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Mise en perspective

20 avril 2005, 00:00

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C?est entendu. La République n?est qu?une vaine ambition sémantique. Bien plus réelle est cette bigoterie ambiante qui anime quelques groupuscules. La veille d?une élection est une occasion rêvée pour eux de procéder au marchandage. Le mécanisme est connu et il ne devrait pas étonner. Pourtant, ce qui est en train de se passer ces jours-ci, autour du ?Muslim Family Council?, dresse trop explicitement le piège d?une logique dichotomique pour qu?on s?y laisse entraîner. Entre le radicalisme républicain des uns et le différentialisme islamiste des autres, il y a suffisamment de nuances pour éviter les lectures simplistes.

Il convient ainsi de rappeler que le principe laïque n?a jamais été un acte fondateur de la République mauricienne. Au-delà des aspirations citoyennes profondes, cela est peut-être en fin de compte une bonne chose. Mais, aussi longtemps qu?on ne tranchera pas dans le vif du sujet, on laisse le champ libre à une multiplicité d?interprétations potentiellement source de conflits. C?est ce que révèle la politique multiculturaliste du gouvernement. Les non-dits ont fini par empoisonner ce débat. Aujourd?hui, il subsiste encore des interrogations légitimes sur la politique gouvernementale par rapport à ce dossier.

C?est pourtant une manière très mauricienne de traiter la question au-delà d?une adhésion dogmatique aux thèses laïques. Il ne faut pas se leurrer. C?est dans la forme que le monde occidental a évacué de son champ politique et discursif la question religieuse. Dans le fond, la consécration de la pensée judéo-chrétienne rend caduque toute tentative de remise en question. Ce qui n?a pas force de loi mais est ancré dans l?imaginaire et le quotidien des Occidentaux du fait que la laïcité s?inspire d?une tradition, d?une histoire et d?une expérience religieuse précises.

Avec l?éventuelle réactualisation du ?Muslim Family Council?, il y a chez les modérés une tentative de conciliation entre la liberté religieuse et le principe républicain. Pour d?autres, une minorité de musulmans, c?est une théorisation du droit à la différence. Une victoire, en somme, ?symbolique? mais qui ouvre la voie à une dérive différentialiste sur laquelle ne manqueront pas de s?appuyer les extrémistes en tous genres.

Sur la question de la ?Muslim Personal Law?, hormis les ambitions absolutistes et les fantasmes religieux de quelques-uns, il est un fait que la majorité de musulmans n?est pas descendue dans la rue pour réclamer ses droits. Il est également vrai que la redéfinition du rapport entre la religion et l?Etat passe par une mise à l?écart de la référence religieuse pour mettre en relief des problématiques philosophiques. A l?heure où le pluralisme est devenu une expression à la mode, il aurait été plus adéquat de parler de pluralisme religieux dans le cadre d?une République citoyenne. Les prises de position auraient été moins antinomiques.

Or, au lieu d?amener les citoyens à développer une vision intégrationniste de la République, on est en train de véhiculer une conception communautariste de cette République. Cela a pour effet de conforter une lecture réductrice de certaines pratiques religieuses et islamiques. Ce n?est pas le but recherché mais c?est le résultat obtenu. Tout citoyen appartennant à une religion, quelle qu?elle soit, attend de l?Etat une démarche qui tend à éliminer les clichés dépréciatifs dans le jeu de représentation interethnique. L?île Maurice s?éloigne de cet horizon.

Aujourd?hui, l?image qui reste dans l?imaginaire collectif est celle d?un remuant agent politique assis à la même table de quelques dignitaires religieux martelant un florilège de revendications et donnant de la voix sur un dossier concernant une communauté qui se serait bien passée d?être ainsi projetée au devant de la scène.

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