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Le sucre craint les réformes de l?UE

30 avril 2005, 00:00

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L?industrie sucrière s?inquiète des retombées du verdict de la cour d?appel de l?Organisation mondiale du commerce sur le sucre. Elle craint que l?Union européenne (UE) ne soit forcée d?entreprendre des réformes en profondeur du régime sucrier européen qui affecteront le protocole sucre et le prix du sucre que Maurice obtient sur le marché européen.

«L?UE avait déjà indiqué qu?elle attendait le verdict de la cour d?appel avant de soumettre ses propositions de règlement concernant le régime sucrier. Cela est chargé d?implications. Nous pensons qu?avec ce verdict, il y aura davantage de pressions concernant ce plan de réforme», explique Jean-Noël Humbert, secrétaire général de la Chambre d?Agriculture.

C?est le 22 juin prochain que la Commission européenne fera connaître ses propositions concernant la réforme du régime sucrier. Une proposition de l?ancien commissaire européen à l?Agriculture, Franz Fischler, avait prévu une réduction de 37 % du prix du sucre pour Maurice et ses partenaires du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP).

Interrogé sur la possibilité que l?UE aille encore plus loin à la suite du verdict de l?OMC, Jean -Noël Humbert déclare qu?il est difficile de se prononcer à ce stade. «On peut difficilement prédire ce qui va se passer. Nous ne connaissons pas les nouvelles propositions de réformes de l?UE concernant son régime sucrier. Mais on peut s?attendre à davantage de rigueur.»

Le jugement de la cour d?appel recommande que l?instance de règlements des litiges de l?OMC demande à l?UE de se conformer aux règles de l?organisation. En clair, elle demande à l?UE de revoir à la baisse ses exportations de sucre subventionnées. Or, ces exportations font partie de tout un mécanisme de production, de quotas, d?importation et de prix qui permettait à l?UE de maintenir des prix élevés pour le sucre sur son marché intérieur. Ce prix élevé garantissait un prix supérieur au marché mondial pour les pays exportateurs comme Maurice et les ACP.

«Le jugement de la cour d?appel de l?OMC vient rompre un équilibre qui a existé pendant quarante ans au niveau du marché sucrier européen. Cette rupture risque d?affecter les exportations des pays ACP», poursuit le secrétaire général de la Chambre d?Agriculture.

Pour Jean Noël Humbert, l?UE a maintenant trois possibilités. Elle peut proposer à l?OMC une date pour le début de son nouveau plan de réforme que l?OMC peut approuver ou pas. L?UE peut aussi s?entendre avec les plaignants dans cette affaire, à savoir le Brésil, l?Australie et la Thaïlande, pour démarrer son programme de réforme du régime sucrier. Bruxelles peut aussi choisir de nommer un arbitre qui, lui, décidera quand le programme de réforme du régime sucrier doit démarrer.

Localement, la Chambre d?Agriculture est d?avis qu?il faut, le plus rapidement possible, mettre en ?uvre le plan de restructuration et de modernisation de l?industrie sucrière afin de la rendre plus compétitive. La Chambre est également d?avis qu?il faut rappeler à l?UE ses engagements envers les ACP tels que formulés dans l?Accord de Cotonou. Cet accord prévoit que l?UE s?engage à défendre les bénéfices économiques du protocole sucre qui ne devrait donc pas être vidé de sa substance.

Le secrétaire général de la Chambre d?Agriculture estime qu?il est également nécessaire de mener une action conjointe avec les partenaires des ACP afin d?obtenir des mesures fortes d?accompagnement pour la restructuration de l?industrie sucrière de la part de l?UE.

MAURICE REPREND SON LOBBYING

Dans un communiqué émis hier soir, le ministre de l?Agriculture et porte-parole des ACP pour le sucre, Nando Bodha, a donné ses «commentaires préliminaires» après le verdict de la cour d?appel de l?OMC. La stratégie gouvernementale a aussi été révélée : reprendre le flambeau du lobbying auprès de l?OMC et de l?Union européenne (UE).

Le Premier ministre, Paul Bérenger, devrait écrire à tous les chefs d?Etat des pays de l?UE et au président de la Commission de l?UE. Nando Bodha écrira pour sa part, en sa qualité de porte-parole des ACP pour le sucre, à l?ensemble des ministres de l?Agriculture et des ministres du Commerce et du Développement de l?UE. Il exhortera également les commissaires à respecter les obligations de traités de l?UE vis-à-vis des ACP et leur demandera de veiller à ce que l?OMC ne contraigne pas l?UE à effectuer des «changements radicaux».

Le lobbying vis-à-vis du parlement européen reprendra de plus belle. Le gouvernement croit en sa «participation active» au sein de l?OMC «où beaucoup peut être fait pour sauvegarder nos intérêts».

Dans son communiqué, Nando Bodha fait une sortie contre le Commissaire européen de l?Agriculture qui estime qu?une baisse de 33 % n?est «manifestement» pas suffisante. «Nous ne sommes pas d?accord avec cette approche car nous considérons que les développements au niveau de l?OMC ne justifient pas de réduction aussi drastique», affirme Nando Bodha.

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