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“The Aviator”, la traversée d’un passionné

28 avril 2005, 20:00

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N’importe quel aviateur vous le dira : faire décoller un avion et le faire voler en ligne droite est relativement facile. Le plus difficile est d’atterrir sans casse. Martin Scorsese nous montre deux atterrissages dans The Aviator, très spectaculaires (le deuxième étant carrément cataclysmique) puisqu’il y a beaucoup de casse. Mais pour ce qui est du film lui-même, on pourrait reprocher au cinéaste d’avoir mis fin à son vol sans le ramener à terre. Scorsese fait l’impasse sur les trente dernières années, c’est-à-dire les années les plus sombres de la vie de Howard Hughes pour nous raconter par épisodes ses années de gloire, soit entre la fin des années 1920 et le seul et unique vol de son hydravion géant, le Hercules, en 1947, après qu’il eut triomphé des magouilles d’un sénateur américain acheté par la Pan American Airways.

The Aviator est avant tout une œuvre de commande, destinée à séduire les grandes foules tout en mettant en avant les talents de l’acteur Leonardo DiCaprio dans le rôle-titre. Martin Scorsese préfère nous dresser non seulement le portrait d’un géant mais aussi celui de Hollywood durant les années de gloire et celui d’une époque. Leonardo DiCaprio a plus ou moins le même âge que Hughes lorsqu’il réalisa Les Anges de l’Enfer (le film indépendant le plus cher de son époque) en 1930, mais avec quelque chose de trop juvénile dans les traits et dans la voix pour évoquer le célèbre milliardaire.

Pourtant, l’acteur est crédible dans son personnage, surtout lorsque celui-ci est pris par ses troubles obsessionnels du comportement (névrose, puis psychose causée par la hantise des microbes) ou lorsqu’il est saisi de démence, sentant la réalité à sa portée mais n’arrivant pas à la toucher du doigt.

Un film destiné à séduire ne saurait négliger le “glamour” hollywoodien qui a fait partie de la vie de Howard Hughes. Martin Scorsese recrée l’usine à rêves de ces années-là. C’est ainsi que nous rencontrons Jean Harlow (Gwen Stefani) lors de la première presque surréelle des Anges de l’Enfer ou que plus loin dans le film, nous découvrons les manières plutôt rustiques d’Errol Flynn (Jude Law) lors d’une soirée au Coconut Grove, tout cela accompagné d’airs de George et Ira Gershwin, Irving Berlin, Al Jolson, Duke Ellington, etc. Mais, la partie la plus lumineuse du film tourne autour de celle qui à elle seule symbolisait la grande classe hollywoodienne : Katherine Hepburn. Cate Blanchett ne se contente pas d’habiter le personnage, elle devient Katherine Hepburn : le même regard, la même grâce et la même franchise dans le sourire, les mêmes gestes et (miracle) le doublage en français parvient même à lui donner les mêmes intonations dans la voix.

The Aviator est aussi un film pour le plaisir des yeux : jeux d’ombres sur le visage de DiCaprio, décollage d’un avion, un vaste jardin aux petites heures du matin, etc. Les belles images se succèdent et le plaisir qu’a pris Scorsese est presque palpable. Courez donc le voir.

<B>Synopsis</B>

The Aviator couvre près de vingt ans de la vie tumultueuse d’un industriel milliardaire, Howard Hughes, casse-cou, pionnier de l’aviation civile, inventeur, producteur, réalisateur, directeur de studio et séducteur insatiable. Cet excentrique et flamboyant aventurier devint un leader de l’industrie aéronautique en même temps qu’une figure mythique, auréolée de glamour et de mystère.

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