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Ce qu?ils nous laissent

24 avril 2005, 00:00

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<B>L?économie Redressée mais menacée</B>

L?alliance MSM-MMM brigue un nouveau mandat en soutenant qu?elle a placé le pays dans une phase de développement économique durable. Le tableau de bord ne permet pas de dire si cette affirmation est justifiée ou erronnée. La vérité doit être quelque part entre les deux extrêmes.

Les principaux secteurs ont maintenu des taux de croissance appréciables durant ces quatre ans, à l?exception de la zone franche. Le gouvernement s?est montré relativement dépensier. Ne pouvant pas générer assez de revenus pour financer ses dépenses, le gouvernement a été contraint d?emprunter. Ce qui a fait passer la dette publique de Rs 60,5 milliards en 2001 à Rs 93,4 milliards en 2004. La situation aurait pu être autre. Sans doute meilleure. Pourtant, tout avait bien commencé.

Le 11 septembre 2000, jour de la proclamation des résultats, le programme de l?alliance MSM-MMM faisait office de table de loi. Ce plan de bataille allait permettre de « redresser l?économie». Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger ne savaient pas encore que leurs plans allaient être durablement contrariés par les tragiques évènements à New York un an plus tard, puis une deuxième guerre du golfe en mars 2003, puis encore la grippe aviaire et autres SRAS qui allait placer une partie du continent en état de siège.

Tous ces évènements ont précipité l?économie mondiale dans la torpeur. Celle de l?île, terriblement vulnérable, est frappé de plein fouet. Les arrivées touristiques locales progressent très peu à partir de 2001.

Plus près de chez nous, à Madagascar, les choses allaient se gâter. Avec le soulèvement populaire de 2002, le groupe Ciel doit suspendre ses activités textiles à Madagascar et la Compagnie Mauricienne de Textile fait avorter volontairement son projet. Les deux groupes subissent des millions de pertes en conséquence. Le secteur est démoralisé. Il enregistre cette année là ? 6% de taux croissance.

Sonné par cette cascade d?évènements internationaux, le gouvernement va revoir sa stratégie. Il met au placard la démocratisation de l?économie, qui ne sera réintronisé «première priorité » que dans le budget 2004-2005 de Pravind Jugnauth. Par contre, le gouvernement sait dès les premiers mois de son mandat que deux défis majeurs l?attendent.

Et ils concernent le textile et le secteur sucre, les piliers. L?échéance pour le textile est connue depuis longtemps: le 1er janvier 2005, l?accord multifibre (AMF) disparaît. Pour le sucre, l?Union européenne, notre principal client, a annoncé qu?il va revoir ses prix garantis d?achat à la baisse.

Le gouvernement s?embarque alors dans deux réformes d?envergure. Celui du secteur sucre implique un bond en productivité couplé à une baisse de la main d??uvre. En même temps, les usines sont encouragées à se lancer dans les projets de génération d?énergie et de diversification.

L?industrie sucrière rapetisse. Quatre fermetures d?usines interviennent sans heurts majeurs. Le Voluntary Retirement Scheme peut être qualifié de réussite, plus de 8 000 personnes sont concernées. Rs 2 milliards leur ont été distribués en compensation et ils se sont partagés plus de 800 arpents de terre.

L?industrie gagne en productivité, mais demeure largement endettée, à hauteur de Rs 3 milliards. De plus, elle n?a toujours pas suffisamment investi dans des projets de diversification et dans les autres modes d?exploitation de la canne et de la bagasse. Ce qui a amené Pravind Jugnauth à lancer un accelerated action plan pour concrétiser ces projets d?ici 10 ans. Un plan qui n?existe pas pour le textile? malheureusement.

L?absence de vision claire du gouvernement et le manque flagrant de préparation face à l?échéance du démantèlement de l?AMF se fera durement sentir. En début de mandat, la vision du gouvernement consistait à amener l?industrie à monter en gamme tout en mettant en place un processus d?intégration. L?industrie textile-habillement mauricienne fabriquerait son propre fil, tisserait ses tissus qui finiraient dans les usines fabricant des vêtements haut de gamme. Sauf qu?un maillon essentiel de la chaîne, la filature, a tardé à se mettre en place. Les deux plus grosses entreprises du secteur Tianli Spinning et la filature de la CMT ont tous deux débuté leur opération tard en 2004.

