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Nature Watch prend la voie de la justice

8 mai 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un gouvernement peut-il braver l?opposition populaire pour concrétiser un projet qu?il a lui-même trouvé répréhensible? Oui. Le projet d?autoroute du Sud-Est en est la preuve. Nature Watch s?appuie sur cette observation pour inviter la Cour suprême à rappeler l?Etat à l?ordre.

Le gouvernement a abusé de son pouvoir discrétionnaire, dit-elle. « Il a agi de manière illégale, déraisonnable et irrationnelle en s?entêtant alors que l?Environnement et l?Agriculture s?y opposent», peut-on lire dans l?affidavit rédigé par l?avoué Sivakumaren Mardemootoo et juré par John Lam, secrétaire de Nature Watch.

L?ong a sollicité une injonction intérimaire pour l?arrêt des travaux en attendant l?arbitrage de la Cour, qui entendra l?autre partie mercredi. Le chef-juge se penchera à son tour sur la demande de Judicial Review le 16 mai. Nature Watch est représentée par un panel d?avocats comprenant Me Sanjay Buckhory, Me Raymond d?Unienville, QC, et Me Ravind Chetty.

L?affidavit de Nature Watch retrace l?historique du projet pour souligner ses incohérences. Il démontre comment le processus de prise de décision a été, dès le départ, faussé. Il s?emploie aussi à situer l?ampleur de la catastrophe écologique qui va s?ensuivre.

Les incohérences : en 1996, l?étude de faisabilité concluait qu?il valait mieux améliorer la route côtière existante. Malgré cela, une étude de l?impact de la nouvelle route sur l?environnement (EIA) est commandée à une firme indienne. L?exercice s?avère inutile, la Road Development Authority (RDA) obtenant une exemption du ministère de l?Environnement. Le contrat de construction de la route est accordé à une firme chinoise pour Rs 655 millions.

Il y a protestations, tant locales qu?internationales. Le tracé de la route traverse un des derniers pans de forêt vierge de l?île. Un inventaire dressé par Nature Watch fait état, entre autres, de cinq espèces de flore rarissimes, dont trois qu?on a longtemps cru disparues. La moitié de la population de crécérelles du pays y vit. Le Black Bubul, espèce aussi menacée que la crécérelle, et une espèce de gecko unique à Maurice y vivent aussi. Curieusement, le rapport EIA des Indiens ne donne aucun de ces détails.

Le Premier ministre, Paul Bérenger, réagit à la levée de boucliers en nommant un comité technique, placé sous la présidence du secrétaire permanent de l?Environnement, pour enquêter. Celui-ci recommande un tracé alternatif et la protection de la forêt en décrétant la zone réserve naturelle. L?alternative coûterait Rs 200 millions de plus.

<B>L?Etat au-dessus de la loi </B>

Le gouvernement n?en veut pas et recrute des consultants américains pour voir comment atténuer l?impact du tracé initial. Ils préconisent des mesures qui coûteraient Rs 500 millions. Le gouvernement, qui chipotait sur Rs 200 millions de plus, accepte. Paul Bérenger justifie sa décision en avançant que la route va « démocratiser» l?accès à la région. Nature Watch estime que convertir la zone en réserve naturelle aurait été un bien meilleur moyen de le faire.

En choisissant de s?en tenir au tracé initial, Paul Bérenger a contrevenu au Environment Protection Act. Il aurait dû s?assurer que le projet avait un permis EIA valide à ce jour. Nature Watch fait ressortir que le gouvernement ne se propose que d?atténuer et non d?éviter le massacre écologique. Il estime que l?Etat doit être arrêté dans son élan - sinon, il serait au-dessus de la loi.

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