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De la culture et de la politique
<B>Par Nazim ESOOF</B>
L?actualité n?est pas que politique. On a eu droit ces derniers jours, à une kyrielle d?activités culturelles qui témoignent d?une plaisante vitalité. On ne peut non plus verser dans un autre extrême qui consiste à opposer culture à tout ce qui ne l?est pas. Ne le sont pas définitivement les fanfaronnades auxquelles se sont livrées les politiques hier. Pourtant, l?indifférence à la bêtise relève également d?une démission de ses responsabilités. On ne peut donc rester insensible au déficit d?imagination de nos politiques, à ces discours creux alors qu?il y a une grande aspiration d?une parole qui dirait un riche imaginaire. Toute nonchalance dédaigneuse serait donc de l?irresponsabilité. La culture n?est pas limitée aux seules sphères inaccessibles de la grande créativité. Lorsqu?elle descend dans la rue, elle peut créer une dynamique qui fait sauter en éclat les lieux communs.
À Maurice, les années post-indépendance ont démontré l?importance d?une intelligentsia à faire avancer le débat politique. Enfin, ce n?était plus seulement le politique qui s?adressait à l?électeur. Il y avait des dramaturges, des chanteurs, des poètes, des peintres? La population s?identifiait à cette parole qui se nourrissait d?ambitions et de rêves nouveaux. Les données ont changé depuis. Hier, on a parlé des salariés, des travailleurs, des ?ti-dimoun?? Heureusement qu?il y a aussi eu Harry Anand et la Boom Fiesta 2005 de la bande de Gérard Louis. Autrement, on serait resté dans un misérabilisme qui ne fait nullement honneur aux valeureux travailleurs. Quels sont les artistes qui disent ces vérités aujourd?hui ? Où sont ces intellectuels qui décryptent les enjeux du monde contemporain ?
Les médias radiophoniques et la démocratie d?opinion ont certes objectivement modifié le rôle et la place des artistes au sein de la société. Mais, au lieu de rationalité et de rigueur, on est exposé à un parti pris flagrant. On ne peut plus se livrer à un exercice herméneutique du monde sans prendre position pour un camp politique quelconque. Le devoir d?éclairage est évacué au profit du désir d?influencer. Il ne s?agit plus d?analyse critique mais de critique de propagande. Tel est le nouveau manifeste. Tel est le vide que laissent les artistes et que certains pseudos cultureux tentent d?occuper.
Les savoirs constructifs que nous ont légué les années de bouillonnement culturel sont en train d?être pervertis. L?inféodation aux pensées politiciennes et aux intérêts personnels est une tare qui corrompt le rapport entre la culture et la politique. Au lieu d?expliquer aux dirigeants ce qu?ils font, nous nous faisons violence en leur disant ce qu?ils devraient faire. C?est cette parole culturelle qui est le reflet de la société dans laquelle nous vivons qui fait défaut. Et notre univers mental et notre conscience nationale à la fois en subissent les contrecoups.
À la veille d?une élection législative, les agents de la culture auront intérêt à rappeler à la ministre de la Culture qu?elle avait annoncé de belles choses pour ses quelques mois à ce poste si peu convoité par les ambitieux de la politique. L?organisation de la dernière fête nationale a été l?occasion d?une saillie différente de ce qu?on a connu jusqu?ici. Mais il faut encore convaincre que ce n?était pas un événement ponctuel mais une manifestation qui s?inspire d?une philosophie globale. Dans les prochains manifestes électoraux, les formations politiques devront également convaincre qu?ils savent que l?évolution d?un pays, son imaginaire et sa créativité, dépendent de l?importance que l?on attache à la culture. La culture n?est certes pas un projet mais c?est ce qui donne une âme à ce projet.
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