A ce moment-là, l?exode des investisseurs hongkongais tire presque à sa fin. Novel Garments et d?autres entreprises étrangères ont déjà fermé boutique. Entre-temps, acculé par une industrie locale outrée d?avoir été oubliée dans le budget 2003-2004, le gouvernement met en place le Textile Emergency Support Team pour les aider à se restructurer. Malgré cet effort, d?autres fermetures interviennent dont celle, symbolique, de Southern Textiles, citée en exemple encore un an auparavant.

Le secteur des petites et moyennes entreprises (PME) traverse en même temps une crise d?identité. Un ministère spécial est même créé pour les PME. Mais avant même de définir une stratégie cohérente pour les aider, le gouvernement décide qu?il faut à tout prix définir cette PME. Des mois entiers seront perdus.

L?industrie touristique aussi est en crise. Maurice ne sait pas si elle doit rester une destination haut de gamme ou se démocratiser. Ce n?est pas le gouvernement qui tranchera. Il préfère encourager la construction d?hôtels de luxe. Deux nouvelles zones de développements sont identifiés, Bel Ombre et Saint Felix, pour huit nouveaux hôtels. L?autre pan du dévéloppement touristique, les Integrated Resort Scheme, tarde à se développer. On entend de temps à autres chanter qu?ils arrivent, les milliardaires.

D?autres industries doivent toutefois émerger. C?est à cette condition que le pays peut espérer une croissance économique durable. Celle des technologies de l?information et de la communication devrait l?y aider. Près de Rs 1,5 milliards ont déjà été investis par des entreprises dans ce secteur ces quatres années. Elles emploient plus de 2 500 personnes en ce moment. Le secteur connaît un taux de croissance de 20% tous les quatre mois. Mais Maurice traîne toujours un sérieux handicap. Un plan de formation d?envergure qui permettrait aux entreprises Tic de recruter les cadres n?a toujours pas été mis en place.

Dans le seafood hub, ce n?est pas la main d??uvre qui manque. Thon des Mascareignes, un des nouveaux opérateurs, va recruter à lui seul près de 1 000 personnes. En deux ans, d?importants développements sont intervenus dans ce secteur. Près de Rs 800 millions ont été investis et les potentiels de croissance semblent réels. Le gouvernement n?a pas vraiement de mérite. Il n?y croyait pas il y a encore 3 ans.

D?autres moteurs de croissance doivent toutefois relayer ceux qui faiblissent. Deux nouvelles orientations flottent dans l?air : devenir « duty free island » et « knowledge hub ». Ce ne sont encore que des concepts.

<B>La démocratie Dupée </B>

C?est devenu un dû à force d?avoir été promis. Mais la réforme du système électoral reste une idée, et la démocratie, handicapée. One man, one vote est toujours problèmatique. En revanche, c?est à ce gouvernement que l?on doit la parole libérée. Le citoyen, malgré des dérapages, a pris sa place dans le débat public, se libère de ses frustrations, apprend à se dire. Cette libération par la libéralisation des ondes nous a évité peut-être bien des bouleversements sociaux.

Après moult tergiversations à propos de la réforme électorale, le gouvernement sortant a renvoyé le projet aux calendes grecques. On aura deviné une certaine amertume dans la voix du Premier ministre hier lorsqu?il a glissé que « malheureusement le consensus approprié n?a pas été obtenu » et que « ce n?est que partie remise ».

Partie remise ? Difficile de le croire. Car cette réforme qui s?articule principalement autour de la représentation proportionnelle figure au fronton de tous les manifestes électoraux présentés par le MMM depuis mi-1980. Ce parti a été en trois fois au gouvernement au cours de ces vingt dernières années. Et toujours rien.

Il y a certes eu cette fois une avancée majeure : une riche ébauche produite par une commission de haut niveau présidée par le juriste sud-africain Albie Sachs, spécialiste en matière constitutionnelle. Mais la suite a été bloquée en raison d?une incapacité à mettre de côté les intérêts de partis pour trancher. Le discours présidentiel prononcé le 3 octobre 2000 nous avait promis que, tout en maintenant le système électoral existant, le gouvernement « will further provide for the nomination of additional members on a proportional system to ensure equitable representation in Parliament. » Soixante mois n?ont pas suffi...

