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La dérive de la roupie, cause principale des augmentations
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La dérive de la roupie, cause principale des augmentations
Suite à l?article du secrétaire général de la Chambre de commerce et d?industrie, Mahmood Cheeroo, dont je salue la rhétorique du jeton et du casino de même que la justesse de l?analyse et qui devait avoir été accueillie comme une bouffée d?air frais au niveau du débat économique, je profite de l?occasion pour porter un regard plus terre à terre de ce qui se fait de bien et de moins bien au niveau local sur le plan monétaire. Loin d?être une leçon, ce n?est qu?une analyse parmi tant d?autres qui a le mérite d?être exposée.
Nous avons connu ces derniers mois des hausses continuelles au niveau des prix que ce soit pour des biens de consommation courante, l?essence ou le diesel, ou pour des matières premières comme tout récemment pour le ciment.
La cause toute trouvée est l?augmentation du fret et le développement de la Chine. Ce sont des raisons qui entrent effectivement en ligne de compte quant aux causes des hausses de prix, mais qui demeurent simplistes pour des économistes avertis. Une chose est néanmoins sûre, les augmentations de prix sont dues à des facteurs exogènes qui génèrent le phénomène plus communément connu comme l?inflation importée. D?ailleurs, la hausse de l?indice des prix à l?import n?est-elle pas de 13,6 %, comme souligné par Mahmood Cheeroo. Peut-être omet-on de mettre en avant l?excessive dérive dans la valeur de la roupie comme principale cause de l?augmentation des prix.
Il est évident que c?est une politique volontaire pour générer plus de recettes en roupies pour notre secteur manufacturier et touristique (ce dernier affichant des performances à vous couper le souffle) mais qu?en est-il de ces mêmes revenus en dollar américain (USD) ou en euro ? De même, s?il est prévu une faible croissance (effet statistique inclu) pour le secteur manufacturier pour 2005, sans la dépréciation de la roupie, le jeu de maintenir la production textile pour encore quelques années n?aurait certainement pas valu la chandelle tant les coûts structurels sont lourds. Notons, qu?en fin de compte, c?est la population en général qui fait les frais d?un secteur qui n?a pas su remettre en question son mode de fonctionnement et s?adapter aux conditions du marché, à savoir la disparition des barrières tarifaires. Seul le temps nous dira si le choix est bon.
Quant à l?industrie touristique, elle enregistre également des revenus supérieurs, pourvu que bon usage en soit fait. Les rénovations sont les bienvenues pour maintenir l?image mais à qui profitent les rénovations quand une bonne partie des intrants est importée ? Où est la valeur ajoutée pour l?économie locale ?
Les conséquences les plus criardes nous affectent plus que nous le pensons au quotidien. Le paquet de Weetabix (430g) est maintenant et ce, en promotion, à plus Rs 100, alors qu?on nous conseille de manger équilibré ! De même, il y a un tel foisonnement de marques et sous-marques premiers prix où la qualité n?est pas nécéssairement au rendez-vous. Consommons mauricien alors !
Toutes choses égales par ailleurs, la seule part du taux de change dans les augmentations de prix est plus conséquente qu?on pourrait le penser. L?augmentation des recettes sur les droits de douane de même que l?accroissement de la taxe sur la valeur ajoutée encaissée (non pas avec une assiette élargie mais une assiette rendue plus lourde grâce à un taux de change défavorable pour la roupie) n?en sont-elles pas les conséquences directes ?
Comme mentionné plus haut, là où le modèle du libéralisme et d?économie ouverte atteint ses limites, c?est lorsque tout le cirque est tout compte fait tant bien que mal orchestré. Laisser croire que plus de roupies pour moins d?euros soutiendra deux secteurs moteurs est une chose, mais accoupler cela avec des augmentations ponctuelles de taux d?intérêt est par contre une totale aberration. Vision without Action is a Dream but Action without Vision is a Nightmare. C?est une aberration telle que les raisons avancées ou plutôt les déraisons avancées à savoir que l?économie est en surchauffe (c?est-à-dire augmentation de prix due à un excès de demande alors qu?elle n?est due qu?à des facteurs exogènes) pour justifier une hausse du taux d?intérêt ne tiennent sur rien.
Nous sommes en fait en pleine démesure car la théorie économique veut que taux d?intérêt en augmentation égale monnaie forte. Les deux variables sont directement liées. Les uns le constateront ; les deux dernières augmentations cumulées de 50 points du taux Lombard n?ont eu et n?auront aucun effet pour soutenir le taux de change. Pire, ces augmentations risquent d?asphyxier davantage un taux d?investissement déjà anémique et par ricochet notre économie.
C?est la population en général qui fait les frais d?un secteur qui n?a pas su remettre en question son mode de fonctionnement et s?adapter aux conditions du marché.
