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Plaine-Champagne engloutit Violette

23 avril 2005, 20:00

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Les aînés de Pamplemousses en ont perdu le sommeil. Voilà cinq jours qu?une des leurs, Violette Antoi-nette, 84 ans, a disparu au cours d?une sortie à Plaine-Champagne.

La vieille dame s?y était rendue avec le club de troisième âge de Pample-mousses pour cueillir des goyaves de Chine, mercredi.

Au Centre social de la localité, le désespoir est palpable chez les amies de Violette, affectueusement surnommée « Matante ». « Nou mank li boukou. Pa kone kot li ete », confie Simone Badroodunkan, 71 ans. Elles n?arrivent pas à comprendre comment « Matante » qui souffre de toufma, comme elles le disent, et de douleurs aux articulations a pu s?évanouir dans la nature sans laisser de traces.

Pauline Bundhoo, une de ses amies, est encore sous le choc. Ce jour-là, Matante était de bonne humeur, comme à chaque sortie avec ses amies. « Nou finn bien koze, riye dans bis. Dan Plaine-Champagne nou finn pass anviron 45 minit. Miss ine dir nou pa al loin res dans bor mem. Kan finn ariv ler pou allé, Miss ine fer lapel. Matante pa ti la. Nou ti kroir, li pe badine. » Et leurs appels pour retrouver « Matan-te » n?ont eu pour écho que le silence.

La famille de Violette Antoinette est, quant à elle, torturée par cette attente insupportable. Mais Georges Legallant, un des neveux de l?octogénaire, n?a pas voulu rester les bras croisés. Depuis le jour de la disparition, il a fait partie d?une battue organisée par la police régulière, les agents de la Criminal Investigation Division, ceux du Groupe d?interventio de la police mauricienne, de l?Emergency Response Service, de la Southern Divisional Support Unit, de la Special Mobile Force et des employés du ministère de la Sécurité sociale, pour retrouver la vieille dame.

Chaque mètre carré de l?immense sous-bois boueux et accidenté est passé au peigne fin. Mais au fil des heures l?espoir s?amenuise. Vendredi soir, toujours pas de traces de Violette. Et les chiens renifleurs auxquels on a fait sentir les vêtements de la disparue ne sont d?aucune aide.

« Je trouve tout cela étrange. La police n?a pas lésiné sur les ressources disponibles. Mais malgré tous les moyens scientifiques, elle n?arrive pas à la retrouver. Cela ouvre la porte à différentes interprétations. Peut-être cherchons-nous au mauvais endroit ? », s?interroge Georges Legallant. Ces questions le taraudent et des idées les plus sombres encore le hantent jour et nuit.

« A-t-elle été enlevée ? Est-elle retenue quelque part contre son gré ? »

Rongé par le doute et l?angoisse, Georges remet en question l?encadrement des vieilles personnes lors des sorties faites par les clubs de troisième âge. Comme à chaque fois, celle organisée ce jour-là, était composée d?une soixantaine de vieilles personnes et d?adolescents. Seuls deux animateurs de la Sécurité sociale chapeautaient le groupe et cinq « volontaires » en faisaient également partie.

Il estime également que l?encadrement des vieilles personnes pour les sorties organisées dans des endroits réputés dangereux laisse à désirer. « Zot pran sa a la leger. Avec bann vie dimounn, ti bizin ena dimounn ekperimente ki touletan ena enn lizie lor zot. Ou kone sa laz là, zot kouma dir zanfan. Mo pense bizin ena enn gid pour sak group 10 dimounn. » Pour Georges, les « volontaires » ne sont pas formés pour accompagner les plus vieux. « Ces ne sont pas des employés de la Sécurité sociale, mais des personnes âgées. Donc, ils n?ont aucune formation et ne sont pas à même de s?occuper de leurs compagnons de voyage. »

<B>La vie s?est arrêtée</B>

Le ministère de la Sécurité sociale fait, quant à lui, son mea culpa. Dedy Budory, Social Welfare Commissionner affirme que cet événement malheureux souligne des faiblesses qu?il faut corriger. « Il faut revoir et consolider l?accompagnement de nos aînés. Concrètement, nous pensons à mettre en ?uvre des guidelines et à former ces accompagnateurs. »

En attendant, à Camp-des-Embre-vades, la vie s?est arrêtée. Elphèse Legallant, le frère de Violette est sur le qui-vive. Chaque véhicule qui passe devant sa porte le met en émoi, et il croit alors qu?on apporte des nouvelles de sa s?ur aînée. « Li pa kontan ress narien fer », se souvient-il. « Tou lezour, li ti bizin al sant sosial, al zoinn so bann kamarade. Malgré so laz li ti pe debrouye. » Yves son petit-fils ne souhaite qu?une chose : que Violette revienne le bercer avec ses histoires letan lontan, qu?elle luiserve encore son thé chaud et ses petits beignets.

Mais à mesure que le temps passe, l?espoir de la voir vivante s?amincit?

<B>À vos risques et périls</B>

Ce n?est pas Ameen Panawoola qui dira le contraire. Plaine-Champagne est un lieu où il ne fait pas bon s?aventurer à la légère. En avril 2000, alors qu?il cueillait des goyaves, il s?est égaré dans les bois. En tentant de retrouver son chemin, il s?est enlisé dans une mare. Il doit sa survie à une branche de goyave de Chine qui lui a permis de se tirer de ce mauvais pas. Il sera retrouvé quatre heures plus tard par les soldats de la SMF, alertés de sa disparition. À l?époque, les sauveteurs avaient émis l?idée de placer des panneaux indicateurs dans les bois. Ce qui n?a jamais été fait.

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