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Couples mixtes le duo des cultures

19 mars 2005, 20:00

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«Ce serait bien que, grâce à votre dossier, les parents qui mettent des bâtons dans les roues d?un mariage mixte, puissent réaliser à quel point ils font du mal à leurs enfants. » C?est le cri du c?ur que pousse Nathalie, qui est rejetée en bloc par sa future belle-famille, qui ne sait pas qu?elle est enceinte depuis quatre mois. Le problème : Nathalie est catholique et André, un sino-mauricien, est bouddhiste.

Un mariage mixte est toujours source de questions, quand il ne s?agit pas de réticences. Si, pour ceux qui sont directement concernés, l?amour transcende toutes les barrières, la famille et la société ne l?entendent pas toujours de la même oreille. Certains parents s?en réjouissent, même avec un peu d?appréhension, mais il y a parfois des pleurs, des rejets, et il faut dans la plupart des cas justifier son choix, convaincre de son amour.

Nita, qui sortait avec un franco-mauricien, a dû se résoudre à quitter son copain quand la mère de ce dernier lui a fait comprendre qu?un mariage est toujours compliqué, mais qu?un mariage mixte, serait comme traîner un boulet inutile. Dominique qui sortait avec Anand a toujours joué sur la phonétique et faisait croire qu?elle était avec « Alan ». Heureusement que parfois, avec le temps, la méfiance évolue vers une certaine forme de compréhension.

C?est le cas de le dire pour Marie-Lourdes Auckburally qui a épousé le frère de son amie. « Ma famille n?était pas d?accord que j?épouse un musulman

et que nous avions décidé de suivre une seule religion, l?islam. » Les parents de Marie-Lourdes ne sont pas venus au mariage, mais petit à petit, ils sont revenus vers elle. Aujourd?hui on dit dans son entourage que son mariage est vraiment réussi. La s?ur de Marie-Lourdes affirme, quant à elle, que « zot bien. So mari vinn dans nou bann fete, li pas boir li pas danse me li less so madam ek zot de tifi dans ». Marie-Lourdes Auckburally lit le Coran, mange halal, porte l?habit musulman, ses deux filles Shaine et Zayna sont musulmanes, et leur petite famille se porte bien.

Tout est une question de compromis. Il faut savoir jongler, aplanir les différences et ne pas subir ou imposer sa culture à l?autre. C?est ainsi que beaucoup de couples donnent à leurs enfants des prénoms qui semblent universels. Mais il arrive parfois que tout ne soit pas rose. Une femme nous a raconté que le jour de son mariage, son futur époux l?a emmenée chez des amis, qui l?ont obligée à enlever ses vêtements qu?ils ont brûlés, en lui disant que c?était nécessaire pour éliminer son ancienne religion, considérée comme « impure ».

La diversité est une belle chose

Pour Sonia Leong Song qui a épousé Norbert de Robillard, il suffit de pas laisser la famille entrer en jeu et mettre la pression. « Je connais beaucoup de couples où la fille doit, à un certain moment, abandonner sa religion et finit par s?enliser dans la frustration. » Sonia, quant elle, distribue des foung paw à ses enfants le jour de la Fête du printemps, et son fils est un champion de ba-guettes chinoises.

Si l?on peut avoir des avis différents sur les 50 % de places réservées auparavant dans les collèges catholiques, sur le conflit israëlo-palestinien, si l?on considère injustifié qu?il y ait eu un jour férié le 7 mars, il n?empêche que, comme le dit Tahar Ben Jelloun, dans

Le racisme expliqué à ma fille, la diversité est une belle chose et une chance pour l?humanité. « Le mélange est un enrichissement mutuel. » Si certains arrivent à vivre différentes cultures au quotidien, c?est la preuve que ce n?est pas un pari impossible.

Reaz et Corine, ou le respect du choix de l?autre

Reaz et Corine se sont rencontrés il y a six ans au travail. « C?est venu comme ça. On s?est senti attiré, on est sorti ensemble, et le fait que je suis musulman et elle sino-mauricienne ne se posait pas, jusqu?à ce qu?on se rende compte que c?était sérieux entre nous, et qu?on voulait vivre ensemble », se rappelle Reaz. Le plus dur a été d?aller annoncer aux parents leur intention de se marier. « La tet fatige. Pou dire sa, pas pou dire sa. » Le couple s?est préparé mentalement avant d?affronter les parents. La mère de Reaz était plus ou moins d?accord, mais cela ne l?a pas empêché de faire ressortir qu?elle regrettait qu?il n?ait pas choisi « enn bon tifi mizilman ». Les parents de Corine ont, quant à eux dit « non, non, et non ». Ils avaient peur que leur fille soit obligée de porter le voile, mais Reaz a su les tranquilliser et leur a expliqué qu?ils n?avaient pas à avoir peur, qu?il allait respecter les choix de Corine. « Je devais leur faire comprendre que tous les musulmans ne sont pas des extrémistes. » Corine a simplement cessé de manger du porc. Lorsqu?ils se sont mariés, il y a eu un « deal entre les parents ». Ils ont fait un mariage civil et une réception. Pas de mariage religieux, pour qu?il n?y ait pas de conflits. Parfois, ils ont des discussions sur Ben Laden ou sur le pape, mais rien de bien méchant. « Parfoi mo akiz le kou », avoue Reaz. Les deux ont un fils de quatre mois, Rayan. Quelle religion va-t-il suivre ? « C?est quelque chose qui était déjà décidé entre nous avant le mariage. C?est entre nous, on ne peut pas vous le dire. » Un mystère non percé. Ce qui est sûr, c?est qu?ils ont décidé ensemble.

