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Les sous et les dessous

20 mars 2005, 00:00

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La lumière crue et cruelle que projette le rapport nTan sur la Mauritius Commercial Bank ne peut que nuire à son image. Encore engluée dans l?affaire NPF, elle est maintenant clouée au pilori par les enquêteurs désignés de la Banque centrale qui relèvent de nouvelles « transactions irrégulières ». Mais, au bout du compte, la publication de ce rapport confidentiel est bien moins dommageable pour elle, et pour le pays, que les soupçons et les insinuations alimentés jusqu?ici par l?opacité et le refus de communiquer. Le légalisme de la Banque centrale est d?autant plus dérisoire que c?est d?elle qu?est venue la fuite.

Certes, ce que nTan révèle est grave et entache l?honneur et la réputation de la banque. Mais au moins peut-on mieux comprendre désormais ce qui est reproché à La Commerciale et distinguer ce qui relève de la transaction frauduleuse attribuable à un manager indigne de ce qui, en revanche, engage la responsabilité de la direction de la MCB. Le fait paraît incontestable. Il y a, d?une part, les « occupational frauds », une quinzaine en huit ans, sur des montants non précisés, impliquant manifestement des employés. Le cas Azor est le seul qui soit documenté. Il y a, d?autre part, toutes les opérations irrégulières, celles qui ont violé sciemment les règlements de politique monétaire imposés par la Banque centrale. Elles n?ont pu se dérouler qu?à l?initiative et avec le plein accord de la haute direction de la Banque. La question posée maintenant est de savoir ce que la MCB, prise en faute, peut offrir au pays comme explications pour tenter de justifier ces pratiques irrégulières.

De même, la publication du rapport rend indirectement service à la Banque centrale ; nTan souligne les très nombreuses interventions du régulateur auprès de La Commerciale même s?il fustige parfois son manque de fermeté face à « l?arrogance » de la plus importante banque commerciale du pays. On ne peut pas dire que la Banque centrale ait fermé les yeux sur les manquements de la MCB ; elle a fait son devoir mais essentiellement dans le cadre de ce qu?elle considère être ses prégoratives de superviseur et de régulateur. Ces interventions n?ont pas été vaines, le gouverneur reconnaît que, depuis, la MCB « has indeed effectively improved its risk management structure ».

Il ne fait pas de doute : ce que décrit nTan est un scandale, rapporté, il faut l?admettre, avec une férocité qui laisse supposer que ces enquêteurs ont goûté à « l?arrogance » des dirigeants de la MCB. Mais sur la base des premières révélations du leader de l?opposition et de l?ambiguïté des qualificatifs utilisés, de nombreux Mauriciens ont pu penser que, comme dans l?affaire Lesage, des millions de roupies, des milliards mêmes avaient été détournés des caisses de la MCB pour aller enrichir des tierces. Ce n?est pas le cas, et c?est plutôt rassurant de ce point de vue. La gravité des fautes répertoriées ne s?en trouve pas pour autant diminuée. Mais une répétition de l?affaire NPF aurait été dramatique, et les conséquences pour La Commerciale et le pays sans doute, désastreuses.

Le rapport nTan traite de deux questions qui ne sont pas strictement liées. La première, celle qui a trait aux milliards qui passent de compte en compte, est une opération montée par la direction de la MCB. Elle visait à contourner des directives de la Banque centrale qui, en ces temps où l?ombre du Fonds monétaire international planait sur l?économie, imposait un strict contrôle sur les crédits que les banques commerciales accordaient à leurs clients, commerçants et entrepreneurs. A cette époque, heureusement révolue, où l?argent est rare, les secteurs qui peuvent en bénéficier en priorité sont désignés par l?Etat. La MCB fait fi de ces directives et prête à ses clients ce qu?ils demandent pour assurer la croissance de leurs entreprises. C?est clairement une violation des règlements mais, comme le précise nTan, ces transferts d?argent « were apparently not intented to enrich any party ». Cet « apparently » est d?ailleurs assez déroutant sous la plume d?un « forensic auditor ». Mais là n?est pas l?essentiel.

L?autre volet de l?enquête des auditeurs est sans doute beaucoup plus sévère pour la MCB. Il décrit une entreprise dépourvue d?une « control culture », dont les départements critiques sont gérés, dans un environnement laxiste, par des officiers qui ne sont pas « professionnellement qualifiés ». C?est un management basé sur « la confiance et l?honneur » qui ne prend pas appui sur des mécanismes de contrôle et de pratiques de bonne gouvernance. L?affaire NPF avait déjà montré les limites de cette culture qui ne sied pas à une entreprise de l?envergure de la MCB ni, hélas, à l?époque.

Il est assez décevant d?ailleurs de noter que ce qui est a priori l?objet principal de l?investigation des auditeurs n?a pas semblé susciter une plus grande attention. Le cas Lesage, dans l?« executive summary », en tout cas, n?est pas la priorité que lui confèrent les attributions de la Banque centrale. Pour l?essentiel, elles concernent le mécanisme de la fraude dans l?affaire NPF et ses bénéficiaires. Le rapport est court sur la question ; il vient confirmer en somme ce que l?on savait déjà.

Ensuite, on a cru la MCB plus respectueuse des institutions. Même si la faute remonte à 1976 et que le contexte était différent, elle a certainement fait preuve « d?arrogance » en opérant une société financière, la Mauritius Commercial Bank Finance Corporation, sans l?autorisation de la Banque centrale, et en omettant à plusieurs reprises d?informer celle-ci, comme l?exigent les règlements, des cas de malversations découvertes. Cette désinvolture, ce mépris affiché à l?égard des directives de la Banque centrale a certainement contribué à créer les conditions de la dérive constatée.

C?est beaucoup, c?est trop. Même si elle résiste toujours bien, sur le marché de la Bourse, aux vents violents qui n?arrêtent pas de la secouer depuis deux ans, la MCB doit répondre à la crise de confiance qui peut en découler. Avec humilité. En reconnaissant ses faiblesses. Sans prétendre avoir raison contre tous les autres. En respectant l?éthique de la responsabilité. Sans sacrifier non plus son fier héritage. Mais elle doit changer ses méthodes et retrouver sa rigueur. En décembre 1843, la Banque s?opposa au départ de Maurice d?un de ses débiteurs qui lui devait 3 200 piastres? Une piastre est une piastre.

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