.

Si on oblige les nouveaux opérateurs à pratiquer les mêmes tarifs que MT, pourquoi le public devrait changer d?opérateur ? Un nouvel opérateur doit pouvoir offrir un meilleur prix que l?opérateur historique.

Il existe un Interconnection Usage Charge de Rs 1.50 pour les opérateurs privés autres que MT, tandis que nous savons que pour un appel domestique le tarif est de 60 sous la minute. Il y a aussi un Interconnexion Usage Charge de Rs 2.50 pour les appels internationaux reçus : Rs 1 va à MT et Rs 1.50 à l?Information and Communication Technology Authority (ICTA) pour compenser les pertes de MT en termes d?access deficit. Sans cela, MT va disparaître, nous dit-on.

Aujourd?hui, nous avons l?impression de travailler pour MT. Nous sommes d?accord à payer pour utiliser le réseau de MT, mais il faut que les tarifs soient calculés en fonction des coûts réels. MT, lui, calcule ses tarifs en prenant en considération les coûts historiques de ses investissements.

Si MT a dépensé Rs 1 milliard il y a dix ans pour développer son réseau, il croit qu?il peut compter Rs 1 milliard aujourd?hui en ignorant la dépréciation et l?amortissement de ses investissements dans le temps.

Nous voulons bien payer pour les coûts d?opération, l?entretien et même une marge bénéficiaire, mais il faut que tout cela soit calculé sur les coûts réels.

MT se conduit parfois comme s?il était le propriétaire de l?autoroute. Vous êtes obligés de vous en servir, l?alternative étant que vous alliez en construire une autre, si vous le pouvez.

<I>Propos recueillis par</I> Stéphane SAMINADEN

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