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L?autopsie d?un programme
Il faudra s?y habituer : les résultats du gouvernement Mouvement socialiste militant-Mouvement militant mauricien (MSM-MMM) seront épluchés durant la période menant aux élections. Logique, puisqu?un programme électoral est comme un contrat proposé par les partis politiques à la population. Et, qu?élire un gouvernement équivaut à accepter son programme.
Ce document comprend une multitude de promesses. Parmi lequelles, on retrouve des projets réalisables et d?autres qui sont trop ambitieux. En 2000, le MSM-MMM avait proposé à la population «Anou redresse nou pays» associé d?une série de réformes. Le résultat est mi-figue mi-raisin.
■ <B>Économie</B>
Redresser l?économie. L?objectif fixé en 2000 était de taille. Les mesures préconisées étaient encore plus ambitieuses. Beaucoup n?ont pu être concrétisées. Par exemple, le MSM-MMM voulait résorber le chômage (en mettant fin au jobless growth) et restaurer le plein emploi. Ou encore introduire un Fiscal Responsibility Act pour assurer la gestion saine des dépenses de l?Etat. Le déficit budgétaire n?a pu être réduit à moins de 3 % du Produit national brut et l?inflation est toujours au-delà des 3 % promis dans le programme. Les mesures préconisées mais non concrétisées sont nombreuses mais il est aussi vrai que la conjoncture internationale n?a pas joué en faveur de Maurice : la situation post-11 septembre 2001, la montée du prix du pétrole, le démantèlement de l?accord multifibre et la libéralisation du commerce mondial entre autres.
Le gouvernement a toutefois réussi à miser sur de nouveaux créneaux porteurs. Les technologies de l?information et de la communication ont permis de créer 3 500 emplois. L?autre satisfaction demeure la modernisation des services financiers et l?institution d?un cadre légal qui répond aux besoins d?un secteur en pleine expansion.
■ <B>Tourisme</B>
En cinq ans, les arrivées touristiques ont grimpé de 9,5 % et le parc hôtelier comprend dix nouveaux établissements et 2 000 chambres supplémentaires. Toutefois, les hôteliers se plaignent qu?une moyenne de quatre chambres sur dix restent inoccupées. Le débat se poursuit entre Air Mauritius et les hôtels. Le gouvernement a tranché avec la publication d?un plan directeur sur l?accès aérien. Ce document est un grand pas en avant? à condition qu?il soit respecté. Le marketing de Maurice à l?étranger et le fonctionnement du ministère du Tourisme laissent à désirer. D?ailleurs, le plan directeur pour le tourisme promis par le MSM-MMM en 1995 se fait toujours attendre.
■ <B>Pêche</B>
Cette industrie poursuit sa dégringolade et ne sait plus à quel saint se vouer. La pêche sur les bancs n?existe presque plus alors les pêcheurs professionnels stagnent. Transformer Maurice en «seafood hub» reste un rêve. Surtout quand les certificats EUR1 sont falsifiés aussi facilement?
■ <B> Agriculture</B>
Le MSM-MMM voulait relever les défis de la libéralisation de la politique agricole au niveau mondial. Le sucre nage encore contre vents et marées. Le regroupement des petits planteurs n?en est qu?à ses balbutiements. Le bilan agricole est mitigé. Une série de mesures a été annoncée dans le dernier budget mais leur concrétisation reste une autre paire de manches.
■ <B> Secteur manufacturier</B>
Faire du Made in Mauritius une référence mondiale. L?idée était grandiose mais elle n?a jamais décollé. Les grands espoirs de l?African Growth and Opportunities Act (AGOA) se sont envolés. Les principaux acheteurs américains ont d?ailleurs déserté Maurice. Le gouvernement n?est pas seul responsable du déclin du textile. Certes, il n?a pu transformer Maurice en centre de services mais la conjoncture internationale y est pour beaucoup.
La libéralisation du commerce international et la transformation de Maurice en paradis du hors-taxes menacent les entreprises. Les PME continuent à patauger dans l?incertitude, effarouchées de changer de stratégie pour viser plus haut. N?empêche que l?Etat leur a accordé des intrants duty free. Les entreprises ne peuvent biberonner les aides gouvernementales. L?avenir appartient à celles qui innovent et ciblent les marchés d?exportation. A l?image de la Compagnie mauricienne de textile.
■ <B>Éducation</B>
La réforme éducative a été l?un des plus gros paris du gouvernement. Le MSM-MMM a eu le mérite de s?engager dans cette voie que beaucoup jugeaient trop risquée. Les nouvelles écoles ont poussé comme des champignons, le ranking au CPE a été aboli et c?est toute l?éducation qui a été mise sur de nouveaux rails.
