Publicité

Nousreen ne sera pas maman

24 avril 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nousreen Ruhomally n?est plus que l?ombre d?elle-même. Dix-neuf ans à peine, et tant de souffrance dans le regard. Les douleurs qu?elle ressent sporadiquement au bas-ventre la ramènent à la triste réalité. À ce sinistre soir où elle a accouché d?un enfant mort-né.

Mamade et Nousreeen se faisaient une joie de devenir parents, eux qui croyaient que tout espoir était révolu. En effet, après trois ans de mariage, la jeune femme n?arrivait pas à tomber enceinte car elle avait des kystes à l?utérus. Un traitement médical onéreux et éprouvant lui permet pourtant alors de réaliser son rêve après l?enlèvement des grosseurs. « Pendant un an, j?ai fait quatre piqûres par jour, et chacune coûtait Rs 1 500 », confie-t-elle. La joie du couple est immense lorsqu?il apprend la bonne nouvelle : Nousreen allait accoucher d?une fille en août 2005.

La jeune femme est alors suivie par un gynécologue de l?hôpital Jeetoo. Elle décide de ne plus se rendre chez son gynécologue du privé, car le cabinet de consultation est trop éloigné de son domicile. Ledit médecin du privé l?ausculte une dernière fois le 24 février 2005.

« J?étais enceinte de trois mois et demi. Il m?a rassurée, et m?a dit que l?enfant grandissait normalement et qu?il était en parfaite santé. »

<B>Elle souffre le martyre pendant une nuit</B>

Mais à presque cinq mois de grossesse, voilà que des douleurs au ventre viennent la troubler. Nousreen s?inquiète alors et se rend à l?hôpital. Le médecin diagnostique une infection des reins et lui prescrit des antibiotiques et un deuxième médicament qu?elle doit acheter en pharmacie.

Le 4 avril, soit une semaine plus tard, elle est vue par deux médecins : un praticien indien et un Mauricien. Elle leur montre les médicaments prescrits précédemment par leur collègue. On lui conseille alors d?arrêter de prendre le deuxième médicament et de boire beaucoup d?eau, parce qu?elle souffre de calculs rénaux. Nousreen souligne aussi que l?enfant qu?elle portait en elle est devenu étrangement calme à ce mo-ment, et qu?elle a souffert le martyre durant pendant toute une nuit. « Monn dir zot baba la aret bouze, me zot pann mem fer enn ekografi. »

Nousreen décide de se rendre chez son gynécologue du privé le 7 avril. Ce dernier est contre les antibiotiques qu?on lui a prescrits et il lui demande de ne plus en prendre. L?échographie vient confirmer ses craintes. « Dokter la inn dir moi enn maler inn arive, ki mo bebe inn mor dan mo vent. Lerla monn al lakaz. Asoir monn al lopital ver 19 h 30, monn dir zot monn perdi mo tibaba. »

À l?hôpital Jeetoo, elle est en butte à toutes sortes de tracasseries. « Les préposés voulaient que je remplisse un nouveau dossier, alors que j?en avais déjà un. Lors-qu?enfin le gynécologue qui m?a auscultée au départ est venu me voir, il a refusé de me croire, disant que je devais d?abord présenter un certificat médical? » L?homme en blouse blanche lui conseille de se faire admettre, mais Nousreen refuse quand elle apprend qu?on la fera accoucher le lendemain. « Mo ti kapav gaign gangrenn. Mo ti pe mor avek douler, zot dir moi fodre mo admett pou fer ekografi. Monn refize. Mo bann fami inn ankoler. » La police a alors dû intervenir pour les calmer.

Éc?urée, elle se tourne vers une clinique privée où elle accouche, le 8 avril, d?une fille mort-née. Deux semaines après le drame, Nous-reeen et Mamade sont dans le flou. Ils ne savent pas de quoi est morte leur enfant. Mais ils croient dur comme fer qu?ils ont été victimes de négligence médicale. « Nou finn bien afekte? » Si les conclusions de l?autopsie leur donnent raison, ils comptent poursuivre le ministère de la Santé.

<B>Le ministère s?explique</B>

Le ministère de la Santé réfute toutes les allégations portées par Nousreen Ruhomally. Il précise que les médecins de l?hôpital Jeetoo n?ont jamais refusé de lui offrir les soins ou les services requis.

« C?est la patiente qui a refusé de se laisser interroger et examiner par le médecin qui l?avait vue lors d?une précédente visite, le 7 avril. » Quant aux médicaments prescrits, ils ne sont pas contre-indiqués pendant la grossesse. Le ministère de la Santé explique qu?il n?est pas en mesure de se prononcer sur l?interruption de grossesse, étant donné qu?elle a été diagnostiquée par un médecin du privé.

Publicité