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Questions au? Dr Melaku Geboye Desta
● Où en est-on avec les pourparlers sur l?agriculture à l?Organisation mondiale du commerce (OMC) ?
Une des priorités des négociations de Doha est d?améliorer l?accord sur l?agriculture, hérité de l??Uruguay Round.? Le cycle uruguayen avait débuté le processus. Il faut maintenant le compléter. La conférence de l?OMC à Seattle en 1999 devrait lancer les négociations du ?Millennium Round.? Les discussions sur l?agriculture à cette réunion furent un échec. Elles ont néanmoins redémarré en mars 2000.
● Quels sont les principaux enjeux des négociations sur l?agriculture ?
Les négociations ont trois principaux piliers : l?accès aux marchés ; le support domestique ; et les subventions à l?exportation. Mais le cadre est beaucoup plus vaste que ces considérations. Il y a le traitement spécial et différencié.
Il s?agit de permettre aux pays en développement d?avoir de meilleurs accès aux marchés. Cela implique la réduction des barrières tarifaires et autres. Mais par combien faut-il baisser ? Les pays en développement estiment qu?avec la réduction des tarifs douaniers, les marges de préférence dont ils jouissent vont disparaître.
D?autre part, ces pays pensent que leurs intérêts sont lésés par certains privilèges accordés aux agriculteurs des pays développés. Ces derniers ont droit au ?Special Agricultural Safeguard Mechanism.? Certains pays ont le droit d?introduire des tarifs additionnels sur les produits agricoles importés. Cette facilité n?est pas accessible à la majorité des pays en développement, dont Maurice. Elle consiste donc à obtenir ce ?special safeguard mechanism.?
De plus, il ne s?agit pas uniquement de protéger les marges préférentielles de l?érosion. L?harmonisation des tarifs est aussi un élément important dans le commerce international des produits agricoles. Il existe d?énormes disparités dans le régime tarifaire. Il y a des produits agricoles qui sont frappés par un taux de 5 ou 6 %, alors que d?autres ont un taux de 300 % ou même plus.
Le processus de réalignement implique une réduction conséquente des tarifs les plus élevés afin d??uvrer en faveur d?une diminution des disparités.
● La question des subventions aux fermiers des pays riches demeure une épineuse discorde qui divise les nations du Nord et celles du Sud?
Les subventions agricoles sont le sujet le plus conflictuel à l?OMC. Les pays riches ont plus de moyens de donner de l?argent, d?où des subventions à leurs fermiers que les pays pauvres. Par ailleurs, dans les pays pauvres, les agriculteurs payent des taxes au gouvernement.
Le système en vigueur permet à un groupe de 25 pays d?accorder des subsides à leurs fermiers et d?exclure les autres de cette possibilité. Les pays en développement sont très amers avec cela. Heureusement, le cycle de Doha a eu un départ prometteur. Le ?July Package?, l?accord issu des discussions à Genève en juillet 2004, s?engage à éliminer les subventions à l?exportation sur une période qui reste à définir.
● Dans quelle mesure le commerce du sucre va-t-il être affecté par le processus en cours à l?OMC ?
La dispute concernant le sucre à l?OMC ne concerne pas directement le régime sucrier préférentiel de l?Union européenne (UE). Ce régime permet à l?UE d?acheter le sucre des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) sous des termes avantageux.
En 2001, les ACP et l?UE ont pu obtenir de l?OMC une exemption au traité de la ?most favoured nation.? Si ce principe est appliqué, l?Europe doit traiter toutes ses importations sucrières sur le même pied d?égalité, d?où l?érosion des préférences pour les ACP.
D?autre part, l?Europe s?engage à réformer son marché sucrier indépendamment de l?éventuelle décision de l??Appelate Body? de l?OMC sur la question du sucre. Cela affectera inévitablement le Protocole sucre. Le protocole garantit non seulement les quotas, mais également les prix. L?Europe veut maintenant changer les choses de manière unilatérale. L?accord garantit des prix élevés aux producteurs des ACP pour une durée indéterminée.
L?accord lie les deux parties. Certains parmi les ACP évoquent même la possibilité de faire appel à une arbitration internationale si l?UE ne respecte les règles du jeu. Mais je ne crois pas qu?ils iront à ce point.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
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