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?J?ai besoin de liberté??
>Jeune joueur et plus tard durant votre carrière, vous a-t-on préparé à l?après-football ?
Non, on n?est pas préparé par le milieu du foot à ça. Moi, je l?étais parce que j?avais ma famille, mes amis qui m?ont permis de garder les pieds dans la réalité. C?était trop simple de tomber dans la facilité. On est quand même très assisté, de très jeune, à 15 ans.
>C?est ce qui vous a permis d?avoir une certaine liberté très tôt...
C?est sûr que ça amène à la liberté en effet. Si tu n?as pas prévu d?autres possibilités, à ce moment là, tu deviens soumis. D?un autre côté, ces issues là offrent parfois une trop grande liberté. Il faut faire attention, trouver le bon équilibre.
>Ça a forcément forgé votre caractère...
Je pense que oui. Je remercie mes parents de m?avoir laissé partir de chez moi à 15 ans même si pour eux, autant que pour moi, ça a été difficile d?être séparés. Ma mère pleurait à chaque fois que je devais repartir quand je venais en vacances pour une semaine. Elle le faisait après que je sois parti sur les conseils de mon père qui lui avait demandé surtout de ne pas me déstabiliser par ses vrais sentiments.
>Progresser dans la vie, c?est quoi ? Être toujours libre ?
Je crois avoir toujours été à la recherche de cette liberté. Y compris quand je suis arrivé en Angleterre. Un moment, j?ai pris conscience de la notion de passage, n?appartenir à rien et n?attendre rien de personne. J?avais tendance à attendre beaucoup étant donné que je donne beaucoup. Comme je suis très exigeant, tu es constamment insatisfait. Tu crois toujours que l?on te donne pas assez. Et là, tu rentres dans un système de paranoïa vu que tu as une certaine sensibilité par rapport aux relations que tu as avec les autres. À Manchester, ils ont très bien compris cela. Le président a toujours dit à tous et continuellement, si Éric a envie de partir, il part demain. C?est ce que n?avait pas compris Bernard Tapie. Lui, il a essayé de m?enchaîner. Il n?avait rien compris.
>Cette notion de passage, cela signifie quoi au juste ?
Je crois que je suis un peu claustrophobe. Tout se rejoint. J?ai besoin d?espace, de liberté, le besoin de savoir que j?ai une possibilité d?être ailleurs. Si tu me dis que je suis ici et que je peux partir demain, alors je pense pouvoir peut-être rester. En revanche, si je suis ici et que tu veux que je reste, je ferai tout pour me déchaîner. Dans tous les sens du terme.
>A une certaine époque de votre carrière, surtout lorsque vous jouiez en France, on vous a reproché de manquer de régularité voire de choisir vos rendez-vous...
Je peux dire que j?ai réussi à 90% tout ce que j?ai pu tenter sur un terrain. Mais je n?ai jamais choisi mes rencontres. Je suis parti de France à 25 ans or beaucoup de joueurs réussissent entre 25 et 30 ans. Pourquoi ? Parce que tu as acquis une certaine expérience tout simplement. Au début, tu es très irrégulier comme tous les autres joueurs. Plus tu vieillis, plus tu es régulier. Maintenant, à la différence des autres, c?est que parfois, dans les grands rendez-vous, j?étais là. Mais cela ne veut pas dire que je négligeais le reste.
>Vous n?avez jamais trop parlé de votre carrière en France, on a parfois l?impression que cette période ne vous plaît pas particulièrement...
Je ne crois pas. D?Auxerre par exemple, j?en ai toujours dit du bien. J?étais adolescent, un peu rebelle. Je n?avais pas mon père à emmerder, donc j?emmerdais Guy Roux. Mais c?est mon deuxième père Guy Roux et il le sait.
>Marseille, ça reste inabouti...
Oui pour plein de raisons. Ce n?était pas l?idée que je me faisais du foot.
>Vous ne pourriez plus donc y jouer maintenant ?
A notre époque, je crois que c?était pire que maintenant. En fait, je joue au foot comme un joueur de casino. Je ne veux pas savoir à l?avance si je vais gagner. Un joueur de casino, si tu lui dis qu?il va gagner de l?argent, il n?y va pas. Le mec, il a besoin d?adrénaline.
>D?adrénaline, vous en avez eu un maximum en Angleterre où vous avez réalisé des gestes hors du commun. Comment expliquez-vous cette multiplication de coups de génie ?
