Publicité
Gnassingbé ne fait pas l?unanimité
Les jeunes opposants ont pris possession, le 26 avril, des rues de Lomé après la proclamation de la victoire « provisoire » de Faure Gnassingbé, fils de l?ancien dictateur Gnassingbé Eyadema, à la présidentielle de dimanche. Ces incidents ont fait au moins trois morts et des dizaines de blessés.
Des fumées noires se sont élevées de divers quartiers de la capitale du Togo, où les protestataires avaient érigé et incendié des barricades, jetant des pierres aux policiers qui ont riposté avec des grenades à percussion et tiré des balles en caoutchouc. Des magasins et des entreprises ont été pillés, des murs et des arbres abattus. Un diplomate chinois a déclaré que son ambassade avait été attaquée par des jeunes gens qui ont cassé des fenêtres et une voiture, avant de voler une moto.
À la tombée de la nuit, le calme était revenu et les forces de sécurité pa-trouillaient en grand nombre dans les rues. On observait de petits groupes de manifestants non loin de barricades fumantes, mais la plupart étaient rentrés chez eux en s?engageant à revenir mercredi. « C?est la déception et la colère. C?est sûr que les mouvements vont recommencer demain », affirmait Kenneth, un habitant du quartier de Bé, bastion de l?opposition dans la capitale. Au principal hôpital de Lomé, une infirmière a dit que l?établissement avait été débordé par le nombre de blessés arrivés mardi. À Bé, une infirmière de clinique a expliqué qu?il avait fallu refouler beaucoup de personnes blessées par balles parce qu?un médecin ne s?était pas présenté au travail.
Déjà traumatisés par des semaines d?agitation de rue, beaucoup d?habitants de Lomé s?étaient calfeutrés chez eux pour échapper aux nouvelles violences de jeunes opposants, dont certains étaient armés de couteaux ou de machettes.
« Faure ou rien, Faure ou l?enfer »
Les États-Unis ont, quant à eux, annoncé qu?en raison des violences, ils avaient pris leurs dispositions pour évacuer le personnel non essentiel, ainsi que les membres des familles du personnel de leur ambassade au Togo. Ils ont aussi invité tous leurs ressortissants à reporter toute visite dans le pays. « Nous continuons d?enquêter », a déclaré Adam Ereli, porte-parole du département d?État, ajoutant que Washington soutenait les efforts de réconciliation déployés par l?Union africaine et par la Communauté économique des États d?Afrique de l?Ouest (Cedeao).
Dans un autre quartier de la capitale, des partisans de Gnassingbé, vêtus de tee-shirts blancs et armés pour certains, célébraient la victoire de leur candidat.
« Faure ou rien, Faure ou l?enfer », scandait l?un des partisans. Selon la commission électorale, Gnassingbé, 39 ans, a obtenu 60,22 % des suffrages contre 38,19 % au candidat de l?Union des forces de changement (UFC), Emmanuel Bob-Akitani.
Le candidat du Rassemblement du peuple togolais (RPT) a lancé après l?annonce de sa victoire un appel à l?unité nationale. « Assez de querelles intestines, assez de querelles politiciennes. Maintenant, place à la réconciliation et au développement. La période de l?élection est passée. Nous devons nous retrouver pour reconstruire notre pays », a déclaré Gnassingbé à la presse.
L?UFC a de son côté appelé à la résistance populaire. « Nous n?allons pas nous laisser faire et nous appelons la population à résister », a déclaré Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l?UFC. « Ce régime doit comprendre que nous n?accepterons jamais M. Faure Gnassingbé comme président de la République, parce que ni son père, ni lui ne peuvent remporter une élection normale au Togo. »
2005 Le Monde ? REUTERS Distribué par The New York Times Syndicate
Publicité
Publicité
Les plus récents