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Autour de Khal Torabully, poète de la coolitude

11 avril 2005, 00:00

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Khal Torabully a présenté la semaine dernière, à la mairie de Curepipe, en présence de Jayen Teeroovengadum, maire de la ville, son dernier recueil de poèmes, Mes Afriques, mes ivoires (l?Harmattan 2004), et Missives (Paris 2004), la Revue de la Société littéraire de la Poste et de France Télécom, dont il a offert des exemplaires à la bibliothèque Carnegie pour consultation.

Publié dans la collection Poètes des cinq continents, chez L?Harmattan en 2004, Mes Afriques, mes ivoires, préfacé par Tanella Boni, a été écrit suite à une bourse de création du Centre national du livre 2002. Les poèmes, traduisant les impressions du poète lors de son séjour en Côte d?Ivoire, sont ainsi nés de la tragédie ivoirienne.

Le recueil est présenté en trois parties, La passerelle d?Abidjan, Indes Afriques et Mon pays est de tous les visages. C?est un voyage dans l?espace et dans le temps. Mais au-delà de son parcours géographique, imprégné d?une forte sensibilité, l?itinéraire du poète-voyageur dévoile sans conteste les traces d?une quête de l?idéal.

Avec inquiétude et douleur inénarrable, le poète qui vient ?du loin où la parole trébuche?, part à la conquête d?un espace-temps révolu, perdu définitivement. Les vers qui naissent de ce pèlerinage poétique sont donc un poignant cri à la fois de nostalgie et d?espoir : ?Je porte au dos ce crime commis contre nous / Je témoigne par ce crime commis contre toi / Je te nomme génocide?.

Puisque ses Afriques, ses Indes et ses ivoires sont les nôtres, nous les insulaires, ses cris sont alors les nôtres également : ? je trace le mot de nos cris tenaces?. C?est un appel au secours ; c?est un appel à notre sensibilité, mais non sans une certaine violence : ?je veux pousser ma colère dans ta gorge?.

Ses refus et ses aspirations sont le fondement même de toute sa poésie. Ils traduisent la volonté de la part du poète de s?unir à la terre de ses ancêtres ; ils traduisent la quête même d?une liberté légitime : ?Je veux que le destin libère les captifs?, afin que ?l?histoire soit noble?.

Il aspire à la liberté ; il aspire au silence. On l?aura compris. Certainement pour consolider ses moyens de défense : ?Je viens au premier silence pour t?assurer de mon innocence?. Mais ce silence, il le cherche parmi les bruits : ?Le silence m?attend dans le battement du tambour?. Et voilà que faisant, ?le porte à porte des vagues sans demeure?, il découvre qu?il fait ? peur à l?enfant nocturne?.

Liberté légitime

Cependant, et plus que jamais, à travers cette poésie lacrymale de voyage, c?est tout le moi intime du poète même qui se dessine. Celui qui se présente comme le ?poète de l?arbre qui s?effrite?, ou ?le curry recomposé à l?aloko? est aussi celui qui se fait ?l?enclave du méridien qui parle au nom des (siens)?. Poète de liberté, poète de l?enracinement, sa présence reste indéfinie. ?Personne effacée du méridien?, coincée entre une Afrique qui l?aspire dans ses entrailles et une Afrique qui le libère, le poète ne sait pas s?il respire ou s?il étouffe : ?L?Afrique m?enserre, sa terre me libère??

Missives, la Revue de la Société littéraire de la Poste et de France Télécom, publié à Paris, a consacré son 4e numéro au thème de la coolitude. C?est revue semestrielle regroupe une série de textes tirés des ?uvres déjà parues, de différents auteurs, dont Ananda Devi, Natacha Appanah-Mouriquand, Abhimanyu Unnuth, Loys Masson, J.M.G. Le Clézio, Jean-Régis Ramsamy, et Khal Torabully lui-même, entre autres, ainsi qu?un entretien avec Sanedip Bhimjee, chorégraphe.

Elle inclut également des études et des réflexions sur ce thème faites par des auteurs de renom international comme Maryse Condé, Marina Carter et Véronique Bragard. De Hubert Gerbeau, historien et universitaire d?Aix-en-Provence, on lira un texte qui a fait l?objet de son intervention à une table ronde.

La venue de Khal Torabully à Maurice est due à la participation d?Air Mauritius, représenté par M. Atchia qui a tenu à souligner l?intérêt que porte l?entreprise pour le foisonnement de la culture et de la littérature mauricienne. Khal Torabully, Mes Afriques, mes ivoires, l?Harmattan, 2004, et Missives ? coolitude, n° 4, Paris 2004, disponibles pour consultation à la bibliothèque Carnegie de Curepipe.

PORTRAIT

Le lauréat insulaire

■ Né à Maurice, Khal Torabully, auteur d?une quinzaine d?ouvrages, a choisi de s?installer à Lyon où il vit depuis 1976. En 1998, il reçoit le Prix Missives de France Télécom. Il est lauréat de Lettres Frontière (Suisse Romande, Rhône-Alpes) et reçoit les prix du Salon International du Livre Insulaire en 2000 et la Bourse de Création du Centre national du livre la même année. Il a également réalisé quatre documentaires dans une douzaine de pays et est concepteur de l?exposition Malcolm de Chazal à l?île Maurice.

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