Incapacité à agir également sur la question du financement des partis politiques par l?Etat. C?était le moyen de promouvoir «sound, dynamic and lively democracy» tout en éliminant les risques de corruption et de trafic d?influence. La fronde est venue du secteur privé. Ce dernier refuse de contribuer à une caisse commune placée sous la responsabilité de la commission électorale.

Autre projet une nouvelle fois repoussé, le remplacement de l?Industrial Relations Act. Les mauves en parlent depuis 1982. Après plusieurs ateliers de travail et autant d?ébauches, la dernière copie a été rendue publique fin 2004. Sans doute trop tard pour d?autres discussions ou trop proche des élections pour être ferme contre des voix toujours dissidentes.

Autre point noir au bilan : le report des élections régionales en zone rurale. L?on a adopté la loi, effectué jusqu?aux travaux préparatoires à la délimitation de sept nouvelles municipalités, mais une fois de plus, la raison politique a eu le dessus. Mais la démocratie a fait un pas sous ce mandat, c?est la radio privée qui l?a incarné. L?instance régulatrice, l?Independent Broadcasting Authority, est entrée en vigueur le 1er janvier 2001, moins de trois mois après la prise de pouvoir. En deux ans, trois chaînes de radios privées se sont installées. L?autre pas fut fait sur terre rodriguaise. L?Assemblée régionale siège depuis fin 2002, une réponse aux désirs des Rodriguais de développer leurs propres atouts, leur identité, distincts de ceux de Maurice.

<B>Le social Soulagé </B>

«Nous allons accorder une attention particulière au social, à la qualité de vie des Mauriciens », déclarait Paul Bérenger à la télévision à la campagne électorale de 2000. La vie, plus chère, n?est pas moins dure quatre ans plus tard, mais l?amélioration des infrastructures augure des lendemains meilleurs.

Les infrastructures éducatives en tout premier lieu. Trente-sept établissements secondaires ont ainsi été construits dans toute l?île, soit deux fois plus de collèges d?Etat en quatre ans. Cela a permis d?offrir un peu moins de 4 000 places additionnelles en Form I en quatre années et plus d?un millier de places additionnelles en HSC.

Mais la qualité de l?éducation dispensée n?a pas été revue ou insuffisamment. Derrière les belles façades, notre système éducatif reste décalé. Non seulement le chiffre de l?échec scolaire reste anormalement élevé, mais le décompte des notes au CPE frise le nivellement par le bas. C?est la question qui méritait une refonte complète à l?aube de ce millénaire dit de la connaissance. Le mandat n?aura pas pu servir également à éviter que l?on fabrique des crétins pour demain. Si l?enseignement supérieur est en chantier - 16 759 admis en 2000/01 contre 25 715 en 2004/05 ? il faut améliorer le taux de réussite au secondaire pour que plus de jeunes y accèdent.

L?attention a été accordée aux plus démunis de l?éducation. Mais sur ce plan, les résultats ne peuvent être encore observés. Que ce soit les zones d?éducation prioritaire ou l?éducation obligatoire. Il a peut-être manqué à ces projets un « cinq sous », le créole à l?école. Manque de courage politique d?aller jusqu?au bout ?

Quand le spectre du chômage rode, on ne peut pas dire que la vie se soit améliorée. Officiellement, le nombre de demandeurs d?emplois est passé de 45 000 en 2000 à 54 400 en 2003. De nombreux économistes avancent que ce chiffre est bien en deça de la réalité, de nombreux chômeurs n?étant pas enregistrés. « Explosion sociale », ces deux mots ont été maintes fois entendus. Et on ne peut pas dire que leur évocation ne soit pas du tout justifiée.

Le logement social avait été définie comme une des priorités de début de mandat de ce gouvernement. L?objectif de 5 000 logements n?a pas été atteint, mais les autorités affirment que près de 3 000 maisons et appartements NHDC ont été livrés et qu?un millier le sera dans les six prochains mois.

Côté santé publique, on a fait dans le High Tec et l?upgrading des centres de santé régionaux. Mais le gouffre entre le privé et le public est encore trop large. Sur un autre plan, celui du sida, l?on a du mal à s?expliquer que les mesures restent aussi pudiques, quand le taux de sidéens dans les prisons ne cesse d?augmenter.

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