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L?adieu à Jean-Paul II

9 avril 2005, 00:00

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Longues les trois heures devant la télé ? Pas tout à fait. Tout était pensé comme pour une comédie musicale à succès. Une pièce sans entracte et sans temps morts. Pas de larsen ni de fausses notes de la chorale de la Chapelle Sixtine.

Les funérailles du pape Jean Paul II ont tenu nos yeux rivés au petit écran hier. Avec la vive sensation de vivre l?Histoire en direct. Le requiem à la mémoire du pape n?a pas raté sa représentation unique. Elle a d?ailleurs été ponctuée de nombreux standing ovation.

Mains jointes du million d?anonymes venus jouer des coudes, du mouchoir et des drapeaux, à la Place St.-Pierre. Mains officielles du parterre ultra-select composé de 200 personnalités, majoritairement des chefs d?Etat et de gouvernement. Une galerie de portraits qui a pris un sens particulier quand les caméras se sont arrêtées sur le Premier ministre Paul Bérenger. Une image qui a soulevé en nous une pointe de patriotisme, la fierté de voir notre pays tenir sa partition dans le concert des nations.

Les obsèques de Jean Paul II ont eu lieu dans un décor somptueux, un concept de jardin à la française cultivé en terre romaine. Tout en haut des marches de la basilique St.-Pierre : la pourpre des cardinaux. Au pied de l?autel, d?un côté, le blanc éclatant du reste du clergé. De l?autre, les costumes sombres des personnalités. Un plateau agencé de manière à nous faire presque sentir le souffle chaud de l?encensoir, tellement le ballet des caméras était réglé sur le mode de l?émotivité.

<B>AVIDITÉ MÉDIATIQUE</B>

Les vues aériennes écrasantes de grandeur ont alterné avec les zooms sur les fenêtres de l?appartement papal. Nous avons arpenté de l??il cette place chargée de symboles. Comme si nous y étions ! Pas un seul recoin ne nous a échappé.

C?est en quasi simultané que les téléspectateurs ont suivi la maladie et l?agonie du pape. C?est avec la même avidité médiatique que nous avons englouti les images de sa mort. D?abord son cadavre exposé pour la veillée, puis ses obsèques et enfin son inhumation. Les caméras, qui n?avaient pas raté une miette de ses souffrances physiques, ont filmé jusqu?à l?emplacement de sa crypte et la descente du cercueil.

Les gros plans sur les visages dans la foule, marqués par le manque de sommeil ont achevé de jouer à fond la carte de l?hommage unanime pour abolir les frontières.

D?abord celle de la langue. Latin, anglais et français, mais aussi swahili et philippin. La télévision a rempli au maximum son rôle fédérateur. Des fenêtres se sont ouvertes pour montrer des messes à Notre-Dame-de-Paris, à Kirkuk en Iraq, à Cracovie en Pologne. Un rapprochement ponctué par l?insistance de la télévision française à montrer que l?ordre alphabétique avait placé le couple présidentiel américain à côté du couple Chirac. Même mort, Jean Paul II a alimenté le débat politique, les commentateurs de France Télévision n?hésitant pas à spéculer sur un éventuel rapprochement américano-français.

<B>ANECDOTES PIQUANTES</B>

Le rythme des trois heures de direct sur MBC 1, a été largement soutenu par les commentaires sobres et documentés du plateau de France Télévision. Explications détaillées des rites catholiques, de la hiérarchie de l?Eglise, des traditions ecclésiastiques, «que la Bible est traduite en 1 950 langues» ont meublé les blancs. Les commentateurs ont tout fait pour se mettre à la portée du plus grand nombre. Ce qui n?a pas empêché leur ton circonstancié de sombrer parfois dans la pédanterie avant de se rattraper avec quelques anecdotes personnelles piquantes.

Pendant ce temps, le personnage principal ? inhumé dans un double cercueil ? n?a cessé de récolter des applaudissements fournis. Les temps forts de la vie de Jean Paul II ont défilé sur le petit écran en même temps que les images de ses funérailles. Juxtaposition du passé et du présent pour mieux ouvrir sur l?avenir : la foule scandant des demandes pour sa canonisation.

<B>Témoignage :

«Je suis profondément triste»</B>

Yvonette César, de Plaisance-Rose-Hill, vit à Rome. Âgée de 50 ans, elle est mariée à un Italien, mère de deux enfants et responsable de l?Association mauricienne à Rome. «Je n?ai pas dormi depuis l?annonce de la mort du Pape Jean Paul II samedi dernier. Je suis écrasée de tristesse.»

Sur écran géant, elle a assisté, à la Basilique St.-Paul à dix km du Vatican, aux funérailles du pape. «Même à cette distance, les routes grouillaient de chrétiens et de non chrétiens du monde entier, venus rendre un hommage à cet homme hors du commun. Je n?ai jamais vu autant de personnes tristes dans les rues de Rome.» Yvonette César s?est ensuite rendue à l?aéroport, le temps de saluer le Premier ministre Paul Bérenger, venu assister aux funérailles.

Cybile, une autre Mauricienne, a eu la chance de pouvoir se recueillir devant la dépouille de Jean Paul II après plus de 12 heures d?attente. Elle ne trouve pas les mots pour décrire ses sentiments à ce moment précis?

Une messe sera dite par le père Harel, dimanche à Rome, pour le repos du pape Jean-Paul II. Une célébration où de nombreux Mauriciens, vivant en Italie, sont attendus.

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