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Un vent de féminité souffle sur la politique

20 mars 2005, 00:00

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En quelques années, elles ont accompli sans heurts ni bruit la « révolution douce » dont parlait Lionel Jospin en l?an 2000, an I de la parité. Élection après élection, elles ont fait campagne, conquis des mandats, investi les assemblées? Et, au fil des élections, la vie politique a peu à peu changé de visage : depuis l?adoption de la loi du 6 juin 2000 sur l?« égal accès des hommes et des femmes » aux fonctions électives, la France compte 50 000 conseillères municipales, 400 conseillères régionales, 47 conseillères générales, 8 députées et 21 sénatrices de plus qu?avant la parité.

Municipales, cantonales, régionales, législatives, sénatoriales et européennes : pour la première fois depuis l?instauration de la parité, toutes les assemblées ont été renouvelées. « Cette loi a permis de faire émerger une nouvelle génération de femmes prêtes à prendre des responsabilités politiques », souligne Catherine Génisson, députée (PS) du Pas-de-Calais.

C?est la competence qui fait la difference

Avec un scrutin proportionnel et une alternance hommes-femmes sur les listes, la parité est forcément garantie. En 2001, la part des femmes dans les conseils municipaux des communes de plus de 3 500 habitants a donc presque doublé, passant de 27 % à 47,5 %. « Le changement est évidemment très net, raconte la maire (PS) de Toul, Nicole Feidt. Quand j?ai fait ma première campagne électorale, en 1968, il y avait très peu de femmes. Dans les campagnes, les réunions électorales avaient lieu le soir, certains avaient bu un petit coup, ce n?était pas toujours facile. Aujourd?hui, cette époque est révolue : beaucoup de femmes se présentent et les électeurs sont ouverts à ces candidatures. »

Dans les conseils régionaux, les chiffres ont, eux aussi, fait un bond spectaculaire : après les élections de 2004, la part des femmes est passée de 27,5 % à près de 48 %. Dans les conseils municipaux et régionaux, qui sont entrés dans l?ère de la parité, les femmes se sont imposées. Et nombreuses sont celles qui disent que l?ambiance a changé. « Quand on est seule dans un milieu masculin, on est facilement considérée comme un joli objet décoratif ? même si on est traitée avec une grande politesse ? ou, au contraire, très remarquée et écoutée lorsque l?on prend la parole, ajoute Hélène Tanguy. Maintenant, avec la parité, tout cela est terminé. C?est la compétence qui fait la différence, pas le sexe. »

La mixité n?est cependant pas venue à bout de tous les préjugés. « Au début d?une réunion, quand je m?assois à la table sans me présenter, les gens pensent spontanément que je suis la secrétaire », sourit la maire (PS) de Toul, Nicole Feidt. À Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret), où tous les maires sont des hommes depuis 1831, il a fallu attendre un an pour que les courriers destinés aux élues du conseil municipal soient adressés à « madame la conseillère » et non plus à « monsieur le conseiller ». « Tout est très long à bouger », résume Monique Lemoine.

Ce professeur d?économie et de gestion appartient à la « génération pari-té », entrée dans la vie politique grâce à la loi de 2000. Issue du milieu associatif ? elle a milité à la Ligue des droits de l?homme et créé à Orléans une antenne de l?association féministe Mix Cité ? elle s?est présentée pour la première fois aux élections lors des municipales de 2001. « Je suis un pur produit de la loi sur la parité ! raconte-t-elle. Dans les associations, nous avions un débat récurrent : faut-il s?engager dans la vie politique, au risque du compromis et des jeux de pouvoir ou rester dans le monde associatif ? Moi, j?ai voulu franchir le pas. Ce n?est pas toujours facile mais je ne le regrette pas. »

« Les consciences bougent »

Si la parité est désormais la règle dans les conseils municipaux et régionaux, les « exécutifs » ? mairies et présidences ? restent cependant très majoritairement détenus par des hommes. En 2001, la part des maires femmes est passée de 7,5 % à 10,9 %. Et en 2004, on ne comptait qu?une seule femme à la tête d?une région ? Ségolène Royal en Poitou-Charentes ? contre trois en 1998? « La parité a enclenché un mouvement mais il faut un peu de temps pour qu?il essaime, explique Évelyne Didier, sénatrice et conseillère générale (PCF) de Meurthe-et-Moselle. Les consciences bougent, le mouvement finira par porter ses fruits. »

Dans les conseils municipaux et régionaux ainsi qu?au Parlement européen, le scrutin proportionnel a pleinement joué en faveur de la parité mais, dans les élections régies par le scrutin uninominal, les femmes demeurent très minoritaires. Dans les conseils généraux, où la loi sur la parité ne s?applique pas,

la part des femmes est ainsi restée quasiment stable, passant de 9,2 % en 2001 à? 10,4 % lors des élections de 2004.

« À ce rythme-là, il faudra attendre plus de soixante-dix ans pour arriver à des conseils généraux paritaires », constatait laconiquement, en 2004, la rapporteure générale de l?Observatoire de la parité, Marie-Jo Zimmermann. Le Sénat a fait un tout petit peu mieux : grâce à une part de scrutin proportionnel, la part des femmes y est passée en 2004 de 10,9 % à 16,9 %.

Pour les députés de l?Assemblée nationale, qui sont élus au scrutin uninominal, la loi ne prévoit aucune contrainte mais impose des pénalités financières à ceux qui ne jouent pas le jeu de la parité. Le système s?est révélé « fort peu efficace », note avec un certain sens de l?euphémisme le rapport du gouvernement : en 2002, la part des femmes y est passée de 10,9 % à 12,3 %, soit? huit femmes de plus. La France se classe au 21e rang de l?Union européenne et au 69e rang mondial.

Pourtant, les sanctions financières sont lourdes : selon l?Observatoire de la parité, la dotation annuelle du PS a été amputée de 1,65 million d?euros et celle de l?UMP de 4,3 millions d?euros. « C?est très pénalisant puisque cela représente plus de 10 % de notre budget, reconnaît le trésorier national de l?UMP, Éric Woerth. Mais, lors de la constitution des listes, il y a 36 000 critères de décision et le sexe n?est qu?une donnée parmi d?autres. »

Malgré les engagements solennels pris par les partis au lendemain de l?adoption de la loi et les 7 millions d?euros de pénalités financières annuelles qui leur sont imposées depuis 2002,

l?assemblée la plus symbolique du pays est donc restée très majoritairement masculine. « La plupart des parlementaires sont respectueux des femmes, mais il y a encore des réflexes sexistes, raconte Nadine Morano, députée (UMP) de Meurthe-et-Moselle. Quand je suis montée à la tribune pour le texte sur la sécurité intérieure, deux ou trois députés m?ont sifflée. Et un jour, après une intervention, l?un d?eux est venu me dire, apparemment stupéfait, que j?étais douée, comme s?il venait de découvrir que j?étais dotée de la parole ! J?étais hallucinée. » Depuis, il s?est excusé.

■ @ 2 005 Le Monde ? Anne CHEMIN Distribué par The New York Times Syndicate

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