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La pêche sur les bancs au bord du naufrage

9 mai 2005, 00:00

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C?est la mort lente pour la pêche sur les bancs. Déjà, l?effet se fait sentir et c?est le consommateur qui en fait les frais car le prix du poisson frigorifié continue à grimper. Que ce soit le poisson ramené des bancs de Saya de Malha et de Nazareth que celui importé.

Les raisons de ce naufrage sont multiples : conditions strictes pour obtenir le certificat de navigabilité, taux d?intérêt bancaire peu alléchant, absence d?une main-d??uvre locale suffisamment qualifiée, difficultés d?embauche de marins et pêcheurs étrangers et ravitaillement des hors- bord.

Devant cette situation, le nombre de gros bateaux de pêche hauturière a considérablement baissé. Seuls cinq sont en opération, cette année, contre 18 il y a quatre ans. Ils sont le Hoi Shiong, les Shandrani 1 et 2, L?Espoir et le Noor Star 2 et ils ne ramènent que 2 000 tonnes par an des bancs. Or leur quota est de 5 000 tonnes sans compter que la consommation du poisson frigorifié est d?environ 450 à 500 tonnes par mois.

Il n?y a plus d?intérêt de la part des producteurs pour ce type de pêche. Trois navires du groupe IKS ont abandonné leurs activités pour aller transporter du cargo le long des côtes malgaches. Deux bateaux de la famille Talbot ont changé de vocation. Un a été affrété pour le cabotage dans les eaux malgaches, l?autre vendu à une autre compagnie mauricienne pour le transport du bétail entre des ports africains et Port-Louis.

La famille Talbot, qui compte plus de 25 ans d?expérience dans le secteur de la pêche hauturière, s?est recyclée dans la pêche au palangre. ?En septembre, confie Claude Talbot, directeur d?une compagnie de pêche, nous allons essayer la pêche à des variétés de grands fonds ou encore la pêche au thon ou à l?espadon.?

Résultat : le poisson La perle se fait rare dans les supermarchés et autres points de vente. On n?a plus le capitaine à Rs 70 le kg. Le peu disponible est vendu dans des barquettes à Rs 20 ou Rs 25 plus cher. Raison avancée : la valeur ajoutée. Le prix de cette variété venant de St.-Brandon est Rs 94 le kg.

Le vielle rouge, non écaillée sous emballage plastique, se vend à Rs 150 le kg. Le prix au kilo du gueule pavée, du vielle gris ou du cateau venant de l?Inde, de Dubayy et d?Oman pour suppléer à une production locale déficitaire, varie entre Rs 100 et Rs 120.

Les compagnies de pêche attribuent la baisse du nombre de bateaux de pêche battant pavillon mauricien aux conditions ?trop contraignantes? exigées des surveyors du ministère du Shipping pour l?obtention du certificat de navigabilité.

Consensus en vue

Ces derniers, très à cheval, n?accordent pas facilement le certificat de navigation s?ils ne sont pas satisfaits de l?état des bateaux de pêche et des normes de sécurité. Les directeurs des compagnies de pêche disent comprendre leur attitude tout en réclamant un peu plus de souplesse dans la vérification des navires. ?Nous avons à maintes reprises, explique Ah Kin Ip Kwok Sheung, managing director du groupe IKS, tiré la sonnette d?alarme sur les problèmes rencontrés mais en vain. Si rien n?est fait, il n?y aura peut-être aucun gros bateau pour la pêche sur les bancs dans trois ans.?

Toutefois, un consensus semble se dégager dans les milieux des opérateurs pour la libéralisation de l?embauche des travailleurs malgaches, indiens, sri-lankais ou autres. Mais ils parlent aussi du refus des autorités qui proposent l?embauche de la main- d??uvre locale. Or, arguent les compagnies de pêche, cette main-d??uvre n?est pas toujours suffisamment qualifiée, sans compter que celle, étrangère, est moins chère.

L?industrie de la pêche hauturière employait, il y a quelque temps, 1 800 personnes, pêcheurs, marins et frigo boys. Aujourd?hui, elle ne compte qu?environ 400 ou 500, certains pêcheurs préférant être embauchés pour une courte campagne de pêche sur des petits bateaux qui ramènent moins de dix tonnes de poisson.

?Pour des raisons familiales, de nombreux pêcheurs, affirme Hemraz Ghina, directeur du National Cold Storage et propriétaire des bateaux Shandrani, ne sont pas enthousiastes pour des campagnes qui durent entre 45 à 60 jours. Parfois pour des raisons de santé des pêcheurs, le bateau doit écourter sa campagne et rentrer à Port-Louis.?

A ces contraintes, s?ajoute le problème de ravitaillement des hors-bord en essence. Shell cessera de leur en fournir, à partir du 1er juillet, dans le souci de respecter les normes internationales de transport de ce type de carburant à bord des bateaux de pêche. Il y a déjà un accord en ce sens entre Shell et le gouvernement. ?Nous maintenons notre position. C?est une question de sécurité?, dit Gilles Gallet, operations manager de Shell. Certains propriétaires de bateaux se sont donc tournés vers une autre compagnie pour subvenir à leurs besoins. D?autant plus que ce n?est pas avant 2010 que les hors-bord utiliseront du diesel.

De plus, les compagnies de pêche ont des points de vue divergents concernant des facilités bancaires offertes par la Banque de développement de Maurice (BDM). Notamment les taux d?intérêt de 8 à 11,5 % pour les prêts allant de Rs 60 000 à plus de Rs 1 million, remboursables en sept ans. Certaines, estimant que les garanties exigées par la BDM sont peu abordables, souhaitent un taux d?intérêt ?spécial et à long terme?.

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