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Les zones d?ombrede l?affaire Singhania

27 avril 2005, 00:00

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Les bijoux Singhania demeurent une troublante affaire. Tout commence à 16 heures, le vendredi 8 octobre 1976, à l?arrivée de l?avion d?Air India, l?appareil qui conduit Indira Gandhi à Maurice. Un porteur distribue à ses collègues les vignettes des valises et garde celles correspondant aux 14 valises du passager Singhania. Il les porte à un douanier. Ce dernier réclame la présence du propriétaire. Sita Ram Singhania ne se fait pas attendre. Il se présente comme le PDG d?un important groupe commercial de New Delhi et collectionneur d?objets rares et de bijoux. Il n?a rien à déclarer et accepte volontiers d?ouvrir ses valises. L?une d?entre elles contient huit colis, pleins de bijoux de grande valeur, certains d?entre eux en or massif, sertis de pierres précieuses. Les supérieurs hiérarchiques avertis s?amènent. Surprise ! Singhania laisse entendre que ces bijoux seront offerts à des personnalités mauriciennes par la délégation officielle accompagnant Indira Gandhi. Il demande à la douane de conserver les bijoux sous son contrôle jusqu?à ce que le Premier ministre de Maurice lui accorde l?autorisation officielle de récupérer les huit colis. Il change par la suite de version et parle de substitution de valises. Les douaniers saisissent alors les bijoux. Autre surprise : Singhania prétend ne pas avoir la clé des valises. On la retrouvera, après de laborieuses recherches, dans la poche de la veste d?un autre passager, M. Bhartia, venu entre-temps à la rescousse de Singhania. Les bijoux sont saisis, mis sous scellés. Le passeport de M. Singhania est confisqué.

Le 12 octobre 1976, Singhania comparaît devant le contrôleur des douanes, M. F. Pellegrin, qui lui inflige une amende alors record de Rs 3,9 millions, soit trois fois la valeur estimée des bijoux (Rs 1,3 million). Cette estimation est l??uvre de Bijouchic, à la demande de la douane. Une sanction d?une telle ampleur relève d?un récent amendement car, auparavant, l?amende maximale était de seulement Rs 10 000 pour tout délit. Singhania refuse de payer. L?affaire est confiée à la police. Celle-ci réclame de Poncini une autre évaluation, qui s?élève à Rs 1,1 million.

Le 21 octobre 1976, nouveau coup de théâtre : une nouvelle valise, appartenant à Singhania, débarque à l?aéroport. Mais elle ne contient rien de compromettant. Trois mois plus tard, Singhania comparaît en cour intermédiaire. Il est défendu par Mes Hamid Moollan, Gaëtan Duval et Ashok Sen (célèbre légiste indien). Il est acquitté le 11 février 1977. Dans leur jugement, les magistrats blâment plusieurs fonctionnaires pour s?être rétractés en cour. L?un d?entre eux se perd dans les contradictions des versions initiales de Singhania, à savoir les bijoux destinés à être offerts à des V.I.Ps mauriciens et les bijoux saisis ne lui appartenant pas. Un autre ne se souvient plus de la version des bijoux destinés à des personnalités mauriciennes. Cette amnésie concerne pourtant une saisie effectuée seulement trois mois plus tôt. La défense exploite à fond l?argument de la valise arrivée le 21 octobre 1976, présentée comme la vraie valise de Singhania, encore que ce dernier débarque à Maurice avec 14 valises.

Singhania est acquitté mais les bijoux demeurent saisis car officiellement ne lui appartenant pas. Le 24 février 1977, ils sont transférés de la douane à la Banque de Maurice. On découvre qu?il manque sept diamants, sept émeraudes et un collier de perles. Le ministre des Finances prétendra n?avoir pas été informé de cette disparition, pourtant de taille. Le 1er mars, une firme kenyane se propose d?acheter les bijoux saisis. On refuse son offre sous prétexte qu?elle pourrait agir pour le compte de Singhania. Une offre du gouvernement indien sera également refusée, bien qu?elle soit faite au nom du patrimoine artistique de ce pays, compte tenu de la valeur des bijoux. Le 6 décembre 1977, le député mauve Fokeer interpelle Ringadoo à ce sujet. Il répond que des sanctions disciplinaires seront prises à l?encontre des fonctionnaires, ayant ?fané? en cour. Le 3 mars 1978, le secrétaire financier remet les bijoux à M. Rewcastle, chargé par le gouvernement travailliste de se rendre à Londres pour les vendre. Il affirme agir au nom de Seewoosagur Ramgoolam. Longtemps, le gouvernement refusera de rendre publics le nom de Rewcastle et l?objet de sa mission. L?ironie veut que le gouvernement préfère vendre les bijoux à Londres de peur que, lors d?une vente à l?encan à Maurice, ils soient vendus en deçà de leur valeur. Il faudra attendre la publication du rapport de Kadress Pillay pour que se dissipent certaines zones d?ombre de l?affaire Singhania.

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