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Les femmes entre elles
C?est bien beau toutes ces femmes qui font la Une de l?actualité depuis quelque temps, et qui se regroupent pour une même cause. Après tout, il était temps. Les femmes constituent plus de la moitié de la population, et elles devraient avoir leur place au Parlement. Et puis, elles ont tout aujourd?hui pour détenir les pouvoirs. Elles ont des droits, de l?éducation et la solidarité féminine. Mais jusqu?où va cette fameuse solidarité ? Les femmes sont-elles des alliées naturelles ? Les rivalités, qu?on a longtemps considérées comme inhérentes à la « nature » des femmes, se sont-elles envolées ? Aïe, on risque de s?attirer des foudres !
C?est étonnant ce que les femmes sont parfois dures avec? les femmes. Faites le test autour de vous et vous comprendrez. Certaines, sans doute par peur d?être associées aux féministes ? jugées ringardes aujourd?hui ? prennent plaisir à être automatiquement en désaccord avec leurs congénères. De nombreuses femmes vous disent qu?elles préfèrent avoir des amis masculins. Elles trouvent que les femmes sont mesquines, jalouses, changeantes. Ne parlons pas de ces femmes de la « vieille école » qui considèrent les militantes comme des « salopes ».
Si on explore le monde des mères et des filles, des belles-mères et des belles-filles, des amies, des femmes au travail, on est loin d?un tableau idyllique. Beaucoup de femmes, dans les coulisses, n?hésitent pas à casser du sucre sur le dos de leurs semblables. Tenez, on rencontre A. dans la rue qui nous demande quand nous allons interviewer sa nouvelle patronne. Ce n?est là qu?une ironie.
La grace de service
Elle s?est toujours plainte de son chef, qu?elle trouvait incompétent, paresseux. Quand ce dernier est parti, c?est une femme qui l?a remplacé. Du coup, A. trouve que son patron était parfait et que, sous prétexte que sa nouvelle patronne réorganise tout, qu?elle prend les choses en main, elle est la garce de service. On l?attaque sur sa façon de s?habiller, sur son esprit d?initiative, on met ses réprimandes sur le compte de frustrations sexuelles? Il faut le dire, certaines femmes reprennent à leur compte des idées reçues qu?ont les hommes.
Avez-vous remarqué aussi que, dès qu?une jolie femme entre dans une pièce dans une robe qui la rend irrésistible, il y a une tension. Même si nous ne l?avouons pas, nous jugeons encore nos pairs par leur apparence, leur âge, leur sex-appeal. Peut-être avons-nous peur que les hommes leur accordent plus d?importance. En tout cas, une sorte de rivalité surgit souvent dans ces situations-là.
Restent ces interrogations. Combien de femmes voteraient pour des femmes pour rétablir le déséquilibre au Parlement ? Pourquoi les belles-mères pratiquent-elles la politique de deux poids deux mesures envers leurs belles-filles ? Pourquoi est-ce qu?à l?adolescence les relations entre mères et filles sont si tendues ? Aujourd?hui qu?on est de plain-pied dans le xxie siècle, va-t-on encore parler de rivalité féminine ? Celles qui militent pour plus de femmes au Parlement pensent que c?est fausser le débat.
QU?EN EST-IL DE LA SPHÈRE POLITIQUE ?
Paula Atchia, du Parti de la majorité
« S?il y a rivalité, je ne peux pas vous répondre maintenant. En ce moment c?est la solidarité qui prime, les femmes sont en train de s?unir. Il y aura sans doute un peu de ce que vous dites plus tard, mais vous savez la rivalité c?est quelque chose d?humain, il faudra alors travailler cela. Je pense qu?il ne faudrait pas confondre ambition et rivalité. Être ambitieuse, c?est une bonne chose, c?est ce que notre parti veut prôner parce qu?il est temps qu?il y ait plus de femmes au Parlement. Honnêtement dans tout ce que nous avons organisé jusqu?à maintenant, nous avons reçu le soutien moral d?autres associations féminines. Les femmes sont restées dans l?ombre tellement longtemps qu?aujourd?hui, elles savent que si elles s?entre-tuent, on retournera à la case départ. »
Audrey D?hotman de Villiers, du Centre de solidarité
« Il n?y a pas plus de rivalité féminine que de rivalité masculine. Quand les choix sont minces, quand il y a cinq personnes pour une place, c?est normal qu?il y ait rivalité. À mon avis, la rivalité féminine est un mythe. Hommes et femmes s?expriment différemment. Comme les femmes sont plus aptes émotionnellement, comme elles ont toujours eu la permission de s?exprimer, on a l?impression qu?elles sont plus vicieuses. Mais en fait, elles sont plus sensibles aux détails. En ce qui concerne la femme qui occupe un poste élevé, il ne faut pas généraliser. Beaucoup de gens préfèrent être dirigés par une femme, pour ses capacités de gestion. Auparavant la hiérarchie était associée au patriarcat, il y avait le chef, puis les subalternes. Les femmes chefs ont apporté une méthode de gestion circulaire. Elles dirigent en concertation, organisent des brainstormings, et ne font pas que prendre des décisions et les faire appliquer. Il faut avant tout voir la personnalité. »
