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Le voyage pittoresque d?un beau livre
Streak Designs Ltd édite des extraits du Voyage pittoresque autour du monde, un résumé général des voyages de découvertes, publié en 1834 sous la direction de Dumont d?Urville, capitaine de vaisseau.
?C?est un récit qui ne nous laissera pas indifférents?, explique Olivier Lalouette, directeur de la publication, dans sa note introductive. Il ?situe une époque de notre passé et crée un lien avec l?histoire.? C?est aussi un récit à la fois passionnant et bouleversant qui ?nous révèle avec tant de détails et d?émerveillement, ce que furent les lieux que nous côtoyons quotidiennement.?
Dans ce présent volume, deux chapitres sont présentés : le IX qui porte le sous-titre Île de France et le X celui de Île Bourbon. Le chapitre IX retrace le parcours du voyageur-narrateur à partir du 17 janvier 1830, date qui correspond à son arrivée à l?Île de France où tout lui plaira ?climat, m?urs, habitants.? Port-Louis, Pamplemousses, Moka, Réduit et les Plaines-Wilhems d?antan s?offrent à nous.
La capitale, vue de la rade, avec la montagne du Pouce au fond, s?étale devant nos yeux en peinture avec des détails géographiques. ?Port-Louis se divise en ville proprement dite et en quartiers ou camps. Le camp malabar est peuplé d?Indiens ; le camp libre de mulâtresses. De tous les monuments de la ville, les seuls qu?on puisse remarquer sont la caserne construite par les Français et l?aqueduc qui conduit les eaux, par-dessus un ravin profond, depuis la grande rivière jusqu?à la ville, ouvrage en pierre et en brique que l?on doit au gouverneur Labourdonnais.?
Dans l?ensemble, malgré ?ces milles et un détails qui échappent à l?analyse?, le paysage se donne dans sa dimension poétique : ?Voici la Pointe aux Canonniers, batterie à fleur d?eau qu?on dirait sortie de la mer avec les bouquets de cocotiers qui la flanquent.? Le nom même de certains villages exhale un parfum poétiquement exotique : ?Que de poésie dans ce mot pour un Européen !? s?exclame le capitaine devant Verger, son hôte, originaire du Languedoc, venu s?installer dans l?île en 1817 pour y faire fortune.
?Toujours en costume de subir le rotin?
Un document d?un riche et exceptionnel témoignage. On y redécouvre la préciosité d?un mode de vie de l?époque : ?Je m?installai dans la maison de mon ami : on me donna un pavillon au fond du jardin, un Noir à mes ordres, et une Malabare pour prendre soin de ma garde-robe?? Ce récit vient en quelque sorte témoigner de la situation qui régnait à l?Île de France, à l?époque de l?esclavage. Les faits historiques sur notre passé, sur le sort de nos ancêtres, les Noirs esclaves ?toujours en costume de subir le rotin?, sont traités avec fidélité et sont toujours très détaillés : ?Deux ou trois cents noirs déchargeaient des accons et des chaloupes. Ces esclaves, presque tous Malgaches ou Mozambiques, portaient sur le dos de larges sillons où les verges du rotin avaient inscrit leur date. Les uns frais et saignants encore, les autres cicatrisés ou suppurants, témoignaient que ces malheureux recevaient des corrections à peu près quotidiennes??
Le chapitre X est consacré à la visite, qui dure trois jours, du capitaine à l?Île Bourbon ? au-jourd?hui Île de la Réunion. La description de l?île procède de la même manière, avec entrée par la rade. Le Saint-Denis, alors véritable bourg à ?l?apparence triste, morne et négligée?, se dévoile sur un amphithéâtre de rocs, car toute l?île même semble être composée de deux montagnes volcaniques. Devant la ?côte ouverte, battue par la vague, dévastée par le vent et célèbre seulement par d?épouvantables sinistres?, notre voyageur-narrateur comprend pourquoi les Anglais ne s?étaient pas souciés de garder l?Île Bourbon. À côté, l?Île de France avec son Port-Louis et son Grand-Port était une station sûre pour les navires.
Illustré par les dessins agrandis de M. de Sainson, Extrait du Voyage pittoresque autour du monde est une chronique à valeur de document. Les informations qu?il apporte à nos historiens leur seront d?un grand secours dans leur tâche qui consiste à éclairer le lecteur contemporain sur son propre passé.
Tiré à 700 exemplaires numérotés, ce livre, nous confirme Olivier Lalouette, pourrait avoir une suite. D?autres chapitres sur ce voyage, qu?a laissés le capitaine Dumont d?Urville, font déjà l?objet d?un projet pour une publication à venir.
Extraits du Voyage pittoresque autour du monde, disponible en librairie à Rs 990, prix promotionnel à l?occasion de la semaine du livre.
ITINÉRAIRE
Dumont d?Urville, écrivain-voyageur
■ Pour mieux porter l?identité de Dumont d?Urville à la connaissance du lecteur, un extrait tiré de la notice biographique du capitaine faite par l?historien Guy Rouillard dans le ?Dictionnaire de Biographie mauricienne? est présenté en début du document.
Ainsi apprenons-nous que d?Urville, né en 1790 en Normandie, entra dans la marine à l?âge de dix-sept ans. Trois ans plus tard, il devenait aspirant de 1ère classe, fut promu enseigne de vaisseau à vingt-deux ans, lieutenant à trente et un an et fut fait chevalier de la Légion d?Honneur en 1822.
Il avait parcouru le monde non seulement en tant que capitaine de vaisseau mais aussi en tant que marin explorateur qui s?intéressait à la botanique, à l?histoire naturelle et à l?archéologie. Méditerranée, Milo, Nouvelle-Zélande, l?archipel de Viti, les Carolines, les îles Loyauté, la Nouvelle Bretagne, Nouvelle Guinée, Vanikoro, les coins les plus retirés de la terre n?avaient pas de secrets pour lui, car il était aussi membre de la Société de géographie. Il avait également une prétention naturelle pour les langues : il parlait l?anglais, l?allemand, l?italien, apprenait l?hébreu et pour se distraire étudiait le chinois après le latin, le grec, et les dialectes océaniens. Ce qui explique son talent d?écrivain.
C?est à bord de l??Astrolab?, en tant que second, que Dumont d?Urville arriva à Maurice pour la première fois, le 29 septembre 1828, avant de repartir deux mois plus tard. Cette première escale l?avait tellement marqué qu?il en garda un bon souvenir, comme le rapporte Guy Rouillard dans sa notice biographique : ?Souvent mon imagination franchit les mers et va se reporter au milieu de l?île hospitalière dont les habitants en deux circonstances diverses m?ont fait un si aimable accueil et m?ont environné de tant de prévenances et d?attentions??
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