Publicité
La science
Hiroshima montre que la science n?est pas une simple aventure intellectuelle, mais qu?elle détient la clef de la survie des sociétés modernes. Hiroshima consacre l?impuissance des savants à maîtriser ou à penser ce que « fait » leur science. Niels Bohr ne cessait de plaider pour une entente internationale et d?avertir les hommes sur les dangers que leur faisait courir la bombe atomique. Rencontrant Roosevelt et Churchill, il voulait les dissuader de la prolifération de l?arme nucléaire et pensait dans sa naïveté que la bombe atomique n?était justifiée que par l?horreur nazie. Devenue une affaire d?État, la science échappe alors au savant.
Constituée autour d?une valeur absolue, l?efficacité, autour d?un credo, la neutralité, la science s?est occultée de sa compréhension. Soumise à une rationalité instrumentale ? comme le dit Habermas ? elle ne sait plus raison garder. D?où la création de comités sur ce possible Hiroshima de nos cellules que laisse entrevoir le domaine des technologies de la vie. Si on en est venu à penser des garde-fous pour la science, c?est parce que celle-ci a été réduite à une instrumentalisation cartésienne du monde et qu?elle s?est coupée de son sol, d?un retour réflexif sur elle-même, comme l?indiquait Husserl.
On met souvent en avant la formule cartésienne selon laquelle les hommes deviennent, avec la science naissante du XVIIe, « comme maîtres et possesseurs de la nature », pour montrer que la science ne sait plus ce qu?elle fait. Mais comment la maîtriser elle-même ? Créons des comités d?éthique pour lui faire garder raison. Il y a là plus d?une méprise à l?égard de la formule cartésienne. On présente la maîtrise de la nature comme une alternative à la maîtrise de soi, on place alors la compatibilité des deux dans une tension quasi insurmontable. Or, dans l?optique cartésienne, une maîtrise technique et scientifique de la nature suppose la conscience que le monde n?est pas fait pour nous, que la nature n?a pas d?égard particulier envers l?homme. Nous prenons simplement con-science que la science élabore elle-même son épistémologie, son élucidation.
La carence théorique de la science nous fait dissocier la science de la compréhension d?elle-même. Quand, de plus, nous confondons ce qui est application et ce qui est expérimentation, on est prêt à identifier un échec politique à un échec scientifique. Si l?unité de la science est de plus en plus une unité de financement, et si se développent partout des garde-fous de la science, c?est qu?on a perdu de vue le travail d?élucidation des concepts scientifiques et qu?on a confondu la demande politique faite à la science avec ce que la science peut faire.
- C. Vallée donnera une conférence le mercredi 27 avril à 18 heures au Sofitel Impérial, sur le thème : « Quel est le fondement de la croyance ? »
Publicité
Publicité
Les plus récents