Sheila Bapoo, ancienne ministre
« La rivalité est un instinct humain, elle ne concerne pas que les femmes. Vous seriez étonnée de voir ce que les hommes politiques sont prêts à faire pour avoir des portefeuilles au cabinet. Les femmes sont déjà si peu présentes sur la scène politique que si elles entrent en politique avec un esprit de rivalité, ce sera un point de départ négatif. Je crois par ailleurs que la femme a, de toute façon, une autre manière de concevoir les choses. Que ce soit dans la famille, au bureau ou en politique, elle essaye d?amener la stabilité, l?harmonie, et le respect. Je vois mal les femmes se mêler à des malpractices. On a beau faire de la politique au sein d?un parti, à la fin du jour toutes les femmes ont un seul langage. Elles veulent une meilleure représentation de la femme au Parlement. C?est vrai que certaines voient les femmes en politique d?un mauvais ?il. Elles se laissent entraîner dans le système et ont assimilé cette vision que la politique c?est pour les hommes. Il y a encore des barrières à briser. »
Stéphanie Anquetil, du Parti travailliste
L?objectif de la lutte que nous menons, c?est de nous garantir un certain nombre de places sur les bancs de l?hémicycle. La façon de faire peut différer, mais pour l?instant, les femmes doivent fonctionner comme dans une entreprise, avec un esprit d?équipe. Ce qu?on cherche, c?est un droit, une égalité. La lutte pour la représentativité féminine vient de démarrer, il n?y a pas de place pour la rivalité. Très sincèrement si dans ma circonscription, il y a deux femmes compétentes et que mon leader me donne un ticket, je serai contente. S?il choisit une autre, je lui ferai quand même confiance. Une chose est sûre, il n?y aura pas de back biting. Même les femmes en général sont solidaires, on le voit bien quand on est sur le terrain. Avec toutes les agressions qu?il y a eu récemment, elles se sentent concernées par la situation dans le pays. Elles n?ont plus une image négative de la politicienne, au contraire, elles espèrent qu?on défende leurs intérêts. »
« Derrière toute jalousie se cache un manque de confiance »
Beaucoup de femmes sont plus enclines à voter pour un homme que pour une femme. Beaucoup disent qu?elles n?aimeraient pas avoir une femme pour chef. Pourquoi ?
Nous sommes dans une société patriarcale où l?homme a encore toute sa place. La femme maintient l?impression que tout ce qui vient de l?homme est juste parce qu?il en a toujours été ainsi dans l?imaginaire. N?ayant que ce modè-le comme référence, elle ne peut que difficilement se représenter une femme comme candidat politique. Cette vision commence aujourd?hui à changer parce qu?elle s?autorise d?autres représentations. Les préjugés qui existaient commencent à s?estomper.
Les femmes plus âgées et plus jeunes, plus jolies et moins belles sont-elles automatiquement rivales ?
La femme jolie, élégante, et épanouie dérange souvent. Le regard que renvoie les autres femmes est souvent chargé de mépris, tout simplement parce qu?elles ne parviennent pas à se projeter dans cet idéal. Cette « jolie » femme symbolise l?inaccessible, celle qu?elles ne seront jamais. Elle représente aussi une menace : si leur partenaire voyait cette personne, il comprendrait qu?elle est belle et donc déduirait (déduction consciente ou inconsciente) que leur conjointe ne l?est pas autant. C?est donc souvent ce que l?on n?a pas ou ce que l?on n?est pas que l?on jalouse. Il ne faut pas oublier que derrière toute jalousie se cache un réel manque de confiance en soi.
Les mères et les filles sont-elles des ennemies naturelles ? Qu?en est-il des belles-mères et des belles-filles ? Pourquoi tant d?animosité dans la plupart des cas ?
La relation mère-fille peut être harmonieuse si la mère comprend que l?enfant n?est pas son reflet dans le miroir et qu?elle doit lui permettre d?exister indépendamment. La mère doit toujours privilégier la réalisation de l?autonomie de sa fille. Toute projection, identification ou lien fusionnel importants ne permettent pas une relation épanouie. Pour les rapports belle-mère/belle-fille, il arrive qu?il y ait de la rivalité et c?est souvent le fils qui en est la cause : la belle-fille a le sentiment qu?elle passe après sa belle-mère, elle se plaint de voir son couple passer à la seconde place dans la hiérarchie des relations. Mais il arrive aussi que des maris souffrent de voir leurs femmes trop proches de leurs parents !
