Publicité

?L?avenir de l?industrie textile, c?est le t-shirt?

23 mars 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

●<B> Vous assumez la présidence de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza) à un moment difficile et délicat pour l?industrie textile-habillement, avec l?abolition des quotas depuis janvier. Dans quel état d?esprit abordez-vous cette responsabilité ? </B>

C?est effectivement un grand défi. Mais en même temps, la Mepza n?est pas responsable de la santé de ses membres. Notre mission est de contribuer à la création des conditions et d?un environnement propices pour permettre à nos membres de faire face à la compétition internationale qui est encore plus rude que jamais.

Les temps sont difficiles. Il y a des usines qui vont probablement fermer car elles ne se sont pas préparées à la libéralisation ou parce qu?elles sont moins compétitives comparativement à des entreprises en Inde ou en Chine.

Il est difficile de lutter contre un pays comme la Chine où 65 % des entreprises de textile et de confection appartiennent à l?Etat. Leur comptabilité n?est pas transparente. Elles n?ont pas besoin de faire des profits car l?Etat y injecte des subventions.

De plus, la monnaie chinoise est artificiellement dévaluée, ce qui donne un avantage de 44 % environ sur les prix à leurs exportateurs.

Il est regrettable qu?on n?ait pas songé à prendre des mesures pour créer un véritable level playing field avant l?ouverture du marché textile-habillement.

●<B> Vous êtes plutôt pessimiste ?</B>

Non, malgré la réalité que je décris, je pense que nous avons toujours un avenir. Certes comme je l?ai dit, il y aura des fermetures mais aussi des success stories comme celle de la Compagnie mauricienne de textile. On ne doit pas généraliser mais analyser chaque entreprise et chaque filière spécifiquement.

Dans le t-shirt par exemple, nous avons développé une position forte pour fournir les fashion retailers. La capacité de travailler avec ce type de clients dépend du niveau d?investissement que chaque entreprise a entrepris pour améliorer sa qualité et son efficience.

En général, nous avons des délais de livraison et un rapport qualité-prix compétitifs. Dans la filière du t-shirt nous avons ces dernières années enregistré en moyenne une croissance de 10 % à 15 % annuellement.

La réussite du t-shirt s?explique principalement par le fait que c?est le produit qui requiert le moindre temps de fabrication. L?investissement dans la modernisation a créé plusieurs entreprises efficientes et compétitives.

●<B> Vous avez sûrement vu les derniers chiffres des exportations chinoises. Le t-shirt est justement la catégorie où la progression a été la plus spectaculaire, atteignant les 1000 % en janvier 2005 comparativement à janvier 2004?</B>

C?est exact. Mais il faut comprendre que le marché du casual wear est celui qui progresse le plus dans le textile-habillement. Il est donc normal que la Chine enregistre sa plus forte croissance dans cette filière.

Le numéro un dans le fashion wear en Angleterre a enregistré une croissance dans la vente des t-shirts qui est quatre fois supérieure à celle des autres segments. Le climat en Europe et aux Etats-Unis est de nos jours plus doux que dans le passé. Les gens préfèrent donc des vêtements plus légers comme les t-shirts. Le t-shirt est l?avenir de l?industrie à Maurice.

●<B> Malgré tout, n?êtes-vous pas inquiet de la hausse dramatique des exportations de la Chine ? </B>

Evidemment, une croissance de cette ampleur ne peut que nous préoccuper. Mais il faut se demander qui sont les principaux affectés ? Il y a toujours une production de jersey wear en Europe et aux Etats-Unis. Comme les coûts de production y sont élevés, j?imagine que ce sont les premiers à en souffrir.

Mais le plus grand impact sera certainement sur l?Inde et le Bangladesh, les producteurs à bas salaires.

A Maurice, comme je l?ai dit plus haut, nous avons connu une croissance soutenue dans la production des t-shirts. Nous n?avons donc pas souffert des exportations de t-shirts de Chine. Il reste maintenant à savoir si nous serons touchés à l?avenir.

Maurice s?est installée dans une niche où elle arrive à faire la différence, surtout grâce aux courts délais de livraison. Une entreprise chinoise prend entre huit et douze semaines pour livrer une commande tandis qu?à Maurice, nous pouvons livrer dans un délai de deux à quatre semaines.

Notre force est que nous sommes verticalement intégrés et que nous pouvons réagir rapidement. Si Air Mauritius nous offre un package attrayant, nous pourrions exporter par avion, ce qui améliorerait davantage notre compétitivité en termes de délai de livraison.

En Angleterre, beaucoup d?acheteurs se tournent vers des producteurs européens en raison des courts délais de livraison. Si nous arrivions à développer des produits de mode et les expédier par avion, nous pourrions prendre ce marché aux Européens.