■ <B> Démocratisation de l?économie</B>
Ce sujet est devenu le cheval de bataille de l?opposition mais il figurait déjà au programme MSM-MMM de 2000. Le seul problème est que chacun a sa propre conception de la démocratisation de l?économie. En attendant d?arriver à une définition commune, la participation des employés à l?actionnariat de leurs entreprises reste un vain mot. La vente d?un pour cent des actions de Mauritius Telecom à ses salariés vient d?être annoncée pour la énième fois?
■ <B> Santé</B>
Globalement, la santé publique se porte mieux. L?introduction de services high-tech, la construction de nouveaux hôpitaux, et la multiplication des caravanes de santé ont aidé à soulager les maux. Mais les salles d?hôpitaux sont toujours bondées et les queues interminables ne se comptent plus dans les Outpatients Departments.
■ <B> État-providence</B>
Le MSM-MMM a été malhabile dans sa tentative de réformer le système des pensions. Le tollé soulevé n?a fait que retarder davantage un procédé qui aurait dû être complété depuis belle lurette. La montée du chômage et les licenciements de la zone franche ont accentué la pression, mais le MSM-MMM a réussi une bonne partie de son pari.
■ <B>Nouvelle économie</B>
Le gouvernement s?est donné le moyen de ses ambitions pour faire de Maurice une cyberîle. La création de la cybercité, la construction de la cybertour et la vulgarisation de l?outil informatique sont des exemples concrets. Le gouvernement est allé au-delà de son programme en libéralisant les télécommunications un an à l?avance. N?empêche que le concept de cyberîle a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de séduire la population.
■ <B>Culture</B>
Le gouvernement a tenu sa promesse de décréter deux jours fériés pour commémorer l?abolition de l?esclavage et l?arrivée des travailleurs engagés indiens. Il a créé les centres culturels prévus. La salle de spectacles promise s?est matérialisée par ricochet. Le Centre Swami Vivekananda permet à Maurice d?accueillir des spectacles de haut niveau.
■ <B>Rodrigues et les îles</B>
Le concept de l?Etat archipel a effectivement pris forme sous le régime actuel. Rodrigues est aujourd?hui administrativement autonome. Les Rodriguais ont voté pour élire les membres de leur Assemblée régionale. L?aéroport de Plaine-Corail est également desservi par des vols directs de la Réunion. Le développement d?Agalega est en bonne voie avec la réhabilitation de la piste d?atterrissage, le démarrage prochain d?une liaison aérienne et la construction d?un hôtel de luxe.
■ <B>Administrations régionales</B>
Les municipalités et conseils de district ne sont pas plus autonomes qu?en 2000. L?introduction de nouvelles lois n?a pas eu lieu. Les collectivités locales dépendent encore trop du pouvoir central. Malgré des améliorations, la participation citoyenne à la gestion des villes et villages reste limitée.
■ <B>Jeunesse & Sports</B>
La jeunesse a retrouvé son souffle au cours des cinq dernières années, même si tout n?est pas rose. La rénovation des stades, la construction de nouveaux complexes sportifs et la tenue des Jeux des Iles de l?océan Indien ont été des succès. La grosse tache au palmarès demeure la relance mitigée du foot. La régionalisation n?était peut-être pas le remède miracle pour sauver le sport-roi.
■ <B> Fonction publique</B>
Le statu quo aura duré cinq ans. Il est vrai que l?écart des salaires entre le public et le privé s?est amenuisé, mais n?empêche que la grande réorganisation attend toujours. L?efficience aussi.
■ <B>L?Exécutif</B>
Le poste de Junior Minister a été aboli au profit de celui de Private Parliamentary Secretary. Le nombre de ministères n?a toutefois pas été réduit contrairement à ce qui avait été promis durant la campagne électorale de 2000.
■ <B>Environnement</B>
La Police de l?environnement promise est bien en place mais les pollueurs font toujours la fête. Maurice s?enlaidit peut-être chaque jour mais le civisme n?est pas que l?affaire du gouvernement. Celui-ci a innové en introduisant l?essence sans plomb et d?autres mesures mais a également reculé sur d?autres jugées trop «impopulaires». En fin de compte, le succès au niveau environnemental sera jugé par la quantité de plastique traînant dans les rues tous les jours.
■ <B>Transport</B>
La congestion routière existe toujours. Les modifications ici et là ne suffisent pas. Le gouvernement s?est contenté de solutions faciles, évitant d?investir massivement pour déboucher les principales artères du pays. La décentralisation des bureaux administratifs de Port-Louis, la création de bus lanes, ainsi que la construction de nouveaux terminus aux entrées de la capitale restent un mythe. L?introduction du métro léger demeure tout aussi floue.