Peut-on dire que les relations entre les femmes sont empreintes de susceptibilité plus qu?entre les hommes ?
Ce que nous pouvons dire c?est qu?en général les femmes et les hommes ne réagissent pas de la même manière devant un même problème. Un conflit peut être vécu avec plus d?intensité et davantage de sensibilité chez la femme que chez l?homme. Par conséquent, les conflits sont alors plus marqués : on retrouve une tendance naturelle chez la femme à intérioriser les problèmes alors que son partenaire aurait une attitude plus extravertie qui peut plus facilement ? mais ce n?est pas systématique puisque la même attitude peut se retrouver chez la femme ? se manifester par la colère ou de la violence physique ou verbale.
CE QU?ELLES EN PENSENT...
■ Ces fameuses patronnes
Avoir une femme comme supérieur hiérarchique ou comme associée, peut être épatant pour certaines et l?enfer pour d?autres. « Je n?aimerai pas avoir une femme pour chef, quand elles ont un peu de pouvoir, elles deviennent acariâtres. Elles sont lunatiques, susceptibles », explique une secrétaire. Sans doute les femmes ont-elles des attentes exagérées quand elles ont une patronne. On s?attend à ce qu?une femme soit plus aimable, plus compréhensive quant aux retards, par exemple, chose que l?on n?attend pas d?un homme. Mais c?est vrai aussi que certaines se montrent agressives et sans états d?âme, tout simplement pour suivre le modèle masculin, synonyme de prestige et de pouvoir. D?autres ne se montrent jamais ouvertement pro-femmes et trouvent que la solidarité n?est pas payante. Elles ne remettent pas en question la domination masculine de peur d?être méprisées par les hommes, mais aussi que leurs pairs ne les soutiennent pas.
■ Telle mère telle fille ?
De l?amour à la haine, de la complicité à la guerre, le duo mère-fille est souvent complexe. Elles font du shopping ensemble, organisent des dîners, mais en prennent aussi pour leur grade. Deena ne peut pas oublier les phrases assassines de sa mère, du genre « Quand tu auras un soupirant, il faudra cacher tes s?urs, il ne faudra pas que tu les lui présentes. » Ingrid n?a pas digéré le fait que lorsqu?elle a accouché d?une fille, sa mère lui a dit : « Ala lamerdman koumanse. Vo mie gaign garson ki tifi. » Le conflit est souvent la règle à l?adolescence. Les psychologues vous diront que les mères souffrent du syndrome de la jeunesse éternelle, qu?elles ont peur de voir leurs filles devenir adultes parce que cela veut dire que, de leur côté, elles vieillissent. Cela peut fausser leurs relations pendant longtemps.
■ Belle-mères, belle-filles, un fleuve tumultueux
« Ma belle-mère est toujours aux petits soins avec ses gendres. Elle veille à ce que ces derniers ne manquent de rien, qu?ils soient les premiers servis à table alors qu?elle me rabaisse toujours », raconte Karine. Pas toujours facile de se faire apprécier quand on est belle-mère. Si elle est trop serviable et attentionnée, on la taxe d?envahissante. Si elle prend ses distances, on dit qu?elle est indifférente. Pas toujours facile aussi pour la belle-fille, surtout quand la belle-mère se permet de regarder dans la casserole, de juger ce qu?on donne à manger à son fils. C?est difficile de trouver la bonne mesure. Les belles-mères doivent faire un travail sur elles pour accepter que leurs garçons soient aimés par une autre femme. Les relations de belle-maman avec son gendre sont plus sereines, car tous deux sont dans un rapport de séduction homme-femme.
■ Rivales ou amies
L?amitié entre femmes aurait des effets spécifiques, indique une étude innovatrice réalisée à l?University of California ? Los Angeles (Ucla). Elle apaise le tumulte intérieur, comble les lacunes affectives de la vie de couple, et aide les femmes à se rappeler de qui elles sont vraiment. Une autre étude sur la santé des femmes, réalisée à la Harvard Medical School, a établi que plus celles-ci avaient d?amies, moins elles étaient susceptibles de contracter des handicaps physiques en vieillissant, et plus elles avaient de chances de mener une vie heureuse. Les femmes se soutiennent émotionnellement pendant les temps durs, et pourtant les amitiés féminines connaissent aussi la lassitude, les changements d?humeur, les influences hormonales. Les femmes accusent souvent leurs amies de les laisser tomber dès qu?un homme entre dans leur vie. Souvent, lorsque notre travail ou notre famille prend trop de notre temps, notre amitié avec d?autres femmes est la première activité sacrifiée.
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