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La lutte des places

7 mai 2005, 20:00

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Après la bataille des foules, la lutte des places... Mais revenons un moment sur la traditionnelle polémique des lendemains de 1er mai. Je ne suis guère étonné de la vivacité de la réaction des états-majors politiques. Elle valide notre analyse : nous disions, ici-même, combien la guerre des foules est cruciale sur le plan de la psychologie électorale. La mentalité « pouvoiriste » et le cynisme d?une partie de l?électorat ont fait naître chez les dirigeants des partis la certitude qu?ils devaient impérativement convaincre ces opportunistes de leur capacité de gagner. Cette démonstration passe par la capacité à mobiliser, de préférence le 1er mai, qui offre une excellente plateforme pour cela.

Les observateurs indépendants ? parmi lesquels j?inclus naturellement les journalistes de l?express ? estiment que l?alliance MSM-MMM aurait réussi, de bien peu certes, la meilleure performance. Compte tenu des circonstances de ce meeting-appât, je ne vois pas pourquoi l?alliance gouvernementale devrait s?en glorifier. L?opposition de son côté, au lieu de nier l?évidence de ce court succès, aurait été plus convaincante si elle s?était contentée de relativiser la réussite de son adversaire. Ceux présents à Vacoas ont bien vu qu?une partie de la foule n?était là que pour connaître la date des élections, puisque l?information obtenue, elle est partie. Et si l?on dénombre, dans le reste de la foule, ceux qui n?y étaient que pour se faire voir...

Au lieu de se féliciter de leur propre succès, les dirigeants du Parti travailliste et les zigotos de leur presse partisane ont une fois de plus mis en doute les estimations indépendantes. Des estimations risquées mais nécessaires parce que les journalistes de l?express ne pouvaient se résigner à publier les seuls calculs farfelus des politiciens eux-mêmes. Des estimations risquées mais fondées : nos chiffres ?? divine surprise ! ??- étaient pratiquement les mêmes que ceux de la meilleure source policière. l?express a eu le seul tort de ne pas préciser à ses lecteurs que l?estimation de la police était officieuse parce qu?une directive imbécile lui interdit, contrairement à ce qui se pratique dans tous les pays démocratiques, de communiquer officiellement les estimations travaillées. Les lecteurs les plus subtils qui ont su analyser le communiqué dont le commissaire de police a été obligé de se fendre, l?ont bien compris.

Au-delà de cette péripétie attendue, le fait est que cette première grande bataille n?a pas livré de vainqueur incontestable. La bataille ne produit son impact que quand l?adversaire est vraiment sonné. Tel n?a pas été le cas, tout est à refaire.

Dans l?immédiat, l?attention se porte vers la préparation de la liste de candidats. Nos pires prévisions se confirment. Ces élections seront une nouvelle occasion perdue de renouvellement de la classe politique.

Déjà condamné à choisir ses dirigeants chez les seuls apparatchiks et les carriéristes des partis traditionnels en raison de l?abandon de la réforme électorale et le refus aberrant de la représentation proportionnelle, le pays voit s?envoler tout espoir d?une compensation. Aujourd?hui, les impératifs des alliances électorales et les inévitables accommodements qu?elles entraînent obligent les partis à des concessions qui poussent à exclure les nouveaux talents au profit des chefs de tribus qui n?ont de tribus que le totem qu?ils exhibent. Une place de choix est faite à ces "messieurs 1%" dont les vociférations sont inversement proportionnelles à leur représentativité. C?est le dilemme que Navin Ramgoolam devra résoudre. Ayant choisi lui aussi de tout prendre « on board », il a surchargé son navire de poids lourds, ce qui limite désormais sa marge de man?uvre. Ce faisant, il sacrifie la qualité de son équipe à un faux symbolisme qui cacherait, croit-il, des gages.

On pourrait penser que Paul Bérenger est plus à l?aise au sein d?une alliance composée de deux partis seulement. Ce n?est pas le cas. Ses concessions répétées ont aiguisé l?appétit de son partenaire qui exige désormais un nombre de candidats sans commune mesure avec son poids électoral, toujours au nom des symboles. Il aura été contraint, pour épancher la soif des chercheurs de signes, de couper en deux parties égales la poire de la mandature.

C?est ainsi que les uns et les autres s?épuisent à concilier les marchands d?illusions au point de négliger la matérialité de l?enjeu. Une bonne illustration de ce raisonnement est offerte par les meetings du 1er mai justement.

On peut de moins en moins reprocher au leader du Parti travailliste de manquer de précisions quant à ses propositions programmatiques. Outre une posture idéologique qui en elle-même mérite débat, Navin Ramgoolam a présenté, à son premier grand meeting de la campagne électorale, une liste de dix mesures qui exigent attention et qui auraient dû avoir déjà provoqué des réactions avisées chez ses adversaires de la majorité. Une première question se pose : combien coûteront ses nouvelles générosités et comment les financer sans accroître le déficit budgétaire et l?endettement ? Le Parti travailliste veut abolir les « Form VI Colleges ». Comment atteindre cet objectif sans remettre aussi en question l?abolition du « ranking » ? Il y a ainsi, parmi les mesures annoncées, plusieurs qui réclament un débat documenté et, dans certains cas, une analyse chiffrée. Il y a aussi, il est vrai, des « mesures » qui ne sont que du vent : « redémarrer l?économie, créer des emplois dans les petites et moyennes entreprises » est diablement plus compliqué que de fournir du transport gratuit à qui on veut. Ces propositions de Ramgoolam n?ont jusqu?ici provoqué aucune réaction de l?alliance gouvernementale. Dans les démocraties éclairées, des propositions de cette envergure, faites à quelques semaines des élections, auraient suscité le plus vif des débats entre les protagonistes. Et à juste raison. Pourquoi pas ici ?

A cause des symboles ! Les dirigeants politiques s?imaginent que les électeurs sont davantage motivés par les considérations tribales que par les observations sociétales. Voilà pourquoi la guerre des places a remplacé la bataille des idées.

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