●<B> Quand vous évoquez les produits de mode voulez-vous dire que nous devons évoluer vers le haut de gamme ? </B>

Non, dans le haut de gamme les volumes sont limités et c?est difficile pour Maurice d?être compétitive dans ce marché. Nous n?avons pas les infrastructures qu?il faut pour cela.

Nous devons viser le moyen de gamme et des clients qui sont des fashion retailers tels Top Shop, River Island, Express ou Next. L?actrice Gwyneth Paltrow s?habille chez Top Shop. Les fashion retailers proposent les dernières tendances a un prix très commercial.

<B> Après les milliers de pertes d?emplois de ces deux dernières années estimez-vous que le pire est derrière nous ? </B>

Je ne connais pas la situation de chaque entreprise individuellement. Ce qui est sûr c?est que les compagnies de textile étrangères s?en iront indépendamment du fait qu?elles soient profitables ou pas.

Au niveau des entreprises à capitaux mauricien, je crois qu?on peut s?attendre encore à quelques fermetures. Mais cela va être compensé par la croissance des autres entreprises, surtout des producteurs de t-shirt. Est-ce qu?il y aura au final une réduction de la main-d??uvre ? Peut-être, mais cela ne devrait pas dépasser une fourchette de 2 000 à 3 000 pertes nettes d?emplois.

Il y a aussi le fait que de nombreuses personnes quittent l?industrie. La main-d??uvre est vieillissante et beaucoup prennent leur retraite. En définitive, je crois que ce sera moins douloureux cette année.

●<B> Avez-vous l?impression que tout a été entrepris pour aider l?industrie du textile-habillement ? </B>

Le gouvernement a maintenant une idée plus claire de ses responsabilités envers ce secteur. A un certain moment il y a eu un manque d?attention aux problèmes. Je crois qu?il n?avait pas réalisé la gravité et l?urgence de la situation.

Ensuite, les choses ont évolué plus positivement et on a vu les autorités s?impliquer dans des cas précis. Puis, il y a eu la Textile Emergency Support Team.

De notre côté, la Mepza a dans ses propositions budgétaires, recommandé un alignement des incitations fiscales à l?ensemble de l?industrie de textile et de la confection.

Ainsi, nous souhaitons que les vacances fiscales de cinq ans, dont bénéficient les filatures, soient étendues aussi aux entreprises de confection existantes et à l?ensemble de l?industrie. Pourquoi réserver ce bénéfice aux nouvelles filatures uniquement ?

Nous sommes des entreprises qui existent depuis des années. Les autorités nous connaissent et connaissent notre engagement et notre importance pour l?emploi et les revenus en devises étrangères.

Que fait-on pour nous aider et nous inciter à rester en activité ? De nombreux pays qui offrent des package fantastiques aux investisseurs dans le textile.

Tout ce que nous demandons, c?est un ballon d?oxygène pour nous aider à survivre. Pour rester compétitifs, nous devons réinvestir et nous moderniser. Cela implique beaucoup d?argent.

Au lieu de payer des impôts et ensuite emprunter, nous pourrions réinvestir nos bénéfices. Cela nous éviterait des charges financières additionnelles. Je pense que c?est une demande raisonnable.

●<B> Comment s?assurer que les bénéfices et les impôts non payés seront effectivement réinvestis ? </B>

On pourrait mettre en place un système de remise fiscale basé uniquement sur les investissements effectués. Nous sommes en faveur d?un système transparent.

Il faut se rendre compte de l?importance de l?industrie du textile et tout faire pour l?aider à faire face à la compétition d?un pays comme la Chine qui subventionne grandement son industrie.

Tant que nous n?aurons pas une alternative, le textile-habillement demeurera crucial pour l?emploi et les revenus en devises étrangères. Si l?industrie textile disparaît, il y aura un manque aigu de devises dans le pays.

●<B> Que pensez-vous des critiques qui ont été formulées contre le Corporate Debt Restructuring Council (CDRC) ? </B>

Le CDRC est une très bonne chose mais je pense qu?il ne faut pas croire et s?attendre à ce qu?il résolue tous les problèmes. Les entreprises qui ont dû fermer leurs portes sont celles qui n?ont pas su se réinventer et revoir leur mode d?opération. Les gens aiment critiquer mais savent-ils ce qu?ils veulent vraiment et y ont-ils mis les moyens d?y parvenir ?

Les entreprises qui ont fermé n?étaient peut-être pas viables dès le départ et n?auraient pas survécu avec ou sans le CDRC. De toute façon, les banques ont le droit de dire non et de fermer le robinet.

Propos recueillis par <B> Stéphane SAMINADEN</B>

Publicité