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Le syndrome Xavier

30 avril 2005, 20:00

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Une grande majorité de la population assiste avec un recul amusé à la débauche d?énergie des partis politiques qui mobilisent ce dimanche leurs partisans. Elle ne comprend pas toujours les raisons qui incitent les états-majors à investir autant de ressources dans ce qui ressemble en fin de compte à un meeting comme un autre. Mais l?enjeu est effectivement d?importance.

Les partis politiques savent depuis des lustres que cette bataille de foules est l?une des clefs du sésame électoral. Pour une raison simple : une partie non-négligeable de l?électorat est d?un opportunisme encore plus flagrant que celui des politiciens eux-mêmes. Elle vote aux élections comme elle joue aux courses : elle mise sur le cheval gagnant. Toute la campagne électorale consiste donc, pour un parti, à donner l?impression qu?il va gagner. Celui qui est perçu comme victorieux gagne. Il entraîne presque automatiquement une frange de 10 à 20 % d?un électorat qui n?a pas de convictions profondes ni déterminées et dont l?objectif civique consiste seulement à se retrouver dans le camp des vainqueurs. Si l?on veut, on peut appeler cela le syndrome Xavier?

Pour les élections qui viennent, tous les sondages d?opinion indiquent qu?un pourcentage élevé d?électeurs a toujours du mal à choisir entre les deux principales alliances en lice. Parmi les facteurs qui détermineront le choix final de l?électeur, l?affluence et l?ambiance aux meetings de lancement officiel de la campagne aujourd?hui pèseront d?un poids réel.

C?est d?ailleurs pour cette raison que l?Alliance gouvernementale s?est attribué un avantage injuste en incitant les électeurs pressés et curieux à venir assister à son meeting partisan afin de connaître la date des prochaines législatives. Le recours à ce subterfuge de mobilisation est d?autant plus critiquable que l?alliance MSM-MMM avait promis, dans son programme gouvernemental, de soustraire le processus électoral aux influences des partis : « Nous pensons que c?est plutôt la Commission électorale que le gouvernement qui doit décider de la date des élections, comme cela se fait en Inde. » Cette pensée vertueuse est restée lettre morte ; non seulement c?est le gouvernement qui a décidé de la date en fonction de son intérêt électoral, mais c?est aussi au cours d?un meeting partisan qu?a lieu cette annonce de portée constitutionnelle. L?Alliance gouvernementale prend le risque de subir cette critique parce qu?elle estime indispensable un succès de mobilisation ce dimanche, même si les moyens ne correspondent pas au modèle électoral « exemplaire » dont se gargarise le Premier ministre. C?est dire l?importance de l?opération.

Mais même si la démonstration de force du 1er Mai reste une étape cruciale de la course électorale, elle ne suffit pas pour gagner. À partir de ce jour, l?électeur va également commencer à s?intéresser de plus près aux candidats. La sélection est toujours un exercice périlleux pour les dirigeants politiques. Un bon candidat ne peut pas de lui-même se faire élire, mais un mauvais choix peut faire perdre un siège. Dans une course apparemment serrée comme celle qui s?annonce et qui pourrait déboucher sur des panachages dans plusieurs circonscriptions, les partis vont devoir exercer une vigilance accrue pour sélectionner le candidat au « bon profil » par rapport à l?endroit où il se présente et capable d?apporter une valeur ajoutée à l?ensemble de l?équipe.

Dans le contexte de la prochaine consultation, il y a peu de chances que les dirigeants se hasardent à un renouvellement radical des équipes. Quand la campagne est relativement courte et que l?issue paraît incertaine, ce sont les politiciens d?expérience qui sont favorisés. On ne verra pas suffisamment de femmes sur les listes et relativement peu de nouvelles têtes. Les cadres des partis vieillissent et leur relève n?est pas assurée, sauf un peu au MSM. Une illustration du dilemme des partis est le fait que la date des élections était notamment tributaire de la désignation du directeur général de l?Organisation mondiale du commerce. On attendait de savoir ce qu?il adviendrait de Cuttaree. Un seul être manque à Bérenger et tout est dépeuplé?

C?est au troisième rang seulement que je placerais l?intérêt des électeurs pour les manifestes électoraux. La plupart ne les lisent même pas. Ils se contentent de retenir des bribes de propositions généralement vagues que les orateurs présentent dans les meetings sous forme de slogans et que les médias reprennent sans droit d?inventaire. Ce qui n?implique pas l?absence de substance idéologique. L?actuelle campagne est imprégnée de la posture du Parti travailliste qui se veut le champion des « ti-dimounes » et dépeint la majorité gouvernementale comme le suppôt du « grand capital ». Ceux qui partagent l?intimité de la réflexion de Navin Ramgoolam affirment que l?ancien Premier ministre a fait son aggiornamento et que son discours n?est pas qu?une exploitation sectaire. La question qui reste posée est celle de savoir si, en situation d?incertitude économique, l?électeur est prêt à envisager des bouleversements qui pourraient accentuer les problèmes sociaux.

Plus que les programmes, c?est la performance gestionnaire globale qui est susceptible d?impressionner l?électeur. Ce sera l?un des critères du choix. Et c?est l?une des forces de l?actuelle majorité par rapport à l?image qu?elle a réussi à donner de Navin Ramgoolam. Même s?il est apparu dissipé et accapareur, Paul Bérenger a justifié sa réputation de besogneux rigoureux et méthodique. Son bilan économique n?est pas glorieux, mais compte tenu de la conjoncture, il n?est pas aussi catastrophique que le dit l?opposition. Et dans les autres secteurs de la vie nationale, le gouvernement peut se prévaloir d?un activisme réformateur qui laisse un bilan globalement positif. Le Parti travailliste aura du mal à convaincre que son leader possède l?énergie et la méthode pour faire plus et mieux.

Enfin, il y a un élément insaisissable et indéfini, c?est l?humeur, la disposition d?esprit de l?électorat par rapport au changement. L?opposition est convaincue que l?électeur est à ce point mécontent et insatisfait qu?il s?apprête à se venger avec rage. C?est l?élection correction. Pour l?heure, rien ne laisse supposer que nous nous acheminons vers ce scénario. Quand c?est ainsi, candidats et programmes comptent pour du beurre. Je n?ai pas le sentiment que les travaillistes devraient être à ce point euphoriques. Quant à l?alliance MSM-MMM, si elle fait vite, elle peut encore faire rêver. Mais pour les uns et pour les autres, le réveil sera de toute manière brutal.

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