Sanjay et Jovana : La tolérance au quotidien

Sanjay est tombé des nues le jour où sa mère lui a dit qu?elle devait « mett serie » avec sa petite amie. Sanjay lui a alors rappelé que Jovana était créole, mais sa mère lui a répondu : « Toi ki pou viv ar li, to pena pou to get dimounn. Pourvi zot kontan zot kamarad. » Ce jour-là Sanjay a demandé Jovana en mariage. La mère de cette dernière s?est montrée un peu sceptique au départ. Elle disait que Jovana n?allait pas pouvoir s?adapter à la culture de Sanjay. « Je lui ai dit que Sanjay vivait comme nous, qu?il n?était pas si différent », explique Jovana. Ses parents voulaient qu?ils suivent ensemble le cours de préparation au mariage, mais ils ne l?ont pas fait, faute de temps, et n?en voyaient pas l?utilité. En l?espace d?une semaine, ils se sont mariés à la catholique, puis à l?indienne. Sanjay et Jovana semblent être un couple très ouvert. Ils s?assurent que la religion ne soit pas un point de discorde entre eux.

« Quand ena laprier kot mo mama, Jovana mett so linz indien li vine ar moi. Mo pann demane li narien me li fer li », raconte Sanjay. Jovana, de son côté, est heureuse que Sanjay l?accompagne à la messe et elle rit à l?idée que son époux connaît maintenant le « Notre père » et qu?il sait faire le signe de croix. Ils ont un enfant de 11 mois, Gylann. Ils ont choisi ce prénom pour son côté « mixité » et parce que le pandit avait prévenu que le prénom devait commencer par G. Quand Jovana a accouché, elle a passé deux mois chez sa belle-mère, le temps qu?on fasse tous les rituels. Gylann a aussi été baptisé à l?église catholique. « Pour le reste, il choisira. Peu importe ki relizion li pou suive. Nou pou montre li tou le de. Pourvi ki ena bondie dans so lavi. De toute façon aukenn relizion pa montre move kiksose », avance Jovana. En tout cas, Sanjay a déjà prévu de prendre un congé pour le lundi de Pâques.

L?interculturel ou la guerre

L?art de vivre-ensemble, c?est un peu le plaidoyer que fait Issa Asgarally dans son dernier livre L?interculturel ou la guerre, qu?il a publié il y a une semaine. Au lieu de mettre toute notre ardeur à défendre nos appartenances ethniques respectives, il nous suggère de les multiplier. Ainsi, les fondements de l?interculturel consistent à remettre en cause l?idée que la différence implique forcément l?hostilité, que l?autre est un adversaire, voire un ennemi. Issa Asgarally revendique le fait que nous ne subissons pas qui nous sommes, nous n?en héritons pas, mais nous le construisons ensemble. « L?individu naît dans un univers culturel qui a déjà ses propres codes, ses références et qui va influencer dans une large mesure son identité. Mais la construction identitaire participe d?un processus dynamique. L?individu construit son identité avec des appartenances collectives imposées, d?autres librement choisies, et aussi d?autres qu?il rejette. » Il est aussi question de ne pas se contenter du multiculturalisme, car c?est pour l?auteur un moyen de réduire la personne à une catégorie et l?individu à un collectif. Par ailleurs, la lutte contre le racisme commencerait par le travail sur le langage, par l?éducation qui enseignerait la culture et qui aiderait le jeune « à construire sa personnalité et à exercer son intelligence, à se comprendre soi-même et à découvrir le monde, à établir des passerelles entre les hommes ». La culture peut être transmise par la famille, l?environnement, le travail, le jeu, les médias, les spectacles, le divertissement, le sport. Dans sa préface, Jean-Marie Leclézio met en garde contre les menaces qui pèsent sur l?arc-en-ciel mauricien. Il craint qu?on ne s?enferme dans l?identité communautaire. « Si nous ne réalisons pas, maintenant, l?interculturel sur cette planète qui est notre île à tous, préparons-nous à voir nos enfants entrer dans la guerre. » Pour reprendre les mots de la fin d?Issa Asgarally, « et cela dépend de vous, de nous ». Cet ouvrage est disponible chez Bookcourt, Trianon et Caudan.

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