Si les indices de la Bourse ont le vent en poupe, cela ne risque pas de durer avec la remontée des taux, car le rendement sans risque d?un placement dans les bons du Trésor sera suffisamment élevé pour être le contrepoids d?un éventuel investissement à la Bourse. C?est ici l?Etat qui perd un peu plus, car le service de son endettement lui coûte plus cher.
Un autre phénomène occulté est la valeur réelle des investissements en roupies suite à la dépréciation déguisée de la roupie. Un million d?euros investi deux ans de cela vaut-il toujours le même million ? On comprend alors aisément pourquoi France Télécom a déprécié la valeur de ses investissements locaux et trouve le montant obtenu en termes de dividendes (en euros) assez mince pour ne pas dire ridicule ! Alors pensons bien que les investisseurs réfléchiront deux fois avant de mettre une centaine d?euros dans notre ?casino?. L?effet des cours de change négatifs de la roupie a bien plus d?effets qu?on ne le croit.
Sur ce chapitre, il est essentiel de déterminer ?le? taux de change de la roupie idéal (équilibre) où la fourchette dans laquelle la valeur de la roupie doit évoluer. Il s?agit également de savoir de combien la roupie est-elle sous évaluée par rapport au USD et à l?euro. L?indice The Economist ? Big Mac Index nous fournit une interprétation sommaire qui a le mérite d?exister. Le Big Mac étant disponible dans plus de 120 pays, son prix est indicateur des conditions socio-économiques locales et également de la valeur de la monnaie locale par rapport au USD en tenant compte du prix de référence d?un Big Mac aux USA. Ainsi, pour un prix moyen de 2.90 USD aux Etats-unis pour un Big Mac, l?équivalent mauricien se chiffre à Rs 49 et au taux de change 1?USD = Rs 29, la roupie parait sous évaluée d?au moins 42 % par rapport au dollar américain. Bien évidemment, il faut analyser ce taux de change sur deux périodes pour prendre en compte les variations.
Le taux d?intérêt est un mécanisme de régulation uniquement s?il est utilisé pour les bonnes raisons. Il est le point d?équilibre des déstabilisations macro-économiques principalement exogènes et des préoccupations locales.
Le taux d?intérêt fournit une solution qui peut apparaître simpliste (après tout, ce sont les recettes simples qui sont les plus effectives) il n?est pas exigé des doctorats en économie pour les mettre en pratique et la croissance tant espérée de plus de 8 % passe par là ; de fait, la solution clé.
(1) C?est une augmentation de l?investissement surtout du secteur privé, seul élément créateur de valeur ajoutée. Cette augmentation n?aura de sens que par un ajustement du mécanisme de calcul du taux de base bancaire (Prime Lending Rate). Aujourd?hui, avec un spread de 3.5 %, cet écart est parmi les plus forts au monde. L?ajustement de cet écart permettra sans doute, également de démontrer le degré d?efficience de notre secteur financier, au dela des placements dans les bons du Trésor. Il n?est pas normal que le secteur financier, principalement bancaire qui représente environ 15 % du Produit intérieur brut (PIB), qui comprend moins d?une cinquantaine de sociétés ainsi que moins d?une dizaine de milliers de salariés, génère plus de profits que tous les autres secteurs réunis alors que la contribution de ces autres secteurs au PIB est, en termes d?emplois (et là je fais référence au secteur manufacturier plus spécifiquement le textile), très largement supérieure.
Ramener cet écart au maximum de 2.5 % et le fleurissement des start-ups dans de multiples domaines généreront plus d?emplois qu?on ne puisse espérer. Dans ce cas, les effets sont connus mais sont clairement mesurés. L?initiative d?investir et de créer et les mesures pour les petites et moyennes entreprises demeure une voie qui merite d?etre plus largement soutenue, que ce soit en termes d?apport de fonds propres d?Equity ou de facilités d?implantation. Ceux qui essaient échouent souvent. Ceux qui n?essaient jamais échouent toujours, disait Ronsard.
(2) Stabilité du taux de change. La dérive du taux de change ne marche et n?est bénéfique que sur le court terme ? le conjoncturel. Le structurel se doit de se doter des moyens financiers et incitatifs à se réinventer et à s?améliorer. La productivité n?est pas uniquement une question de facteur humain mais surtout de process. On peut ici constater la relation avec le facteur investissement. Le structurel se doit également d?etre stable et la stabilité du structurel repose sur la stabilité du taux de change.
L?exemple de la France est le plus marquant : pratiquant la politique du franc fort (d?une part pour palier à l?inflation importée) cause de réajustement des salaires et coûts de production, la France a su, contre vents et marrés, de son abnégation, résister aux dévaluations déguisées car son industrie automobile avec Renault, Peugeot et Citroën affiche aujourd?hui une santé de fer.
<B>Patrice HO MAN CHEONG<.B>
Team Leader
Marketing and Communication Mauritius Post
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