■ <B>Services publics</B>
La gestion de l?énergie est passée à un niveau supérieur sous l?administration MSM-MMM. La crise financière du Central Electricity Board a été résolue. Toutefois, il n?est plus question d?accord de partenariat avec un opérateur stratégique étranger. Le gouvernement a également gelé toute tentative de trouver un partenaire stratégique pour la Central Water Authority. Il a par contre déclenché la guerre prévue contre les fuites et perditions dans le réseau d?eau potable. Un régulateur indépendant pour les utilités publiques a également vu le jour.
■ <B>Relations Industrielles</B>
Le gouvernement s?est imposé en bon médiateur dans les conflits entre patrons et syndicats. Tout cela ne masque cependant pas le remplacement avorté de l?Industrial Relations Act, et ce à la veille de la dissolution du parlement. Ce sujet pourrait se transformer en cheval de bataille lors des prochaines législatives.
■ <B>Égalité des chances</B>
L?Equal Opportunities Bill a finalement montré le bout de son nez lundi dernier. Cette loi avait pourtant été promise en 2000. Une version du projet de loi est en circulation. Elle prône l?égalité des chances pour tous. Les homosexuels sont toutefois exclus. Elle traite aussi des cas de harcèlement sexuel ou d?intimidation.
■ <B> Audiovisuel</B>
Le MSM-MMM a presque réussi son pari au niveau de la libéralisation des ondes. L?Independent Broadcasting Authority est en place et Maurice compte aujourd?hui trois radios privées. La démission-révocation d?Ashok Radhakeessoon a prouvé que l?IBA n?était pas aussi indépendante que cela.
Le gouvernement n?a toutefois pas tenu sa promesse de privatiser la troisième chaîne de la MBC. Cinq ans après avoir promis une «véritable libéralisation des ondes», le MSM-MMM dirige un pays qui ne compte aucune télé privée locale. Aucune nouvelle législation n?est venue remplacer la très obsolète MBC Act. Résultat : les gouvernements changent mais la MBC continue à subir les coups bas des politiciens et des associations socioculturelles.
■ <B>Corruption</B>
Certaines institutions internationales insistent que la corruption a augmenté à Maurice. Le gouvernement MSM-MMM a tenu sa promesse d?instituer l?Independent Commission against Corruption (Icac). Cette instance a longtemps pataugé en raison de conflits intestins avant de fonctionner véritablement. Les enquêtes de l?Icac ont certes fait sensation, mais la première condamnation d?un corrompu traduit en justice via l?Icac se fait toujours attendre.
Dans son programme, le MSM-MMM avait annoncé une série de mesures pour combattre la corruption, mais la plupart d?entre elles restent à être concrétisées. Comme la promulgation d?une Freedom of Information Act.
■ <B> Police</B>
En 2000, le MSM-MMM avait fait du Law and order son cheval de bataille. Les statistiques démontrent que le nombre d?offenses est en baisse, mais le public n?y croit pas. Le sentiment de sécurité a toutefois augmenté dans la majeure partie du pays. La National Intelligence Unit a été dissoute et remplacée par un organisme ayant presque les mêmes attributions.
Le Police Complaints Board reste un mythe même si la Commission des Droits de l?Homme enregistre des plaintes contre la police. Le combat contre la drogue reste inadéquat. Selon les calculs, un minimum de 1,8 tonne de drogue circule chaque année dans le pays, ce qui permet aux trafiquants d?empocher presque Rs 6 milliards ? 2 % du produit intérieur brut du pays.
Le Narcotics Bureau devait chapeauter tous les organismes impliqués dans la lutte contre la drogue. Il n?a toujours pas été créé. La police, la douane et l?immigration n?ont pas les moyens sophistiqués promis.
■ <B> Logement</B>
Le MSM-MMM a respecté ses promesses de loger les plus démunis de la société. Le problème est loin d?être entièrement résolu mais il n?est plus aussi critique qu?en 2000. La construction de logements sociaux, le transfert des habitants des Dockers? Flats et l?amélioration des facilités pour ceux construisant leurs maisons ont été des mesures populaires.
■ <B>Réforme électorale</B>
Beaucoup de bla-bla qui n?a abouti à rien. La Commission Sachs et le comité Collendavelloo ont fait ce qu?il fallait, mais tout a fini au fond d?un tiroir. Jusqu?à ce que le gouvernement ne ressorte le dossier au beau milieu du scandale nTan-MCB. La proportionnelle ne sera pas appliquée lors des prochaines élections générales. La question du financement des partis politiques reste également entière alors que le programme électoral de 2000 y consacre deux pages.
Le 1er mai, l?alliance MSM-MMM présentera sans doute les grandes lignes de son prochain programme. Elle annoncera aussi également ce qu?elle a jalousement gardé depuis des mois : la date des élections. Pourtant, en 2000, elle disait que «c?est plutôt la commission électorale que le gouvernement qui doit décider de la date des élections comme cela se fait en Inde». A bon entendeur?
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