J?ai toujours aimé le beau jeu. J?ai toujours défendu cela. J?avais aussi une certaine liberté mais la liberté se gagne. J?en avais plus à Manchester.
>Est-ce un regret de ne pas avoir gagné un trophée en équipe de France ?
Quand tu es gamin, ton rêve est de gagner une Coupe du monde. Mais comme je le disais, pas à n?importe quel prix. J?aurais aimé la gagner avec des gens que j?aime. Et je préfère ne pas l?avoir gagné avec des gens que je n?aime pas.
>Y a-t-il des équipes de France qui vous ont marqué ?
Oui, celles de 1982, de 1986. Je parle du système de jeu, de schéma tactique. J?aimais ce jeu-là avec quatre milieux de terrain dont trois joueurs offensifs. Comme en 1982, Giresse, Genghini (ou Six) et Platini.
>Regrettez-vous qu?il n?y ait pas plus justement de personnalités aujourd?hui ?
C?est un peu dans tous les sports que l?on dit cela. C?est le cas en tennis aussi. Je ne sais pas si c?est parce que l?on devient de vieux ringards nostalgiques ou si c?est la réalité. On a toujours tendance à croire que c?était mieux avant.
>Tout de même...
Ce qui change sans doute, c?est qu?il y avait auparavant une dizaine de personnalités dans le monde : Maradona, Valdano, Gascoigne, Baggio et d?autres. Maintenant, c?est différent. C?est parce que t?as un certain pouvoir, tu vas prendre une fille qui va t?habiller, tu vas prendre un look. C?est comme si on me disait qu?un mec comme Florent Pagny avait de la personnalité. Non, c?est déguisé.
>On vous a souvent demandé quel « pétage de plomb » vous regrettiez, on voudrait vous demander lequel vous revendiquez ?
Tout ce que j?ai fait, je l?ai assumé. J?assume tout. Je me suis servi de cela aussi. J?ai souvent l?envie de créer quelque chose avec ce que j?ai sous la main. C?est intéressant car il n?y a rien de pire que le vide.
>Tout le monde a conté vos coups de génie. Si vous deviez en raconter un qui vous a réellement marqué, que vous avez apprécié ?
Je ne me permettrai pas de raconter de telles choses. Si vous voulez, je vous raconte ce qui m?a plu chez les autres mais me concernant non.
>Vous avez fait beaucoup de publicités. Était-ce les prémices de ce que vous voulez faire après ?
Les seules pubs où je ne suis pas intervenu, ce sont celles de Nike. Pour les autres, j?aimais bien apporter ma touche. Mais c?est un danger la publicité. Il y a de bons créateurs mais il y en a, il faut les comprendre. La pub de Nike par exemple, elle est magnifique. Je ne suis pas le seul à le dire. Partout dans le monde, les gens ont adoré.
>Qu?est-ce qui vous attire dans vos apparitions cinématographiques ?
D?être dans une histoire que je défends, que j?aime. Je suis fier de tous les films auxquels j?ai participé que ce soit dans Le bonheur est dans le pré, Elisabeth, Les enfants du marais, L?Outremangeur. Ce sont des bons films. Il y a eu aussi Mookie, un film pour les enfants qu?aujourd?hui je ne referai sans doute pas. Mais je vois plein de gamins qui me parlent de cela.
>Vous êtes encore débutant dans le cinéma alors que, dans le foot, vous étiez le maître à bord...
Quand tu réalises un truc, tu es toujours le maître à bord.
>Pas quand vous étiez réalisateur. Mais parmi les acteurs, au début, aviez-vous l?impression que vous maîtrisiez votre sujet ou le contraire ?
Ah, au début quand tu rentres dans un milieu que tu ne connais pas, tu as tendance à essayer de prouver et à vouloir trop en faire et c?est un danger. Sur le terrain aussi, il m?est arrivé de faire ça. Mais j?ai eu cette chance déjà d?être télégénique, photogénique. Juste le fait d?être là, c?était déjà ça. J?en ai pris conscience.
>On revient à des choses plus terre à terre. Un éventuel retour dans le football, y avez-vous pensé ?
Pour l?instant non. J?ai pris de nouvelles voies aujourd?hui et je m?y plais. Mais comme je disais tout à l?heure, le fait de partir sur autre chose me fera peut-être revenir là-bas (Manchester). Me dire qu?il y a une possibilité me permet de faire au mieux ce que je fais aujourd?hui et même d?aller plus loin. Et je veux aller au bout.
Source : JIR
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