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Profession, glandeur
«L?homme n?est pas fait pour travailler, la preuve c?est que cela le fatigue », disait Voltaire. « Un paresseux, c?est tout simplement un monsieur qui ne fait pas semblant de travailler », a dit, quant à lui, un certainTristan Bernard. Ne soyez pas dans le doute, aujourd?hui, 1er mai, c?est bien la Fête du travail, et non pas la Journée mondiale de la paresse.
Nous aurions pourtant pu vous parler des différents rassemblements politiques qui auront lieu dans l?île, ou rendre hommage aux accros au boulot, à l?adrénaline, brefs aux bourreaux de travail de tous bords. Mais nous avons choisi un sujet du genre : « Pourquoi faire aujourd?hui ce qu?on peut remettre à demain ». Quoi de plus approprié alors que de se pencher sur ces personnages hauts en flemme que sont les glandeurs.
Et pas besoin pour cela de rechercher « glandeur » sur Internet pendant vos heures de boulot, vous risqueriez de tomber sur de nombreux sites qui donnent des trucs et astuces? pour bien glander. En fait, des glandeurs, vous en connaissez sans doute.
Leur leitmotiv est du genre : « Mais que c?est long une journée au bureau. » De 9 heures à 16 heures assis sur une chaise, soit 480 minutes? il faut bien faire passer le temps. En travaillant ? Quelle horreur, diraient-ils. Eux ont un tout autre programme en tête : l?oisiveté. Après avoir raconté leur week-end aux collègues, usé la cafetière, lu les pages sportives et l?horoscope du journal, il leur faut maintenant trouver d?autres subterfuges pour continuer à ne rien faire.
Eh oui, la glande n?est pas? de tout repos. Faut bien s?arranger pour donner l?impression de bosser.
Entouré de piles de dossiers sur son bureau et d?autres objets tels que la souris (c?est un internaute invétéré), le téléphone (il appelle sa femme parce qu?il faut bien prendre des nouvelles), le bug (ce qui nécessite l?intervention d?un technicien informatique), les pauses déjeûner, cigarette, pipi, la veste sur la chaise (tout le monde le croit dans les parages), il donne l?impression d?être perpétuellement débordé. Il enchaîne donc les activités et multiplie les artifices pour faire illusion. Le pire c?est qu?il n?est pas repéré et qu?il est bien vu du directeur.
Pourtant, le glandeur est le dernier arrivé au bureau et le premier à partir (s?il y a des réunions l?après-midi, il choisit une place près de la porte). Quand ce ne sont pas les embouteillages qui l?ont retardé, la voiture qui a une panne, ce sont les médicaments qu?il doit prendre tous les matins qui le mettent dans les vapes. Il fuit toutes les corvées fatigantes, et c?est aux autres de s?en charger.
Flemmards et fiers de l?être
Ce phénomène ne se passe pas seulement sous nos cieux. Ailleurs, « flemmards et fiers de l?être », est un credo qui peut payer. Corinne Mayer, employée d?EDF, menacée de sanctions pour non-respect de l?obligation de loyauté manifesté à plusieurs reprises (lire le journal en réunion, quitter les réunions avant la fin) en est une preuve. Elle a sorti, pour se venger un pamphlet malicieux et provocateur, Bonjour paresse, sous-titré De l?art et de la nécessité d?en faire le moins possible en entreprise. Résultat, elle détrône le Da Vinci Code en tête des ventes sur le site Internet Amazon.
Le pire c?est qu?il peut y avoir plusieurs justifications à cette attitude flemmarde. On parle de malaise dans les entreprises, de démotivation, d?impossibilité de développement personnel, de manque de formation, de salaire de misère. Autant de maux qui provoquent parfois la « glande ».
Mais ce sont les bosseurs qui paient les pots cassés. « C?est frustrant un chef de département qui ne fait rien, strictement rien, qui n?est jamais là mais qui se met sur son trente et un le jour où il y a des fonctions officielles et qui reçoit tous les mérites du travail accompli », explique une fonctionnaire. Ce serait injuste de ne pas mentionner qu?il y a, dans certains cas, des jours où il n?y a rien à faire, pas de but précis et où l?on est obligé de perdre son temps à ne rien faire.
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