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Une mère et ses trois enfants à la rue

9 avril 2005, 00:00

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«Mo anvi gagn enn lakaz !» C?est le souhait de Jimmy Neerputh, neuf ans. Il y a un mois, son père l?a chassé, de même que sa mère et ses deux frères, de leur maison de Roches-Noires. Ils ont bien été hébergés pendant deux semaines ? soit le délai autorisé ? à l?abri d?Albion. Mais il a fallu partir. Depuis 15 jours, ils vivent à la belle étoile. Ils doivent, chaque soir, trouver un coin où passer la nuit. Sans ressource, ils sont obligés de mendier pour trouver de quoi se mettre sous la dent.

Rolande Berthelot accuse plus que ses 37 ans. Brûlée accidentellement l?an dernier, alors qu?elle allumait une cuisinière à gaz, elle porte des profondes cicatrices de la tête aux pieds. Assise sous un arbre, entourée de ses enfants ? Stéphane, 11 ans, et Jimmy et Jésus, 9 ans ? son regard vacille de temps en temps.

Elle se trouve dans la cour d?une villageoise à Plaine-des-Roches. Une bonne Samaritaine qui leur a donné à manger et permis de prendre un bain. Un moment de réconfort et de bien-être mais de courte durée. Car en fin d?après-midi, il a fallu reprendre le chemin des rues?

Il y a 20 ans, Rolande Berthelot, originaire de Petite-Rivière, fait la connaissance de Vijay Neerputh. C?est le coup de foudre mais leurs parents respectifs ne voient pas leur relation d?un bon ?il. Ils passent outre et se mettent ensemble. Trois enfants naissent de leur concubinage. Ils vivent, dans la même cour que les proches de Vijay, dans une petite bicoque. Ce n?est pas le rêve mais ils sont tranquilles. Du moins pour quelques années.

Puis c?est le début du cauchemar. «Vijay koumans sanze, confie Rolande, li zalou pou nanie.» Elle n?est pas au bout de ses peines car son conjoint souffre aussi de troubles mentaux. Ce qui amplifie sa jalousie maladive à tel point qu?il doit subir des traitements réguliers à l?hôpital psychiatrique de Beau-Bassin. Ne pouvant plus travailler, Vijay bénéficie d?une prestation sociale.

Au mois de mars, la vie du couple devient infernale. Rolande se plaint d?être battue. Elle s?en remet au ministère de la Femme qui porte l?affaire devant le magistrat de la cour de Mapou. Vijay demande alors la séparation mais puisqu?il n?est pas marié à Rolande, cette dernière et ses enfants se retrouvent à la rue.

Entre-temps, Vijay se présente à la Child Development Unit de Goodlands pour essayer de résoudre leur problème. Rolande et les enfants regagnent le domicile familial. C?est trop beau pour être vrai. «De trwa zour apre li rekoumans trape bate», affirme Rolande.

En pleine alerte II du cyclone Hennie, Vijay embarque Rolande et leurs trois fils. Direction : l?abri d?Albion. Mais ce dernier ne peut les accueillir car ils ne sont pas en possession d?une autorisation. «Vijay finn kit nou laba dan lapli», continue Rolande d?une voix cassée. « Mo papa inn zet nou sak lekol dan touf», ajoute un des garçons. Rolande se rappelle avoir marché jusqu?au poste de police d?Albion pour chercher de l?aide. Un policier a bien téléphoné à tous les abris, mais il n?y avait aucune place disponible. Un autre, selon Rolande, leur aurait lancé : «Madam ou pa pou kapav res la, al dormi enba pie lafous.»

Elle en appelle aux ministères de la Femme et de la Sécurité sociale ainsi qu?à la générosité des Mauriciens pour leur venir en aide. Hier soir encore, Rolande et ses trois enfants erraient à la recherche d?un endroit. Pour combien de temps encore devront-ils installer des cartons à même le sol ? Pour oublier, ne serait-ce que le temps de dormir, leur triste sort?

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