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Un guérisseur assassiné sous la grande croix

10 avril 2005, 00:00

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Respirant par saccades, Sharda n?arrive pas à se faire à la fin ignoble qu?a connue son époux, Jaylall Seemanto. Cet ancien « pion » d?école primaire, âgé de 59 ans, a été tué à coups de barres de fer à l?emplacement de la grande croix, au cimetière de Bois-Marchand, à Terre-Rouge, vendredi soir.

Le visage baigné de larmes, Sharda ne comprend pas comment des gens ont pu s?acharner de la sorte sur son mari. Il était pourtant un guérisseur réputé dans le Nord. Les malades et les personnes qui avaient des problèmes affluaient à son domicile, à la Cité EDC, à Plaine-des-Papayes.

Une demi-heure avant sa mort, Jaylall avait mis cap sur le cimetière de Bois-Marchand en compagnie de son aide, un voisin de 16 ans. Il devait y rencontrer un homme dont la fille était gravement malade pour effectuer des rites pas très nets.

Dans son sac plastique, il avait apporté tout son attirail : une bouteille de rhum, un cierge, de l?encens et du camphre. L?obscurité de ce lieu ouvert à tous est propice, car elle permet de cacher sa petite besogne.

Le client était au rendez-vous. Ils se sont tous trois dirigés vers la grande croix, se faufilant entre les tombeaux réservés aux défunts d?origine chinoise.

Jaylall s?apprêtait à allumer un cierge sous le monument vers les 19 h 20, lorsque trois hommes cagoulés ont surgi d?un fourré situé à côté. Deux d?entre eux étaient armés de barres de fer.

Ils se sont jetés sur lui, l?ont violemment roué de coups jusqu?à ce qu?il tombe à terre. Jaylall est à l?agonie, le dos et la tête en sang, quand ses agresseurs arrêtent de le marteler de coups.

<B>Deux possibilités envisagées</B>

Après avoir menacé son jeune aide, ils ont disparu entre les sépultures, tels des fantômes. Le client s?est aussi évaporé dans la nature.

La police est appelée à la rescousse. Le SAMU arrive également et tente de sauver Jaylall. Mais le guérisseur est grièvement blessé.

Lorsqu?il est pris en charge par le service d?urgence de l?hôpital du Nord, situé à quelques encablures de là, il est clair qu?on ne pourra rien pour lui. Il succombe à ses lésions à la tête quelques minutes plus tard.

Depuis, l?équipe de l?inspecteur Bhojesh Domun de la CID de Terre-Rouge, épaulée par des limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT) s?est lancée dans une véritable chasse à l?homme.

La vie de Jaylall, ses dernières rencontres, ses récents rendez-vous... Rien n?est négligé. Hier matin, malgré la pluie battante, le lieu du crime a été passé au peigne fin.

Deux possibilités sont envisagées : soit le guérisseur a été tué sur les ordres d?un client mécontent de ses invocations, soit un « collègue » voulant reprendre sa clientèle a commandité son assassinat?.

C?est plausible. Le cimetière de Bois-Marchand est tristement célèbre pour ses vols avec violence, dont certains ont fini en crime sanglant. Le 31 décembre, le taximan Abass Goolam Hossen n?a-t-il pas été tué et jeté à cet endroit malfamé ? Mais dans la présente affaire, rien n?a été emporté.

Le témoignage du jeune voisin et les déclarations des membres de la famille Seemanto le confirment. Sa gourmette, sa bague, sa montre et sa moto leur ont été restituées.

En pleurs, Poonam, l?une des belles-filles de Jaylall confie que le vieil homme avait été contacté par un homme en milieu de semaine pour des prières pour sa fille malade. Jaylall lui a donné rendez-vous en face d?un temple tamoul?

Mais le mystérieux interlocuteur s?est ravisé à la dernière minute, Poonam accompagnant souvent son beau-père dans ses rites. « Linn sone pli tar linn dir pa amenn madam. Vandredi monn trouv li pe ale, monn dir li pa bizin, atann mo vinn ar li, me li pann oule. »

<B>« Dime apre dime nou pou gagn zot »</B>

Le fils aîné du disparu, Sunil, fulmine. Il jure de venger la mort de son père. « Nou sinq garson. Seki zot inn fer nou papa, zot pou peye sa, dime apre dime nou pou gagn zot. »

« Nou oule lazistiss », s?emporte Poonam dans un torrent de larmes.

« Nu papa ti enn bon boug, Li ti dan gouvernma. Li ti caretaker. Mo pa kapav dir si li ti ena lennmite », ajoute Sunil.

« Mo pa konn so detayman ki linn al fer laba. Li pa ti fer move travay. Li ti bien religie », poursuit-il en montrant deux statues noires de la déesse Kali en face de la modeste case qu?occupait Jaylall avec Sharda. « Depi mo ena konesans mo kone li fer laprier. Li okip dimoun malad et malere. Me zame linn demann kass, li kontan ede. Seki dimounn la donn li li pran? »

Les cheveux défaits, Sharda fixe la civière de bambous et de feuilles de cocos qui transportera Jaylall au brasier. Dès que les proches réceptionneront le corps, les prières seront dites et ce sera l?heure des adieux.

A 15 heures hier, les limiers, sous la supervision du surintendant Bala Kamatchi, avaient questionné plusieurs personnes pour remonter jusqu?au dernier client de Jaylall et éventuellement ses assassins. Une demi-douzaine de noms figure sur la liste des suspects potentiels. Des développements étaient à prévoir dans la soirée d?hier?

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