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Daft Punk
Comment survivre à la mort d?une vague qui vous a portés, à la retombée inévitable d?une tempête qui a gonflé vos voiles ? Daft Punk a été en tête et au coeur d?un phénomène amplifié par l?air du temps, le marketing, l?emballement médiatique et, surtout, l?intuition des membres de ce duo - Thomas Bangalter et Guy Manuel de Homem - catalyseurs inspirés de l?explosion house et techno.
Si l?attente est encore forte, comme l?a prouvé le petit ramdam qui a précédé, sur Internet, la sortie de leur troisième album studio intitulé Human After All, le duo français ne possède plus d?aura messianique dans un monde qui a digéré la révolution électronique, redécouvert les guitares et fusionné l?ensemble dans une suite de clins d?oeil postmodernistes.
Le tranchant de Daft Punk était celui de précurseurs. En 1996, l?album Homework formulait, avec une énergie primitive et un sens époustouflant de la formule, les besoins d?extase physique, le potentiel créatif des punks de la génération home-studio. Assez malins pour transformer l?anonymat de la culture DJ en une puissante imagerie pop, les deux Parisiens, cachés derrière leurs masques de robot, multipliaient le rayonnement de leur coup d?essai grâce à une poignée de vidéos réalisées par des metteurs en scène en devenir (Spike Jonze, Michel Gondry...).
Pour donner suite à ce coup de maître, dont l?impact a suscité mille vocations, le duo avait puisé en 2001 dans ses souvenirs d?avant la techno pour enrichir l?album Discovery de références pop, rock, disco, dans une profusion baroque qui ne manquait pas de panache, en dépit de ses dérives enfantines. On percevait pourtant, dans ce surplus d?images (de dessins animés) et de sons, que la surenchère ne pourrait aller plus loin.
Aujourd?hui, le groupe semble désireux de retrouver son poids de forme. Enregistré rapidement, concentré en dix morceaux, d?une durée totale de 45 minutes, accompagné d?un minimum d?images et d?aucun entretien, Human After All semble espérer retrouver l?instantanéité des débuts. Comme à l?époque de Da Funk ou de Around The World, Daft Punk se concentre sur l?efficacité des boucles et de leur répétition obsessionnelle et les premiers titres démontrent que leur science du gimmick, de la trouvaille accrocheuse, demeure intacte.
Human After All, The Prime Time of Your Life, Robot Rock (premier single tiré de l?album) ou le très kraftwerkien Steam Machine pourraient faire le bonheur de jingles ou de génériques. Mais le duo aspire-t-il à devenir les nouveaux Moby ? Si ce troisième album hérite de la concision de Homework, il retrouve aussi les touches rock et mélodiques que Daft Punk avait insufflées dans Discovery.
Plus de guitare n?assure pourtant pas plus d?humanité. Le superbe Make Love réussit à équilibrer, à la manière suspendue d?Air, cybernétique et émotion. Mais les titres se contentent trop souvent d?une malice trop courte en bouche. Sans parler de francs ratages comme The Brainwasher, dont la techno-rock s?essaie sans succès à la frénésie de Prodigy, ou Television Rules the Nation, qui ne fera pas grand mal à la télé-réalité.
Pas assez radical pour retrouver l?urgence, trop désincarné pour être touchant, Human After All reste un disque distrayant, léger, mais frustrant. Comme si l?intitulé, ?Humain après tout?, était plus un aveu de faiblesse qu?un atout esthétique.
«Pas assez radical pour retrouver l?urgence, trop désincarné pour être touchant, Human After All reste un disque distrayant, léger, mais frustrant. Comme si l?intitulé, ?Humain après tout?, était plus un aveu de faiblesse qu?un atout esthétique.»
Stéphane DAVET Le Monde
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