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Le retour des suffragettes
Les suffragettes seraient-elles de retour, plus d?un siècle après ? Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous. Certes. Sauf que? plus je vous écoute et plus y?a comme un malaise? Le problème, c?est que je ne suis pas la seule à être gênée aux entournures.
D?abord, je ne suis pas sûre que se placer uniquement sur le terrain de la revendication agressive soit la meilleure façon de se faire entendre. Cela risque d?avoir l?effet inverse et de provoquer un rejet massif, non seulement de la part des hommes ? déjà qu?ils nous voient en général comme des emmerdeuses ou des hystériques ? mais aussi des femmes. Et à terme, desservir la cause que vous voulez défendre.
Ensuite, que proposez-vous, mis à part l?abolition de l?amendement de la dernière heure et les marches de santé ? Depuis que vous vous exprimez, je n?ai rien entendu qui me donne envie de vous suivre. Ah si, j?allais oublier cette lumineuse idée qui consiste à vouloir nous faire voter pour une femme parce que? c?est une femme ! Même si c?est la dernière des imbéciles ? Je me demande qui insulte qui. Et vous voulez qu?on vous prenne au sérieux ?
Entendons-nous bien. Sur le fond, vous avez raison. Les femmes sont sous-représentées et subissent depuis des siècles, une discrimination injustifiée.
À ce propos, comment accepter cette étrange perversion du langage qui consiste aujourd?hui à parler de « discrimination positive » ? Enfin, Dieu merci, elle n?a pas cours au Parti travailliste, si on en juge par la nomination pour le moins ironique, vu le contexte actuel, d?un homme au poste de secrétaire général. J?en connais un qui a perdu une bonne occasion d?accorder ses pieuses paroles à ses actes. Pourquoi n?avoir pas choisi Sheila Bappoo par exemple? Après tout, avec son parcours et son charisme, elle aurait pu prétendre au poste. Est-ce à dire que les femmes, elles-mêmes, ne sont pas capables d?imposer leurs choix et de se faire entendre dans leur propre parti ? C?est drôle, je ne vous ai pas entendu à ce sujet?
Il serait temps de se regarder en face. Ce pouvoir machiste que vous dénoncez à juste titre, vous contribuez à le pérenniser. Notamment en ne remettant pas en cause la structure des partis politiques. Quand vous vous engagez, vous restez confinées dans une « aile » au lieu d?investir le bâtiment principal. Une dépendance, aussi séduisante soit-elle, reste une dépendance et l?époque des harems est dépassée.
Mais la vraie question à se poser est la suivante : les femmes veulent-elles vraiment faire de la politique ? C?est bien beau de vouloir plus de femmes au Parlement, mais si personne ne se jette à l?eau ? et vous laissez ce soin aux autres, n?est-ce pas ? on fait comment ? Le malaise vient peut-être de là.
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