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?World Voices?, un festival contre l?indifférence américaine

25 avril 2005, 00:00

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Devant la New York Public Library, samedi 16 avril, cinq cents personnes attendent, venues écouter Paul Auster, Assia Djebar, Margaret Atwood et quelques autres s?exprimer sur Don Quichotte. ?La culture ne se porte pas si mal !?, commence Paul Holdengräber, l?énergique directeur des Programmes publics de cette bibliothèque légendaire. L?introduction de Salman Rushdie, maître de cérémonie du festival et président du PEN Club, est accueillie par des éclats de rire, des applaudissements. C?est la soirée d?ouverture de la première édition du festival World Voices, organisé du 16 au 22 avril par le Pen American Center, à New York.

L?idée de départ était d?organiser un festival littéraire international, en divers lieux de la ville, sept jours durant. Au programme, 150 écrivains du monde entier, venus débattre de l?utilité de la littérature, l?écriture de la catastrophe, les enjeux de pouvoir, l?amour au temps du désamour généralisé, et enfin, surtout, l?état de la littérature mondiale. ?Voyez ce monde dans lequel l?Amérique s?engage. Or, tout ce que ce vaste pays connaît du reste de la planète, ce sont les pâles représentations qu?en produit la presse. Nous sommes dénués de passerelles imaginaires, si vitales, en direction des autres cultures. J?aimerais donc, cette semaine, donner un petit coup d?envoi à une véritable conversation entre l?Amérique et les autres?, précise Salman Rushdie

Depuis sa création en 1921, le PEN Club est la première et la plus éminente organisation littéraire internationale. Son but : lutter pour la liberté d?expression et protéger les écrivains persécutés ou incarcérés. Aux Etats-Unis, en ces temps où d?aucuns craignent une restriction des libertés civiques, l?organisation veille notamment à ce que le 1er amendement soit scrupuleusement respecté. Cette année, par exemple, elle s?est mobilisée contre la section 215 du Patriot Act, qui permet au gouvernement d?exiger que les bibliothèques et librairies transmettent la liste complète des ?uvres consultées ou achetées.

Pour lever les fonds dont il a besoin, le PEN organise, chaque année, un gala qui est aussi l?apothéose mondaine de toutes les réunions littéraires new-yorkaises. Ce mercredi 20 avril à Manhattan, de Toni Morrisson et E. L. Doctorow à Jonathan Franzen et Colson Whitehead, le Tout-New York littéraire et de prestigieux invités étrangers ont répondu présent. Selon Michael Roberts, directeur exécutif du PEN American Center, l?organisation a levé près de 850 000 dollars en 2004. Cette année, les recettes pourraient être plus importantes encore.

?Nous avons un problème unique aux Etats-Unis, insiste M. Roberts. Aucun autre pays ne combine une telle indifférence à la culture étrangère et une si grande aptitude à semer discorde et désordre dans le monde.? C?est pourquoi le PEN plaide aussi pour la multiplication des traductions. Officiellement, celles-ci représentent 3 % des publications américaines. Mais, en réalité, explique Esther Allen, la directrice du comité de traduction, il s?agit de bien moins ? à peine 300 livres par an. Intrépide traductrice de Borges et de Blaise Cendrars, Esther Allen s?est décidée, elle, à mener la bataille contre le monolinguisme.

Lila Azam ZANGANEH Source : lemonde.fr

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